samedi 6 février 2021

Rodolphe Reuss, élève et professeur du Gymnase, père de la bibliothèque de Strasbourg

 

Rodolphe Reuss (1841-1924) n’est ni un homme politique, ni un chef d’entreprise, ni un champion sportif, mais un historien accompli de l’Alsace, également témoin de son temps, devenu bibliothécaire municipal.

Le tournant d’une vie

À sept ans, il entre au Gymnase Jean-Sturm de Strasbourg. Il est reçu bachelier à l'âge de dix-sept ans avant de suivre les cours de la Faculté de lettres ; il est licencié ès lettres en 1861. Pendant trois ans, il complète sa formation dans différentes universités allemandes. De retour à Strasbourg, il est nommé à l'âge de vingt-quatre ans professeur agrégé d'histoire au Gymnase et commence à publier.

Le bombardement de Strasbourg pendant le siège d’août-septembre 1870 anéantit volontairement les trésors de la bibliothèque municipale, qui est alors la plus importante de France après Paris. C’est un choc terrible pour lui et cela va réorienter le cours de son existence. Il refuse en effet la
chaire d’histoire qui lui est offerte à la nouvelle Université allemande.

Nommé bibliothécaire de la Ville par le maire Ernest Lauth en 1873, il travaille avec acharnement à reconstituer autant que possible les fonds. À côté de ses ouvrages, c’est l’œuvre de sa vie qui justifie à elle seule la reconnaissance de ses concitoyens.

Francophile, il ne songe cependant pas, par piété filiale, à quitter Strasbourg annexée qu’après la mort en 1889 de son père, Édouard, théologien de renommée internationale.

La fidélité à la France

Pour éviter que ses trois fils portent un uniforme allemand, il prépare le départ de sa famille. Ayant obtenu un poste à Paris, à l’École des hautes études, il s’installe à Versailles, au 3e étage du 52 rue Albert-Joly. Un de ses fils y a gravé son nom sur un carreau de fenêtre. La famille revient chaque année au Neuhof en été, jusqu’à la Grande Guerre.

Ses fils tombent tous trois sur le front. L’un d’eux, Édouard, était officier de carrière, le cadet, Paul, ingénieur, et le dernier, Armand, artiste peintre. Rodolphe Reuss se voue dès lors davantage à ses travaux et est nommé directeur d’études en 1917. Après avoir encore passé l’été 1923 au Neuhof, il finit ses jours à Versailles, soulagé du retour de l’Alsace à la France.

Avec L’Alsace au XVIIe  siècle, son livre le plus populaire est son Histoire de l’Alsace , plusieurs fois rééditée jusqu’en 1977, que nombre d’Alsaciens se sont hâtés d’acquérir.

Ses descendants ont fondé l’Association Édouard et Rodolphe Reuss qui, à Strasbourg, veille à maintenir vivant leur souvenir et à susciter des recherches sur leurs écrits, leur œuvre et leurs relations.

À Strasbourg, tout le monde connaît le nom de Rodolphe Reuss, donné
à une station terminus du tram C et à une allée dans le quartier du Neuhof. La Ville voulait rendre hommage à cet historien alsacien, dont la famille a bâti sa maison de campagne dans ce secteur, sur un terrain acheté dès 1799.

Pour en savoir plus:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Rodolphe_Reuss



Léa Jobert (bac 2011) lance Isoria, plateforme pour citoyens et consommateurs engagés

 Au printemps dernier, au cours du premier confinement en France, Léa Jobert, strasbourgeoise âgée de 27 ans, ancienne élève du Gymnase (bac 2011) et diplômée d’une maitrise en droit de l’environnement, a fondé le site Internet isoria.eu : site d’initiatives professionnelles, locales, sociales, solidaires et éco-responsables à l’attention du grand public. 

Désireuse de consommer local, Léa s’était mise en quête d’une alternative aux grosses plateformes type Amazon  Elle ne l’a pas trouvée. « Je tombais sur des sites spécialisés dans l’alimentaire, les cosmétiques… Mais je n’ai pas vraiment trouvé de site généraliste. Et comme je ne me voyais pas passer par une grosse multinationale pour acheter local, je me suis dit que cette plateforme, j’allais la créer ! »

Pour cela, Isoria met en lumière les acteurs de cette économie par un système de fiches-annonces descriptives, qui les géolocalisent et renvoient vers leur propre site Internet.

Pour Léa, l’économie sociale et solidaire (ESS) est au cœur des principaux enjeux de notre époque en apportant des solutions aux défis majeurs de nos sociétés : égalité homme-femme, insertion et inégalités sociales, emploi, lutte contre le réchauffement climatique, autosuffisance alimentaire et amélioration du cadre de vie. Elle répond ainsi à la double crise sociale et écologique où l’environnement peut être perçu comme la nouvelle frontière des inégalités.

