samedi 9 mai 2026

NSI au Gymnase Jean Sturm : une filière d’excellence tournée vers l’intelligence artificielle et le monde

 Entre compétitions nationales, ouverture internationale vers la Chine, réflexion de haut niveau sur l’intelligence artificielle et structuration d’une véritable filière d’excellence, l’année 2025-2026 marque une étape majeure pour la spécialité NSI (Numérique et Sciences Informatiques) du Gymnase Jean Sturm.

Portée par une dynamique rare mêlant exigence académique, innovation pédagogique et rayonnement international, la section NSI confirme sa capacité à former des élèves déjà capables de dialoguer avec les grands enjeux scientifiques et technologiques contemporains.

 Une année placée sous le signe de l’excellence

Les résultats obtenus par les élèves témoignent d’un niveau particulièrement élevé. Lors des Olympiades académiques de NSI 2025, les élèves du Gymnase Jean Sturm ont remporté l’ensemble des distinctions mises en jeu, confirmant la solidité scientifique et technique de la formation. (https://futurs-ingenieurs.eu/)

Cette dynamique s’est poursuivie avec le Concours général 2025 de NSI, où un élève a obtenu une mention nationale, distinction particulièrement prestigieuse dans le système éducatif français.

Au-delà des résultats eux-mêmes, c’est surtout la nature des compétences développées qui impressionne : raisonnement algorithmique, autonomie intellectuelle, créativité technique, rigueur logique et capacité d’adaptation à des outils en évolution rapide.

 Une ouverture stratégique vers la Chine et les enjeux mondiaux de l’IA

L’un des faits marquants de l’année est sans doute l’ouverture internationale engagée avec la Chine autour des questions d’intelligence artificielle et d’éducation.

En septembre 2025, un enseignant de NSI du Gymnase Jean Sturm a participé à un forum international consacré à l’IA et à l’éducation à Shanghai, aux côtés du prestigieux High School Affiliated to Fudan University.

Cette rencontre avait plusieurs objectifs :

  • comparer les approches éducatives françaises et chinoises ;
  • analyser l’impact de l’IA sur les apprentissages ;
  • comprendre le rôle des relations humaines dans les écosystèmes éducatifs chinois ;
  • poser les bases d’une coopération durable.

Le résultat le plus concret fut la mise en place d’un partenariat actif entre le Gymnase Jean Sturm et Fudan FZH autour de l’intelligence artificielle.

Cette collaboration dépasse le simple échange symbolique. Elle place les élèves dans une confrontation directe avec des visions différentes du numérique, de l’apprentissage et de l’innovation technologique.

 Une génération déjà native de l’intelligence artificielle

L’article publié côté chinois à la suite des échanges avec les élèves français a particulièrement retenu l’attention. Les interlocuteurs chinois y décrivent des lycéens capables d’utiliser le « vibe coding », d’explorer des contenus hors programme et de développer une réflexion autonome déjà proche des standards professionnels.

Le texte évoque même l’émergence d’une véritable génération « AI native ».

Plus encore, il insiste sur un point essentiel : à l’ère où le langage naturel devient progressivement un langage de programmation, la maîtrise de l’expression et de la pensée devient elle-même une compétence technique.

Cette idée constitue l’un des fils directeurs de la pédagogie développée au Gymnase Jean Sturm : former non seulement des programmeurs, mais aussi des élèves capables de comprendre, structurer et expliquer des systèmes complexes.

 Cybersécurité : apprendre par le défi

L’année a également été marquée par une montée en puissance de la culture du défi technique. En janvier 2026, la soirée « Passe ton Hack » a réuni une trentaine d’élèves autour d’épreuves de cybersécurité et de résolution de défis informatiques.

Ces exercices permettent de développer des qualités particulièrement recherchées :

  • raisonnement logique sous contrainte ;
  • persévérance face à l’échec ;
  • travail collaboratif ;
  • culture technique concrète.

Dans un domaine où les technologies évoluent constamment, cette capacité à expérimenter et à résoudre des problèmes nouveaux devient fondamentale.

 Des élèves confrontés aux grands lieux de savoir

Le 22 janvier 2026, les élèves de terminale NSI ont également effectué une sortie pédagogique à Paris avec des visites chez Google, au Collège de France et à l’Institut de France. https://legymnase.eu/les-terminales-nsi-du-gymnase-a-paris/

Cette immersion dans des institutions scientifiques et intellectuelles majeures participe d’une ambition plus large : donner aux élèves une conscience du niveau d’exigence international auquel ils peuvent prétendre.

L’intelligence artificielle comme révolution du langage


Le 20 mars 2026, une conférence consacrée aux grands modèles de langage (LLM) a réuni les élèves autour de Haobo Jiang et de Basile Sauvage.

La réflexion portait notamment sur la convergence entre langage naturel et langage technologique à l’ère de l’IA générative. Les discussions ont permis d’aborder plusieurs transformations profondes :

  • évolution du rôle du développeur ;
  • importance croissante de la précision dans l’expression ;
  • place du langage comme interface technique.

Une idée forte ressort de ces échanges : savoir formuler précisément une pensée devient désormais une compétence informatique à part entière.

Strasbourg–Shanghai : un dialogue interculturel inédit

Quelques jours plus tard, le 23 mars 2026, un duplex entre Strasbourg et Shanghai a permis aux élèves français et chinois d’échanger directement sur leurs usages et leur vision de l’intelligence artificielle.

Les thèmes abordés étaient particulièrement riches :

  • l’IA comme outil ou comme risque ;
  • le rapport à l’effort et à la vérité ;
  • les préoccupations éthiques ;
  • les usages quotidiens des outils d’IA.

Les témoignages des élèves chinois résument parfaitement l’esprit de cette rencontre :

« La valeur de l’échange n’est pas de trouver une réponse unique, mais de reconnaître que nous partageons les mêmes questions. »

« Même à des milliers de kilomètres, nous faisons face aux mêmes défis liés à l’IA. »

Ces échanges illustrent une dimension essentielle de la formation : apprendre à penser la technologie dans un cadre culturel et humain global.

 Des élèves déjà présents au niveau national

La spécialité NSI du Gymnase Jean Sturm rayonne également à l’échelle nationale. En avril 2026, Eliott, élève de Première, s’est qualifié pour la finale nationale des Olympiades d’Intelligence Artificielle après un stage intensif organisé par France-IOI et une épreuve finale de six heures.

L’enjeu était majeur : une possible qualification pour les Olympiades internationales d’IA. Cette réussite symbolise parfaitement la double dynamique de la filière :

  • excellence locale des élèves ;
  • projection internationale du projet pédagogique.

 Une filière construite dès le collège

L’ambition du programme ne commence pas au lycée. La création de la classe « Turing–Lovelace » dès la classe de quatrième permet d’identifier et d’accompagner précocement les élèves intéressés par :

  • l’algorithmique ;
  • la logique ;
  • la programmation.

L’objectif est clair : construire une véritable filière cohérente, progressive et exigeante, capable d’accompagner les talents jusqu’aux concours nationaux et aux meilleures universités internationales.

 Une vision cohérente de l’excellence

Ce qui frappe dans l’ensemble des actions menées cette année, c’est leur cohérence globale. Depuis la classe Turing–Lovelace jusqu’aux Olympiades nationales, en passant par les partenariats internationaux et les réflexions avancées sur l’intelligence artificielle, une même ambition se dessine :

  • développer l’excellence académique ;
  • ouvrir les élèves au monde ;
  • inventer une pédagogie adaptée aux mutations technologiques contemporaines.

Dans un contexte où l’intelligence artificielle transforme déjà les métiers, les langages et les modes de pensée, la spécialité NSI du Gymnase Jean Sturm apparaît ainsi comme bien plus qu’une option informatique : une véritable filière de formation aux compétences du futur.

 Olivier Elophe, professeur de la filière NSI




Classement des lycées 2026 : le Gymnase à nouveau parmi les meilleurs établissements de France

 


Les résultats officiels du baccalauréat 2025 viennent d'être publiés, accompagnés d'indicateurs de "performance" des lycées. Avec 100% de réussite et 100% de mentions, les candidats du Gymnase ont à nouveau eu des résultats tout à fait exceptionnels. Comment comprendre ces chiffres et les interpréter ?