En voulant mettre l’humain et l’environnement au cœur de son projet, l’initiative de Léa est ainsi un exemple parfait de l’ESS. Les acteurs présents sur la plateforme sont ceux qui, par la forme de leur structure, appartiennent à ce secteur ou les entreprises qui ont adopté des mesures sociales et/ou écologiques. En effet, seuls les professionnels respectant la Charte Isoria sont habilités à y publier leur initiative. Ainsi, ils s’engagent à vendre des produits raisonnés et fabriqués sur le territoire européen, à l’exception de ceux de deuxième main.

Le site n’est pas pour autant organisé par structure, mais par catégorie de produits : art, artisanat, associations, deuxième vie, paniers et produits de la ferme, brasseries et micro-brasseries, micro-crèches, mode éthique, zéro-déchet, etc. … le but étant pour l’utilisateur d’avoir une interface unique pour trouver des biens et services prêts de chez lui, en harmonie avec ses valeurs. C’est aussi lui permettre de s’investir dans le tissu associatif local.

Pour les annonceurs, Isoria, c’est donc un site avec une utilité double, bientôt triple. D’une part, il leur permet de figurer dans un répertoire. D’autre part, c’est un outil d’externalisation de leur communication avec des annonces qui peuvent être utilisées de manière vivantes : partage sur les réseaux sociaux, publication dans les catégories, « événements » et « offres d’emplois responsables », recherche de bénévoles, ou encore, lancement de campagnes de financement participatif. La troisième utilité est qu’il sera possible pour les annonceurs de vendre directement sur la plateforme.

Isoria permet ainsi de structurer le secteur et d’améliorer la visibilité de ses acteurs.

Avec une harmonisation des politiques sociales et environnementales de plus en plus prononcée au sein de l’Union européenne, Léa a choisi de développer son projet à cette échelle. En outre, pour elle, une Europe qui met au cœur de sa politique une économie sociale et écologique permettrait de lutter contre un euroscepticisme en hausse. Dès que son initiative sera un peu plus développée en France, Léa cherchera un interlocuteur par État membre pour emmener son projet à l’échelle de l’Union. À bon entendeur.

Pour en savoir plus: www.isoria.eu

https://www.facebook.com/Isoria-109461380904272

 

vendredi 5 février 2021

Reza Moghaddassi, professeur au Gymnase, nous invite à dépasser les murs

 

Partageant la double culture de l’Occident et de l’Orient, le philosophe strasbourgeois Reza Moghaddassi interroge notre rapport à l’altérité et aux fractures qu’elle génère. Avec une conviction dont le titre de son dernier livre se fait l’écho : Les murs qui séparent les hommes ne montent pas jusqu’au ciel.

La question des différences culturelles et de leur dépassement, il y a été confronté très tôt. Elle est même inscrite dans ses gènes. Un père issu de l’aristocratie iranienne, une mère française dont les parents étaient agriculteurs en Normandie, une prime enfance à Téhéran avant de découvrir la France, « passant d’une civilisation traditionnelle à la modernité, du persan au français », résume-t-il.

Deux mondes qui l’ont rendu sensible au thème de l’altérité, desdifférences de valeurs et de vérités. « Ma vie et mes engagements, observe-t-il, m’ont conduit à rencontrer aussi bien des sociétés religieuses que des sociétés sécularisées, des couches sociales modestes que les couches sociales les plus favorisées, des mondes ruraux que des mondes citadins, avec leurs ombres et leurs lumières ». De quoi aiguiser l’esprit d’analyse mais aussi porter son regard vers ce qui tend à l’universel, rappelant au passage la racine latine d’univers - universum , « ce qui est tourné vers un but commun ».

Un militantisme de la cause philosophique

C’est à cinq ans, sa famille fuyant l’Iran en guerre avec l’Irak, que Reza Moghaddassi découvre le pays de Descartes. Le bac à Rouen, une prépa au lycée Henri-IV à Paris, un master de philosophie à Paris 1 - Panthéon-Sorbonne, il décroche son Capes en 2003, année où il s’installe en Alsace, enseignant la philosophie dans plusieurs établissements du Bas-Rhin avant d’obtenir son agrégation en 2012.