Le Ministère de l'Education nationale vient de publier les chiffres du baccalauréat 2025 accompagnés d'indicateurs de réussite ou de "performance" des lycées. De nombreux articles de presse, locale et nationale, reprennent ces chiffres et tentent d'établir un "palmarès des meilleurs lycées". Les parents scrutent attentivement ces tableaux, les professeurs également et les chefs d'établissement... bien entendu aussi.

Au-delà des chiffres : ce que les classements 2026 disent (et ne disent pas)

Sur les pages de l'Internaute (9ème au niveau national), du Figaro Etudiant (8ème au niveau national) et même deuxième lycée de France sur les ondes de RTL (journal du 3 avril - reportage vers 19'30") font apparaitre le Gymnase comme un établissement solidement ancré parmi les meilleurs lycées de France. Dans ces trois classements, le Gymnase est le seul lycée de province à se glisser parmi les grands lycées parisiens. Voir le travail de nos élèves et l'engagement des équipes pédagogiques salués par des performances aussi élevées est, bien sûr, une immense satisfaction. C'est une reconnaissance de la valeur académique de notre établissement.

 Le Gymnase : 8ème au classement national du Figaro Étudiant

Tous ces classements reposent sur les indicateurs du ministère : taux de réussite, taux de mentions, taux d'accès de la seconde au bac, valeur ajoutée. Des critères censés mesurer la capacité d'un lycée à réellement accompagner ses élèves. En fonction de la place que les médias vont accorder à tel ou tel critère, le résultat peut être profondément différent d'un journal à l'autre. Le Parisien propose à chacun de retenir les critères qu'il souhaite et se faire ainsi son propre palmarès.

Pourtant, un classement, aussi flatteur soit-il, ne suffit jamais seul à définir l’âme d’une école et sa richesse. Un lycée n’est fort heureusement pas qu'une machine à produire des mentions. C’est un lieu de vie, de construction de soi et de rencontres. Un classement est une boussole, pas une destination. Il faudrait pouvoir mesurer ce qui fait le quotidien d'un établissement scolaire : l’équilibre entre apprentissages et qualité de vie (on apprend mieux quand on se sent bien), la richesse pédagogique (les projets culturels, l’ouverture internationale et l’innovation pédagogique) et l’accompagnement humain (un bon lycée, c’est aussi celui qui sait tendre la main et personnaliser le parcours de chacun).

Un autre élément serait intéressant à mesurer, et nous ne disposons que de peu d’indicateurs à ce sujet : la capacité d’un établissement à faire réussir ses élèves au-delà du bac. Nous y reviendrons en fin de texte, mais examinons d'abord ce qui fait une partie déterminante du classement des lycées : les résultats chiffrés de la session 2025.

Retour sur les résultats 2025 : 100% de réussite et 100% de mentions

Pour la promotion 2025, les chiffres témoignent d'un engagement remarquable de la part de nos 244 candidats. Les 100% de réussite au premier tour et 100 % de mentions sont déjà un excellent résultat en soi. Mais d'autres éléments sont tout à fait remarquables : plus de 60 % de nos lycéens ont obtenu la mention "Très Bien" et pratiquement 14% les "Félicitations du jury" (moyenne supérieure à 18/20).

 Juin 2025 : résultats du baccalauréat au Gymnase

On le voit, ces résultats sont tout à fait remarquables mais je veux avant tout y voir le fruit d'un climat de confiance et d'une recherche d'équilibre entre exigence académique et épanouissement personnel. Ces notes sont le passeport de nos jeunes vers les parcours de l'enseignement supérieur qu'ils ont choisis.

Une réussite qui doit aller au-delà du diplôme

On le sait, obtenir le Bac n’est pas une fin en soi, c’est un ticket d’entrée. La valeur d’un lycée se mesure donc aussi aux portes qu’il ouvre après le bac. Au Gymnase, nous menons un travail continu pour que ce diplôme, que les élèves obtiennent, soit un tremplin vers des filières de réussite.

Bien sûr, nous sommes heureux et fiers de voir nos élèves intégrer chaque année les filières les plus sélectives - classes préparatoires, universités internationales ou grandes écoles prestigieuses -, à Paris comme en province. Mais il y a aussi tous ces parcours auxquels on ne pense pas spontanément, moins médiatisés, et qui sont autant de parcours possibles. Pour informer les élèves, de nombreuses actions ont lieu tout au long de l'année : un Forum des métiers, des conférences en soirée, une vingtaine de "Midis de l'orientation" et même un "Cahier spécial orientation" en janvier. Les conseils et l'accompagnement des équipes de professeurs, de la direction ainsi que de la conseillère d'orientation sont précieux. Conjugués à un soin attentif lors de la constitution des dossiers Parcoursup, ces éléments permettent à chacun de tracer une voie personnelle et qui lui convienne.

Cet engagement est essentiel : nous savons qu’un accompagnement structuré est l’un des facteurs les plus déterminants de la réussite dans le supérieur. Offrir cet appui individualisé relève évidemment d'une responsabilité éducative fondamentale : nous en avons fait une priorité de notre action.

Ainsi, et même s’il n’existe pas d’indicateur statistique pour en attester, le travail mené au Gymnase me semble tout à fait remarquable. La qualité des affectations de nos élèves, année après année, en est la meilleure preuve.

C'est quand je croise d'anciens lycéens qui me disent que le Gymnase les a aidés à trouver leur voie - et pas seulement à décrocher un diplôme - que je vois notre engagement pleinement récompensé.

Philippe Buttani

Directeur Général du Gymnase - Ecole, collège et lycée de plus de 2.000 élèves à Strasbourg - 8 avril 2026

Dix-sept ans plus tard, les retrouvailles étaient au rendez-vous de la convivialité



Redécouverte des visages et émotion étaient au rendez-vous dans le hall d’entrée du Gymnase pour accueillir les participants aux retrouvailles de la promotion 2008.

Nul besoin d’une date anniversaire pour lancer l’initiative. À l’origine du projet, Carole Regnault raconte : « Un jour de pluie, j’ai retrouvé le Yearbook des Terminales 2005. Un coup de nostalgie… et l’envie est née de se retrouver, plus de dix-sept ans plus tard. »

L’impulsion était donnée. Restait encore à renouer les contacts, trouver une date, mobiliser les réseaux et finaliser l’organisation.

Très investie dans le projet, Carole a progressivement été rejointe par d’autres énergies motivées par le plaisir de se retrouver, parmi lesquelles Gabriel Papadopoulos, Jean-Laurent Lienhardt, Anne-Claire Ahuir, Claire Planchon, Lauriane Sladek .... 

Le Foyer des Collégiens s’est révélé particulièrement adapté pour accueillir le buffet dînatoire. Celui-ci a été précédé d’une visite des locaux, suivie avec d’autant plus d’attention qu’ils ont fortement évolué depuis 2008. Le hall d’entrée, notamment, a suscité quelques commentaires amusés : aucun regret ne semblait entourer les grandes portes battantes blanches autrefois installées au pied de l’escalier. Les nouveaux équipements technologiques ont également marqué les visiteurs.

Autour du buffet généreusement préparé par la boulangerie-pâtisserie Hanss, les échanges ont rapidement pris leur rythme. Parcours professionnels, souvenirs d’études, vies familiales et expériences de jeunes parents ont nourri les conversations tout au long de la soirée.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les attentes ont largement été comblées par la réussite de ces retrouvailles. Les nombreux messages échangés après la soirée témoignent du plaisir partagé de « remettre en lien des personnes perdues de vue », mais aussi de vivre « un vrai moment convivial et chaleureux », que l’on se soit beaucoup connus… ou non, à l’époque.

Le Comité des Alumni, responsable des locaux, a assuré la logistique pratique de l’événement. Pierre Sengler et Edouard Walther, bacheliers 2005 et nouveaux membres du Comité, ont également pu échanger avec les participants autour de leur projet d’AfterSturm, un stammtisch ouvert à toutes les promotions, dont la première édition se tiendra le 28 mai 2026.