L’année suivante, il entre au lycée Jean-Sturm (Strasbourg) où, indépendamment de son poste de professeur, il lance Vertical, un cycle de conférences auquel participent des penseurs de haut niveau - André Comte-Sponville, Olivier Rey, Bertrand Vergely…


Véritable militant de la cause philosophique, Reza Moghaddassi est également à l’initiative du projet Euthymia qui promeut le développement de l’intelligence émotionnelle et de la gestion du stress chez les jeunes. On le retrouve aussi en autoentrepreneur avec Altitude , structure qui propose des conférences philosophiques sur les questions d’éthique et d’éducation.

Qu’il se saisisse aussi de l’outil du livre pour partager le fruit de sa pensée n’étonnera pas. Après La soif de l’essentiel , paru en 2016, on retrouve Reza Moghaddassi avec Les murs qui séparent les hommes ne montent pas jusqu’au ciel. Une réflexion sur cette propension qu’a l’Humanité à provoquer des fractures civilisationnelles, des crispations identitaires - « Des murs qui visibles comme des parois de pierre ou invisibles comme des barrières mentales nous emprisonnent dans nos convictions et nos croyances ».

Entre l’écueil du relativisme et celui du repli identitaire, il y a un point d’équilibre à atteindre. En

analysant préalablement les lignes de tension, tout ce qui produit mésentente et violence. « On perçoit trois sources de conflits essentielles : la vérité, l’identité et les valeurs », explique Reza Moghaddassi qui pointe aussi, dans nos sociétés modernes, un repli de la liberté d’expression depuis une vingtaine d’années, alors qu’elle avait globalement progressé au cours du XXe  siècle.

Cet adepte des techniques de méditation, qui rencontra à 14 ans le bouddhisme tibétain, met en avant la nécessité d’inscrire l’empathie dans notre relation au monde, d’établir « un rapport plus apaisé à nos propres certitudes ». La philosophie en serait-elle le moyen privilégié ? « La raison ne peut pas tout, il y a aussi l’intelligence du cœur », insiste-t-il.

Et puisqu’il s’agit de passer les murs, Reza Moghaddassi évoque encore, de façon métaphorique, le ciel qui se déploie au-dessus d’eux comme un espace à conquérir. « Une expérience vivante et inspirante, dit-il. Le symbole d’une vérité qui dépasse les opinions individuelles, une vérité qui n’est la propriété de personne et qui ne peut se laisser enfermer dans un seul mot ou une seule représentation ».

Les murs qui séparent les hommes ne montent pas jusqu’au ciel, de Reza Moghaddassi, chez Marabout, 185 pages, 19,90 €. 

Extraits des DNA du 26/01/21 par S. Hartmann

 Retrouvez aussi l’intervention de Reza Moghddassi à la Librairie Kléber, le 21 janvier 2021

 https://www.youtube.com/watch?v=SzGKz9j90nI&feature=youtu.be


samedi 26 décembre 2020

Lucie Berger et Jean Sturm comme vous ne les avez jamais vus…

Laissez-vous emporter sur les ailes d’une brève vidéo réalisée par Raphaël Léonardis (en 1ère avec option Cinéma Audio-Visuel au Gymnase).

Vous voyagerez à travers les sites actuels de Lucie Berger et de Jean Sturm, après les grands chantiers de construction récents.

 Même la période des contraintes de ces derniers mois n’a pas pu confiner le talent de Raphaël. Nous le remercions et félicitons de nous avoir permis ainsi de partager son regard.



Il faut dire que Raphaël Léonardis n’en est pas à son coup d’essai : l’an dernier, en classe de seconde, il a remporté le 1er prix du très sélectif concours de reportage organisé par ARTE et le CLEMI. Reportage à suivre sur : 

 https://legymnase.eu/2020/07/1er-prix-pour-raphael-leonardis-eleves-en-seconde-cav/

 

 

mardi 22 décembre 2020

Les élèves du Gymnase partenaires solidaires d’un dispensaire à Madagascar

 

Les « Olympiades de la solidarité » mobilisent chaque année l’ensemble des collégiens et lycéens du
Gymnase Lucie Berger – Jean Sturm. L’investissement physique de chacun se voit doté, grâce à des parrainages, d’une somme au kilomètre parcouru. La collecte est dédiée pour l’essentiel à des projets de solidarité.

 C’est le projet de création d’un dispensaire pour des enfants en grande détresse à Madagascar qui a été retenu pour les deux dernières années où cette action collective a pu être menée. Un projet piloté par l’ONG Zazakely, bien connue en Alsace pour la qualité de ses interventions et son suivi sur place des projets.