Comme un signe des belles dynamiques à venir, tous les participants se sont spontanément impliqués dans le rangement des lieux avant de prolonger la soirée sur les terrasses accueillantes de Strasbourg.

Ont pu participer à cette chaleureuse soirée:


Le Comité des Alumni se réjouit de ce beau moment et félicite Carole Regnault pour sa persévérance dans la conduite du projet. 

 

mardi 20 janvier 2026

« J’ai voulu rétablir la vérité » : Virginie Puel (Bac TL 1996) décrit ce qu’est la direction d’un EHPAD

 Virginie Puel a quitté, après onze années, la direction d’un d’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) privé à but non lucratif (à différencier des Ehpad associatifs et de ceux à but lucratif) de l’Eurométropole de Strasbourg, la Voûte étoilée à Bischheim, en septembre 2024. Afin de tourner complètement la page, elle vient de publier chez JDH Éditions Les Ehpad ne sont pas des mouroirs ! Récit d’une directrice au cœur battant. 

Un livre d’une centaine de pages rempli d’anecdotes de son quotidien à la tête d’une centaine de personnes (environ 65 équivalents temps plein) et une petite centaine de résidents, pour donner à voir ce qui se passe derrière les murs de telles structures, loin des « clichés ». L’occasion de montrer toutes les émotions que peut traverser un chef d’établissement, à contre-pied de « l’image que peuvent véhiculer les médias », tiraillé entre les institutions, les familles des résidents et les salariés. 

Vous étiez infirmière, puis cadre de santé et enfin directrice d’Ehpad. Comment en êtes-vous arrivée là ?

  « J’adore les personnes âgées. Devenir directrice d’Ehpad était un choix. C’est un beau métier, inspirant, il y a tellement de choses à faire. J’ai repris des études pour le devenir et j’ai mis sept ans à atteindre cet objectif. »

À vous lire, on comprend que c’est un exercice difficile, presque d’équilibriste.

« C’est un exercice difficile, extrêmement exigeant et humain qui mobilise des valeurs et de l’énergie. Cet investissement-là, les gens ne le voient pas. Quand on est directeur d'EHPAD, on est coincé entre les institutions qui sont nos financeurs, des injonctions parfois déconnectées de la réalité du terrain, les familles des résidents, majoritairement bienveillantes, et les salariés de tous les niveaux d’instruction et d’éducation, dont une minorité en croisade contre toute forme d’autorité. On est constamment en train d’éteindre le feu.

Ce sont aussi toutes les nuits blanches : quand, en pleine crise Covid, vous ne savez pas qui va être malade. Ou quand vous ne savez pas si vous aurez le lendemain assez de personnel  pour faire tourner votre maison alors que les résidents n’arrêtent pas d’être vieux et malades les dimanches et jours fériés. »

« La crise sanitaire n’a pas duré un an, mais quatre dans les Ehpad »

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

« Nous étions à peine sortis de la crise Covid durant laquelle les Ehpad ont été sous le feu des projecteurs que Victor Castanet publiait son livre Les Fossoyeurs, alors qu’on était crevés. J’en ai eu marre que les gens imaginent que quand vous êtes directeur d’Ehpad, vous êtes un parfait technicien du chiffre, vous êtes là pour encaisser votre chèque à la fin du mois et qu’il n’y a rien : pas d’affect, pas d’humanité, juste un froid détachement. Je voulais exprimer toutes les émotions qui nous traversent : les effondrements, les larmes, les questionnements, la peur et la douleur… Les moments de joie, de plaisir aussi.

J’ai commencé à écrire en 2022 parce que je me suis dit : « Ce qu’on a vécu ce n’est pas commun. » Les gens ont vu ce qu’ont dit les médias, or ce n’est pas tout à fait juste. J’ai voulu rétablir la vérité, avec ma vision de l’intérieur de mon Ehpad : ce n’est pas ce qui s’est passé dans tous les Ehpad. Mon livre a une vertu thérapeutique : il fallait que j’écrive pour clore ce chapitre de ma carrière. »

Vous parlez surtout des années de la crise sanitaire, du manque de soutien de la part de l’Agence régionale de santé que vous avez ressenti.