 Voici le message que Madame Esslinger, présidente de Zazakely vient d’adresser à Guy Mielcarek, Directeur du Gymnase:


L'avancée de la construction ressort des vues suivantes, prises au 1er octobre 2020:





Vous souhaitez mieux connaître cette association humanitaire ?
https://www.ongzazakely.org/












lundi 21 décembre 2020

Arnaud Sauer (bac 1998), Professeur aux HUS, s'implique devant les lycéens contre la Covid-19

 

Dans le cadre du partenariat noué entre l'Académie de Strasbourg et les Hôpitaux Universitaires pour faire face au COVID-19, le Professeur Arnaud Sauer a accepté de s’impliquer, avec des étudiants de la faculté de médecine, dans une médiation scientifique avec des lycéens délégués de classe. Essentiellement pour mieux faire respecter les gestes barrières par les jeunes, surtout à l’extérieur du lycée.

Professeur et Praticien Hospitalier au service d’ophtalmologie des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, Arnaud Sauer cherche à responsabiliser sans culpabiliser :  « Il est faux de croire que la médecine et la science ont une réponse arrêtée, aussi bien sur la nature du virus que sur le traitement de la maladie, les mesures sanitaires ou l’efficacité d’une éventuelle vaccination. On change de tactique avec l’avancée de nos connaissances, d’où les contradictions que vous avez pu constater au début de la crise sur la nécessité de porter le masque. »

Plutôt que d’assener une doxa, d’éluder les contradictions ou de culpabiliser les jeunes, la stratégie choisie par le professeur Sauer vise à informer, débattre, responsabiliser et chercher à travers l’échange des compromis qui peuvent permettre aux lycéens de vivre normalement, sans s’exposer à un risque trop important.

Après une présentation, ludique et interactive, de l’histoire du rapport entre humains et virus depuis la variole mortelle du pharaon Ramsès V, le professeur Sauer démontre à travers quelques expériences filmées la rapidité impressionnante avec laquelle une infection virale se propage sans gestes barrières. « Ces vidéos amusantes sur YouTube pourraient se révéler un support utile de partage entre les jeunes », explique le médecin, chargé par le doyen (de la faculté de médecine de Strasbourg) de rendre accessible la science médicale au grand public.

En invitant les élèves à partager leurs ressentis sur les mesures sanitaires, il réussi à les impliquer dans une réflexion collective basée sur l’expérience de chacun.

 Un compromis raisonnable

Les élèves mis en confiance expriment souvent certaines craintes et incertitudes : « À quoi ça sert de porter un masque pendant nos cours de sport alors qu’on est amené à l’enlever sans cesse, sans pouvoir se laver les mains à chaque fois ? » ; « Que faire quand on est insulté ou moqué alors qu’on demande à certains de nos camarades de respecter les gestes barrières à la cantine ou à l’extérieur ? » ; « Comment passer les fêtes de Noël en famille sans craindre d’infecter un proche alors que le test n’est pas fiable à 100 % et reflète notre situation avec sept jours de retard ? » ; « On est stoppé dans nos rêves et nos projets toute cette année, quand est-ce qu’on pourra revivre normalement ? » ; « Le masque empêche l’échange non verbal qui nous est si cher, on se sent muselé, comment continuer à nous sentir à l’aise entre jeunes ? »

Des étudiants en 4e année de médecine, impliqués dans la gestion de la crise sanitaire, s’efforcent de r répondre au mieux à ces questions en appelant à des compromis raisonnables : ne pas élargir ses contacts et former des « bulles d’amis » avec lesquels on pourrait se permettre d’enlever le masque lors de repas, s’habituer au port du masque qui pourrait se prolonger et devenir une mesure récurrente en hiver, être en permanence conscient de ses gestes etc.

« Après ce débat, on se sent plus stimulé et confiant quand on discute avec nos camarades sur l’importance des gestes barrières ! », conclut une déléguée de classe.

Extraits des DNA du 5/12/2020

Arnaud Sauer a passé son baccalauréat au Gymnase en 1998. Des anciens se souviennent aussi de son talent de saxophoniste dans le fameux « Big Band Jazz » de Hubert Schang, professeur d’Histoire-Géographie.  Il existerait même de belles vidéos des prestations du groupe….

dimanche 20 décembre 2020

Solidarité entre générations : un bel élan de Noël

 

Pendant tout le confinement, les élèves de la filière Goethe (filière franco-allemande du Gymnase) s'étaient mobilisés pour écrire des cartes pour les résidents et soignants des maisons de retraite du groupe des Diaconesses, tissant ainsi la trame d’un important lien intergénérationnel.

Clémentine Marczyk, élève de 3ème Goethe, a été élue « Ambassadrice de la solidarité » par ses camarades de classe en début d’année scolaire. Ces ambassadeurs sont missionnés pour imaginer des actions diverses au service de leur prochains, des plus faibles et isolés dans notre société. Leur rôle est d’autant plus important dans la période difficile que nous vivons.