« La crise sanitaire n’a pas duré un an, mais quatre dans les Ehpad. Et cela, tout le monde l’ignore. Toutes ces mesures mises, enlevées, remises… ont engendré beaucoup de fatigue. À chaque vague épidémique, c’était une nouvelle surcharge de travail pour les soignants. Tout cela, les gens ne l’ont pas vu. En Ehpad, cela a accéléré l’épuisement. »

Un exemple pour illustrer les difficultés de cette période ?

« L’obligation vaccinale a fait du mal aux gens : certains ont quitté la structure contraints et forcés, en raison de leurs convictions. J’ai reçu, dans mon bureau, une personne en pleurs. Elle était irréprochable et ne comprenait pas cette obligation qu’elle refusait. Que voulez-vous faire face à ce désarroi ? Vous perdez un personnel précieux et valeureux dont vous avez besoin, car vous n’avez pas pléthore de candidats et vous ne pouvez rien faire. C’est dur, ça m’a coûté de faire cela. »

Quels sont les bons côtés du métier ?

« Notre rôle est de répondre au besoin de sécurité des résidents. Et de les accompagner dans leur quotidien sans qu’ils ne souffrent de la solitude grâce à la vie communautaire et sans qu’ils ne soient en rupture avec la société. Quand je vois le sourire sur les visages des résidents, c’est réussi. La mission, c’est de leur apporter du bonheur, pas en grande pompe, mais des petits moments de joie et de sourire. L’Ehpad n’est pas une demeure où on attend la mort. Il y a de la vie, de la fête, du plaisir…

Les bons côtés, c’est aussi quand les familles, qui n’avaient pas la possibilité d’accompagner leur parent, vous remercient de l’avoir accompagné. Ou encore quand le personnel est reconnaissant de l’aider à grandir encore. »

« J’ai arrêté, car cela ne faisait plus sens »

Pourquoi avez-vous décidé de quitter ce métier ?

« Directeur d’Ehpad est une fonction de management de projet. C’est ce qui m’animait. Au bout de 11 ans, je me suis rendu compte que je n’en faisais plus du tout, car j’étais préoccupée par l’urgence du quotidien, notamment des ressources humaines. J’ai arrêté, car cela ne faisait plus sens. »

Que retenez-vous de vos 11 années à la tête de cet Ehpad ?

« J’en retiens du bonheur et du plaisir. Et j’avais envie de partager cela. Le président qui m’a accompagné a toujours été à l’écoute et bienveillant, il m’a aidée à progresser durant ces 11 années dans l’accompagnement des gens. Sans son oreille attentive et ses conseils, je n’aurais pas tenu aussi longtemps. René Bandol a beaucoup compté pour moi. Je suis contente d’avoir travaillé à ses côtés. »

  Et maintenant, avez-vous tourné la page du soin   ?

« Je reste dans l’univers de la santé que je n’ai jamais voulu quitter, mais à mon compte. J’accompagne la santé physique et mentale des entrepreneurs et des dirigeants en m’appuyant sur un réseau de spécialistes partenaires. Leurs problématiques sont celles que j’ai connues pendant 11 ans. Ça me plaît beaucoup, je me sens utile et j’ai retrouvé le sens [perdu à la fin de mes années en Ehpad]. »

« Je tire, depuis 2017, la sonnette d’alarme »

À son départ de la direction de l’Ehpad en septembre 2024, Virginie Puel a écrit une lettre ouverte aux députés du Grand Est pour espérer voir les choses changer. « Un plan politique est attendu depuis la nuit des temps, rappelle l’ancienne directrice. Il faut que les pouvoirs publics interrogent les experts et spécialistes de la question pour monter un vrai plan d’accueil et d’accompagnement de ces personnes. Il faut écouter les directeurs d’Ehpad. »

Alors qu’en 2025, la France a enregistré plus de décès que de naissances et qu’on sait que la population est vieillissante, Virginie Puel a vu arriver ces dernières années « des personnes de plus en plus âgées et de plus en plus dégradées physiquement et cognitivement. À ce rythme, les Ehpad vont devenir des mouroirs, car les politiques du maintien à domicile n’ont pas eu les moyens nécessaires », constate la professionnelle de santé.