En cette période de Noël toute particulière, Clémentine a souhaité donner un élan particulier à cette belle dynamique.

Elle a lancé un appel aux élèves Goethe du collège de la 6è à la 3ème pour écrire un message de Noël et dire aux personnes âgées de la maison de retraite des Diaconesses Centre-ville (Emmaüs) que des jeunes pensent à eux.

Elle a récolté une bonne cinquantaine de cartes rédigées et décorées par les élèves, aidés dans leur tâche par des petites sœurs et petits frères tout aussi enthousiastes par cette belle idée !

Les cartes ont été apportées par Clémentine le 17 décembre à la maison de retraite du centre-ville des Diaconesses.

Merci à elle pour cette belle initiative, relayée avec plaisir par les professeurs d’allemands de la filière Goethe.

Initiative que les Alumni applaudissent vivement.




vendredi 11 décembre 2020

Regards croisés: vu de l'observatoire de Chicago par David Bonnerot (bac 1985)

David Bonnerot exerce actuellement d'importantes responsabilités dans une grande banque française à Chicago. Issu de la promotion 1985 du Gymnase, il a suivi une formation centrée sur la dominante économies et finances (Sciences Po, Université de Strasbourg, Ecole Normale Supérieure). La richesse de son parcours international lui donne un regard ouvert sur le monde tel qu'il va. 


Il nous partage ici quelques réflexions sur l'actualité des Etats-Unis et les évolutions en cours.  Nous
l'en remercions.

Nous sommes installés sur les rives du lac Michigan depuis 2016. Cette année, Chicago a constitué un
excellent observatoire, à l’intersection de 3 des principaux évènements qui ont impacté les Etats-Unis. La pandémie COVID-19, l’élection présidentielle et les mouvements pour l’équité sociale ont rythmé notre vie. Loin d’être indépendants, ces 3 phénomènes sont liés par des dynamiques complexes et se renforcent mutuellement.


I)      Réformer la démocratie pour mieux servir le peuple américain ?

Biden l’a emporté par 306 Grands Electeurs a 232 (l’effectif total du Collège Electoral est pair ce qui peut conduire à un match nul !!) et par 7 millions de votes individuels.


Trump est cependant passe très près de la réélection: au total, 103 000 voix lui ont manqué pour remporter [Arizona + Géorgie + Pennsylvanie] = 47 Grands Electeurs.

Nous avons vraiment craint un tel résultat qui aurait pu déclencher des réactions de colère et de violence dans une société américaine très divisée, fortement armée (plus de 300 millions d’armes à feu détenues par les ménages) et mobilisée par le mouvement Black Lives Matter. De nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer la stratégie du Parti Républicain qui vise à établir la “minority rule” puisque la démographie lui est très défavorable.

Le prisme d’analyse des démocraties Européennes n’est toutefois pas entièrement transposable au système politique américain, fortement attache au fédéralisme et à la défense des petits Etats et des régions rurales. Thomas Jefferson lui-même, dans une lettre écrite sur la route de la convention constitutionnelle de Philadelphie, affirme qu’il fera toujours passer les intérêts de sa Virginie natale avant ceux de l’Union s’il avait à choisir. La composition du Senat (2 Sénateurs pour chaque Etat quelle que soit sa population) en témoigne.


I)      Les grandes villes américaines confrontées au défi du télétravail et des replis sécuritaires.

2020 a démontré l’apport immense de la technologie au secteur des services qui a continué ses activités, sans pertes de productivité. La progression de l’indice S&P500 l’illustre bien: 

Ce triomphe des outils informatiques et de communication s’est produit dans le contexte du COVID-19 et des manifestations, le plus souvent pacifiques mais, hélas, parfois violentes qui ont suivi la mort tragique de George Floyd le 25 Mai 2020. Le maire de Chicago a dû accepter le déploiement de la Garde Nationale dans la ville afin d’empêcher d’autres destructions. Plusieurs autres grandes villes américaines sont confrontées au même scenario alarmant:

1)      Les classes aisées quittent les villes pour les banlieues, la campagne ou d’autres Etats au climat plus attractif et à la fiscalité plus basse.

  •       Dans ce pays fédéral, chaque Etat fixe le taux d’imposition locale sur le revenu. En Floride, par exemple, ce taux est de 0%. La concurrence opère donc à l’intérieur du pays pour attirer les acteurs économiques les plus dynamiques.
  •     Les Etats et les municipalités ne peuvent pas compter sur l’aide du gouvernement fédéral pour équilibrer leurs budgets. Ils ne peuvent donc qu’augmenter les impôts locaux ou réduire les dépenses allouées aux services publics (éducation, police, urbanisme, transports, santé). Les 2 stratégies peuvent provoquer d’autres départs qui continuent à rétrécir l’assiette fiscale.
  •        Cette boucle de rétroactions auto-renforçatrices est parfaitement illustrée par le cas de Detroit dont la population a chuté de 1.85M en 1950 a 670 000 en 2019. Il est vrai que l’économie de Detroit était extrêmement dépendante du seul secteur automobile mais des exodes de résidents sont observés a New-York, Los Angeles et Chicago en 2020.


Nos dirigeants récemment élus (Madame Lori Lightfoot, maire de Chicago, Mr Pritzker Gouverneur de l’Etat d’Illinois et bien sûr Joe Biden et Kamala Harris) devront faire preuve de beaucoup d’imagination et de créativité pour que la cohésion et la solidarité nationales prévalent sur la somme des égoïsmes et des intérêts particuliers. En langage d’économiste, la maximisation des fonctions d’utilité des agents économiques rationnels.

De tout notre cœur, nous leur souhaitons d’y réussir !

https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/etats-unis-les-inegalites-raciales-en-chiffres_3991873.html


Vous êtes un ancien du Gymnase et souhaitez apporter votre contribution pour mieux comprendre le monde, depuis le lieu où vous trouvez ?
N'hésitez pas à nous contacter: alumni.legymnase@gmail.com





 



 




mercredi 18 novembre 2020

Marie-Paule Kieny (Gymnase, bac 1973): "Madame vaccin" pour la France et la Covid-19

 

Vaccinologue, directrice de recherche à l’Inserm, présidente du comité scientifique vaccin Covid-19 France, Marie-Paule Kieny a travaillé pendant plus de seize ans à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), dont elle a été sous-directrice générale, chargée des systèmes de santé et de l’innovation.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, Marie-Paule Kieny étudie de près l’état de la recherche sur les vaccins et les stratégies vaccinales en cours d’élaboration. Pour Le Monde (14 novembre 2020), elle revient sur l’annonce faite par Pfizer d’un vaccin efficace à 90 %, et répond aux questions soulevées par l’arrivée prochaine d’un vaccin.

 Covid-19 : « On ne vaccinera sans doute pas la population française dans son ensemble »

 La vaccinologue Marie-Paule Kieny estime que les premiers vaccins pourraient être proposés en France début 2021. Selon elle, même si le virus ne pourra être éradiqué, la situation sanitaire devrait être meilleure d’ici quelques mois.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, la vaccinologue Marie-Paule Kieny, directrice de recherche à l’Inserm, étudie de près l’état de la recherche sur les vaccins et les stratégies vaccinales en cours d’élaboration. Pour Le Monde, elle revient sur l’annonce faite par Pfizer d’un vaccin efficace à 90 %, et répond aux questions soulevées par l’arrivée prochaine d’un vaccin.

 Partagez-vous l’enthousiasme planétaire suscité par l’annonce de Pfizer, dont le vaccin serait efficace à 90 % ?

Bien sûr. Il faut saluer l’exploit : nous savons désormais qu’il est possible de développer un vaccin contre le Covid-19. On ne va pas bouder notre plaisir ! Cependant, cette protection de 90 % doit être précisée par des données scientifiques. Dans son communiqué de presse, Pfizer précise que la protection a été mesurée entre sept et quinze jours après la vaccination, soit quand l’immunité des patients est la plus forte. Or, celle-ci a tendance à diminuer avec le temps. Va-t-elle se maintenir à ce niveau pendant des mois, descendre progressivement, chuter brutalement ? On ne sait pas encore.

Nous attendons aussi des données sur l’efficacité de ce vaccin sur différents types de population, notamment sur les personnes âgées. Il faudra également déterminer s’il se contente de protéger des symptômes de la maladie, ou s’il en empêche aussi la transmission. Quoi qu’il en soit, c’est un chiffre très encourageant.

 Les conditions de conservation de ce vaccin, à – 72 °C, constituent-elles un frein important à sa distribution ?

Tout dépend de la durée pendant laquelle les doses devront être stockées avant d’être utilisées. Si Pfizer livre les millions de doses commandées en une seule fois, nous risquons en effet d’avoir un problème. Mais si le laboratoire est capable de livrer par exemple une fois par mois, dans différentes régions du pays, alors la solution sera plus gérable. Dans un cas comme dans l’autre, j’espère que les pouvoirs publics ont fait preuve d’anticipation en commandant des congélateurs spéciaux, car je ne suis pas sûre que ceux dont nous disposons dans nos laboratoires de recherche soient en nombre suffisant.