Des solutions à foison

Des solutions, Virginie Puel dit « en avoir à foison », comme tous ses confrères. Pour elle, la prise en charge de la personne âgée doit être globale pour éviter la récurrence des hospitalisations et raccourcir leur durée. « Car un problème va en engendrer un autre. Il faut donc des postes de gériatres dans tous les centres hospitaliers », préconise-t-elle. Elle aimerait également voir se créer, selon le modèle scandinave, un comité senior dans chaque commune pour appréhender ces questions : accompagnement des seniors, évolution de l’urbanisme peu adapté aux fauteuils roulants…

Mais le point le plus préoccupant reste peut-être le recrutement de personnel, point pour lequel elle « tire la sonnette d’alarme depuis 2017 auprès de l’Agence régionale de santé. L’ARS n’a pas de baguette magique. Mais on souffre de l’image véhiculée par les médias qui fatigue les personnes encore motivées. Chaque fois qu’on parle des Ehpad, on parle de scandales, de ce qui ne va pas. On n’évoque jamais ce qui se fait de beau. »

Les nombreuses offres de postes au sein de l’Eurométropole facilitent la mobilité des salariés. « On ne parvient plus à fidéliser les soignants. Avec pour conséquence une perte de la connaissance des résidents, des projets », constate l’ancienne directrice qui rappelle que « les disparités de traitement de salaire sont le nerf de la guerre ». La professionnelle constate que les jeunes diplômés se tournent davantage vers l’hôpital et que les postulants en Ehpad le font par obligation plus que par vocation.

Mais selon elle, l’un des enjeux se joue au niveau des boîtes d’intérim qui « permettent aux gens de définir leur planning, sans les contraintes du métier ». Sans oublier les absences. « Lorsque trois intérimaires sur cinq soignants devant venir travailler ne viennent pas, les habitudes de vie ne sont pas respectées, la toilette du résident n’a pas lieu », regrette-t-elle tout autant que les familles de résidents, tout en étant démunie.

Propos recueillis par Véronique Kohler pour les DNA du 12 janvier 2026

Les Ehpad ne sont pas des mouroirs ! Récit d’une directrice au cœur battant de Virginie Puel. JDH Éditions. 14,95 euros. Livre disponible sur des sites de ventes en ligne et sur commande dans les librairies

lundi 22 décembre 2025

52 ans plus tard, un moment hors du temps intensément vécu par les bacheliers 1973

 


Ils l’ont fait ! Il y plus d’un an Marie-Paule Kieny et Bruno Lecomte se sont lancés dans l’aventure de retrouver leurs anciens camarades de classe.

Grâce à leur persévérance, le petit cercle initial de contacts s’est transformé en un vaste réseau enthousiaste, aboutissant à l’exploit de réunir près de 70 lycéens des années 1970. Mieux encore, toutes les photos de classe depuis la 11ème ont été retrouvées, ainsi que les noms de l’immense majorité de celles et ceux qui qui les ont accompagnés au fil des années.

Ces fort dynamiques septuagénaires (si, si !) ont même réussi à retrouver six de leurs professeurs – octogénaires donc – dont quatre ont honoré de leur présence les retrouvailles organisées le 13 décembre 2025 au Gymnase Jean Sturm, avec l’appui logistique habituel du Comité des Alumni.

Mais se revoir plus de cinquante ans après l’adolescence n’a pas été sans susciter quelques appréhensions, comme en témoignent des échanges sur leur groupe WhatsApp :

Trac d’être reconnu ou trac de ne pas être reconnu ? J’ai cru comprendre que bienveillance et empathie faisaient partie de la liste des invités et donc… pas de soucis. On ne va pas repasser le bac, ni paraître devant Weber (ndlr : Martin Weber, directeur, dit « Brutus »). Nous ne sommes peut-être plus aussi fringants mais nous avons gardé un sens authentique de l’amitié. Je me réjouis de cette expérience hors du temps, ça frise la science-fiction, j’adore !!!

L’accueil chaleureux dans le hall d’entrée a mis tout le monde d’autant plus à l’aise que chacun s’est retrouvé muni d’un badge à son nom, certes, mais aussi assorti de sa photo adolescente … Forts de ce coup de jeune, ils ont parcouru un établissement scolaire complètement transformé depuis leur passage, mais où leurs souvenirs ressuscitaient des lieux et des vécus communs.




Les souvenirs ravivés ont, entre bien des sujets, alimenté la très vivante soirée autour d’un buffet dans le restaurant scolaire où ils ont été accueillis par Philippe Buttani, directeur général du Gymnase et Jacques Flurer, président des Alumni. 

Mais cela n’a été autorisé qu’après un vrai appel règlementaire – nostalgie … ?  - limité au nom de famille pour les garçons mais précédé d’un sonore « mademoiselle » pour les filles.  En toile de fond, un montage photo et une bande son des années 70, concoctés par Marie-Paule, ont ravivé les mémoires. 

Bande son complétée par une improvisation de Michel Peter, au double titre de gloire d’ancien élève mais aussi d’ancien professeur du Gymnase, ode à la mixité d’un établissement scolaire des années 70 .. Extrait.

Il est difficile de restituer ce qui assaille l’esprit et sollicite les émotions 52 ans plus tard. Voici un témoignage parmi bien d’autres, dont il est difficile de ne pas citer l’intégralité :

Chers tous et toutes,

Plongée ce 13 décembre 2025 dans l’IRL (in real live) après avoir affronté la foule du dehors qui se presse et s’écrabouille.

Enfin à l’abri dans ce « temple » de notre apprentissage, de nos pitreries, nos batailles sans conséquences, de notre rencontre avec nos différences et nos particularités.

Accueille avec bienveillance, mon regard impatient de revoir ceux qui étaient à mes côtés à une époque où nous nous cherchions encore, à un temps où nous étions en pleine construction, curieux et parfois impatients de tout connaître, de tout explorer. J’ai bien dit tout.

Le Gymnase Jean Sturm était alors l’architecte que nos parents avaient choisi pour nous bâtir et nous inviter à un avenir que nous choisirions.

Ce n’était certes pas toujours facile surtout si on n’était de loin pas ce que l’on peut appeler une bonne élève. Les professeurs n’étaient pas toujours commodes mais de tous pourtant nous en avons retenu un enseignement qui nous servirait bien plus tard.

Tout au long de la soirée, au fur et à mesure des embrassades et des sourires, des perles de bons souvenirs remontaient à la surface, pétillant mes circonvolutions et que la raison ne saurait connaître, tout devenait si limpide, je confirme, le voyage émotionnel dans le temps existe bel et bien. Incroyable, c’était hier !!!

Il y avait longtemps que je n’avais ressenti tant de bienveillance de la part d’un si grand nombre. C’est à cela que servent les souvenirs, lorsque l’on esquisse un sourire et qu’aucun regret ne vient ternir notre présent. Nous tous aussi jeunes, bien que plus expérimentés, nos regards étaient inchangés (sauf peut-être nos nez et nos oreilles qui paraît il ne cessent de grandir jusqu’à la fin de notre vie 🙂)

Employons ici un mot bien ancré dans nos cœurs (bien que démodé) et qu’aucune nouvelle technologie ne saurait nous ravir : l’esprit de camaraderie.

Nous reverrons nous ? Je ne saurais dire, le temps à venir nous l’offrira peut-être. Trop peu d’heures pour dérouler notre vécu avec toutes les personnes présentes ?

Qu’importe réellement, ce magnifique instant suspendu a suffi à m’apporter un moment de bonheur intense.

Du fond de mon cœur et d’un battement sincère, je vous remercie.

Il a été aussi difficile de se quitter pour beaucoup. Même après quelques prolongations dans des bars du voisinage. Au point que la messagerie WhatsApp continue de bruisser de liens et de propositions de projets communs, en fonction des lieux, des envies et des opportunités.

Oui, des retrouvailles qui ont suspendu le temps….

Voici les noms de ceux qui ont pu partager une soirée si particulière :


Un grand merci à Anne pour ses témoignages qui ont su si bien restituer des sentiments très partagés.

Le Comité des Alumni est heureux d’avoir pu contribuer à créer ce moment unique.