 Ce score de 90 % établit-il un précédent pour les vaccins à venir ?

Oui, il met la barre très haut. Mais encore une fois, ce taux d’efficacité devra être réévalué dans la durée, comme celui des autres vaccins d’ailleurs. Un candidat qui afficherait 60 % d’efficacité une semaine après la vaccination, et maintiendrait ce pourcentage six mois durant, pourrait s’avérer plus intéressant pour immuniser des populations qu’un vaccin très efficace pendant un temps très court. Les gens parlent souvent du vaccin. En réalité, nous allons vraisemblablement avoir des vaccins, aux caractéristiques différentes.

 Les vaccins les plus avancés ont tous ciblé la même protéine du virus, « Spike ». Que se passera-t-il si le virus mute ?

Ce virus, on commence à le connaître – la banque de données Gisaid recense 200 000 séquences, et il apparaît qu’il mute tout le temps. Pour le moment, aucune de ses mutations ne lui permet d’empêcher le travail des anticorps. Même la version mutée transmissible à l’homme observée dans les élevages de visons, au Danemark, ne semble pas présenter un risque pour la population. S’il mute de façon plus importante, peut-être faudra-t-il adapter le vaccin périodiquement, comme on le fait chaque année pour la grippe saisonnière.

 Donc le virus est là pour durer. Son éradication n’est-elle pas possible ?

Cela semble très improbable. On y était parvenu avec le SRAS car on était intervenu beaucoup plus tôt dans la progression du virus. Le SARS-CoV-2, responsable du Covid-19, est trop bien installé pour que l’on puisse l’éliminer grâce à l’induction d’une immunité collective par la vaccination. D’après une modélisation publiée dans la revue The Lancet, il faudrait pour cela vacciner presque 100 % de la population mondiale avec un vaccin qui serait efficace à près de 100 % pendant plusieurs années. On en est loin.

 Les Chinois ont bien réussi à faire disparaître la maladie de leur pays…

Oui, mais en mettant en place une politique de sécurité drastique. Vu la prégnance du virus hors de leurs frontières, cette solution n’est pas envisageable à long terme. C’est sûrement pour cela qu’ils ont commencé à administrer leurs vaccins, quand bien même ils n’ont pas encore démontré leur efficacité.

 Si le virus ne cesse pas de circuler, à quoi va ressembler notre vie quotidienne ? Devrons-nous continuer à porter des masques ?

Je pense et j’espère que la situation va se normaliser au cours du temps, mais il va falloir apprendre à vivre avec le virus, comme nous le faisons depuis des décennies avec la grippe. La situation sera vraisemblablement meilleure d’ici quelques mois. Nous aurons des vaccins, grâce auxquels nous pourrons protéger les personnes vulnérables. Les malades seront mieux traités grâce aux progrès réalisés par la recherche : les corticostéroïdes permettent d’ores et déjà de diminuer la mortalité des patients en situation critique, les anticorps monoclonaux à l’étude pourraient améliorer la prise en charge des malades. Et des chimistes sont en train de synthétiser des antiviraux qui pourraient avoir une activité directe sur le virus.

Développer un nouveau médicament spécialement pour le Covid prend du temps, mais cela va sans doute finir par arriver – on a bien trouvé des traitements spécifiques qui ont révolutionné le traitement des patients atteints par le VIH ou le virus de l’hépatite C. Enfin, nous avons redécouvert l’importance des gestes d’hygiène comme le lavage fréquent des mains, et cela change aussi la donne.

 Quand les premiers Français seront-ils vaccinés  ?

Très probablement au cours du premier trimestre 2021. Mais on ne vaccinera pas la population en trois ou six mois. On ne la vaccinera sans doute pas dans son ensemble d’ailleurs. Cela dépendra de l’appétence des Français, des quantités de doses disponibles et des résultats de chaque vaccin – l’Etat français, par le biais de la Commission européenne, en a commandé auprès de plusieurs fabricants, mais rien n’indique que tous aboutiront, ou seront également efficaces.

La vaccination, qui ne devrait pas être obligatoire, se fera sûrement en plusieurs étapes. Les soignants pourraient être prioritaires, car ils mettent leur vie en danger, et le principe de réciprocité fait qu’il serait éthiquement correct de leur proposer le vaccin dès que les produits seront homologués. Les personnes vulnérables, ou âgées de plus 65 ans, devraient aussi faire partie des cibles prioritaires. S’il reste des doses, elles pourront alors être proposées à tous ceux qui le souhaitent.

 Comment restaurer la confiance des Français dans les vaccins ?

En disant aux gens ce qui est. Il faut être transparent sur les effets secondaires éventuels, sur l’efficacité des vaccins après la vaccination, mais aussi dans les mois qui suivent, préciser quelle population ils protègent bien, quelle population ils protègent moins bien. Montrer que l’intention première des campagnes de vaccination n’est pas d’aider l’industrie à faire du profit, mais d’assurer la santé publique.

 L’interruption de trois essais cliniques après l’apparition de maladies inexpliquées chez certains patients n’est-elle pas inquiétante ?

Au contraire, c’est plutôt rassurant. Cela indique que malgré le caractère d’urgence dans lequel sont réalisés ces essais, les systèmes de contrôle fonctionnent aussi bien qu’à l’accoutumée. Car ces interruptions ne sont pas rares. Les effets secondaires graves arrivent de façon aléatoire dans tous les essais cliniques. A chaque fois, il convient de regarder si ces effets sont associés au vaccin. Si le lien n’est pas établi, les essais reprennent, avec une vigilance accrue sur l’émergence de nouveaux cas d’effets secondaires du même type, même légers.

 Le risque n’est-il pas plus grand, avec un vaccin à ARN messager comme celui de Pfizer, qui n’a jamais été approuvé pour l’homme ?

Il ne faut pas en avoir peur parce que c’est nouveau. C’est dans les périodes de crise que l’être humain est le plus créatif. Le vaccin contre Ebola était le fruit d’une nouvelle technologie lui aussi. Avant d’être testé pour ce virus, il dormait dans les tiroirs de scientifiques canadiens depuis dix ans, et n’en serait peut-être jamais sorti sans cette épidémie.

 Le Monde - Propos recueillis par Chloé Aeberhardt, Publié le 14 novembre 2020 à 10h05

Pour en savoir plus sur le brillant parcours de Marie-Paule Kieny:  https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Paule_Kieny#Carri%C3%A8re


 

jeudi 5 novembre 2020

Xénia Ganz (Bac 1999) en mode lyrique


Née à Strasbourg dans une famille russo-uruguayenne de musiciens, Xenia Ganz commence le piano dès l’âge de 5 ans, puis rentre dans la classe de Françoise Claustre au Conservatoire de Strasbourg où elle joue également en trio (violoncelle, violon, piano) avec ses frères, tout en poursuivant une belle scolarité à Lucie Berger. Où elle obtient le baccalauréat (TES) en 1999.

Après des études supérieures à Berlin, elle fait ses débuts à l’opéra en 2012 à Hambourg et a incarné plusieurs rôles dont Flosshilde dans L’Or du Rhin ou encore Dorabella dans Cosi fan tutte.

………..

En octobre 2017, elle interprète le rôle de Tante Lehne à la création mondiale d’un opéra contemporain : « Luther ou le Mendiant de la Grâce » de Jean-Jacques Werner.

Xenia affectionne particulièrement le répertoire de la musique sacrée et a eu l’occasion d’interpréter la partie de mezzo-soprano solo dans « La Vita di Maria » de Nino Rota dans la Cathédrale de Strasbourg avec l’OHES, ainsi que l’oratorio de Noël de Saint-Saëns avec la Philharmonie de Poche de Strasbourg et la Maîtrise Sainte Philomène de Haguenau.

Retrouvez sa belle trajectoire en : http://xeniaganz.com/biographie/

Surtout écoutez la en https://soundcloud.com/xenia-ganz/les-tringles-des-sistres-tintaient-carmen-bizetxenia-ganz-mezzo-soprano

Elle s’est aussi engagée cette année dans la saison culturelle du Domaine de la Chouette (Klingenthal) qui prend parfois ses quartiers au Munsterhof, à Strasbourg. Ce fut le cas samedi 24 octobre avec un récital lyrique intitulé Nature intérieure. La mezzo-soprano Xenia Ganz, la soprano Naomi Bohn et la pianiste Faustine Sermier ont donné corps à ce voyage dans les grands classiques. Au programme, Schumann, Debussy et Strauss ont célébré Le noyer , la Nuit d’étoile ou encore les poèmes du recueil Dernières feuilles ( Letzte Blätter ). En deuxième partie, des romances de Rachmaninov et Tchaïkovski ont illustré également ce fil rouge dédié à la nature, pour finir Au bord de l’eau avec Paladilhe.

De gauche à droite, Naomi Bohn, Faustine Sermier et Xenia Ganz.  Photo Andrey ART - Extraits des DNA du 22 octobre 2020