mardi 20 janvier 2026

« J’ai voulu rétablir la vérité » : Virginie Puel (Bac TL 1996) décrit ce qu’est la direction d’un EHPAD

 Virginie Puel a quitté, après onze années, la direction d’un d’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) privé à but non lucratif (à différencier des Ehpad associatifs et de ceux à but lucratif) de l’Eurométropole de Strasbourg, la Voûte étoilée à Bischheim, en septembre 2024. Afin de tourner complètement la page, elle vient de publier chez JDH Éditions Les Ehpad ne sont pas des mouroirs ! Récit d’une directrice au cœur battant. 

Un livre d’une centaine de pages rempli d’anecdotes de son quotidien à la tête d’une centaine de personnes (environ 65 équivalents temps plein) et une petite centaine de résidents, pour donner à voir ce qui se passe derrière les murs de telles structures, loin des « clichés ». L’occasion de montrer toutes les émotions que peut traverser un chef d’établissement, à contre-pied de « l’image que peuvent véhiculer les médias », tiraillé entre les institutions, les familles des résidents et les salariés. 

Vous étiez infirmière, puis cadre de santé et enfin directrice d’Ehpad. Comment en êtes-vous arrivée là ?

  « J’adore les personnes âgées. Devenir directrice d’Ehpad était un choix. C’est un beau métier, inspirant, il y a tellement de choses à faire. J’ai repris des études pour le devenir et j’ai mis sept ans à atteindre cet objectif. »

À vous lire, on comprend que c’est un exercice difficile, presque d’équilibriste.

« C’est un exercice difficile, extrêmement exigeant et humain qui mobilise des valeurs et de l’énergie. Cet investissement-là, les gens ne le voient pas. Quand on est directeur d'EHPAD, on est coincé entre les institutions qui sont nos financeurs, des injonctions parfois déconnectées de la réalité du terrain, les familles des résidents, majoritairement bienveillantes, et les salariés de tous les niveaux d’instruction et d’éducation, dont une minorité en croisade contre toute forme d’autorité. On est constamment en train d’éteindre le feu.

Ce sont aussi toutes les nuits blanches : quand, en pleine crise Covid, vous ne savez pas qui va être malade. Ou quand vous ne savez pas si vous aurez le lendemain assez de personnel  pour faire tourner votre maison alors que les résidents n’arrêtent pas d’être vieux et malades les dimanches et jours fériés. »

« La crise sanitaire n’a pas duré un an, mais quatre dans les Ehpad »

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

« Nous étions à peine sortis de la crise Covid durant laquelle les Ehpad ont été sous le feu des projecteurs que Victor Castanet publiait son livre Les Fossoyeurs, alors qu’on était crevés. J’en ai eu marre que les gens imaginent que quand vous êtes directeur d’Ehpad, vous êtes un parfait technicien du chiffre, vous êtes là pour encaisser votre chèque à la fin du mois et qu’il n’y a rien : pas d’affect, pas d’humanité, juste un froid détachement. Je voulais exprimer toutes les émotions qui nous traversent : les effondrements, les larmes, les questionnements, la peur et la douleur… Les moments de joie, de plaisir aussi.

J’ai commencé à écrire en 2022 parce que je me suis dit : « Ce qu’on a vécu ce n’est pas commun. » Les gens ont vu ce qu’ont dit les médias, or ce n’est pas tout à fait juste. J’ai voulu rétablir la vérité, avec ma vision de l’intérieur de mon Ehpad : ce n’est pas ce qui s’est passé dans tous les Ehpad. Mon livre a une vertu thérapeutique : il fallait que j’écrive pour clore ce chapitre de ma carrière. »

Vous parlez surtout des années de la crise sanitaire, du manque de soutien de la part de l’Agence régionale de santé que vous avez ressenti.

« La crise sanitaire n’a pas duré un an, mais quatre dans les Ehpad. Et cela, tout le monde l’ignore. Toutes ces mesures mises, enlevées, remises… ont engendré beaucoup de fatigue. À chaque vague épidémique, c’était une nouvelle surcharge de travail pour les soignants. Tout cela, les gens ne l’ont pas vu. En Ehpad, cela a accéléré l’épuisement. »

Un exemple pour illustrer les difficultés de cette période ?

« L’obligation vaccinale a fait du mal aux gens : certains ont quitté la structure contraints et forcés, en raison de leurs convictions. J’ai reçu, dans mon bureau, une personne en pleurs. Elle était irréprochable et ne comprenait pas cette obligation qu’elle refusait. Que voulez-vous faire face à ce désarroi ? Vous perdez un personnel précieux et valeureux dont vous avez besoin, car vous n’avez pas pléthore de candidats et vous ne pouvez rien faire. C’est dur, ça m’a coûté de faire cela. »

Quels sont les bons côtés du métier ?

« Notre rôle est de répondre au besoin de sécurité des résidents. Et de les accompagner dans leur quotidien sans qu’ils ne souffrent de la solitude grâce à la vie communautaire et sans qu’ils ne soient en rupture avec la société. Quand je vois le sourire sur les visages des résidents, c’est réussi. La mission, c’est de leur apporter du bonheur, pas en grande pompe, mais des petits moments de joie et de sourire. L’Ehpad n’est pas une demeure où on attend la mort. Il y a de la vie, de la fête, du plaisir…

Les bons côtés, c’est aussi quand les familles, qui n’avaient pas la possibilité d’accompagner leur parent, vous remercient de l’avoir accompagné. Ou encore quand le personnel est reconnaissant de l’aider à grandir encore. »

« J’ai arrêté, car cela ne faisait plus sens »

Pourquoi avez-vous décidé de quitter ce métier ?

« Directeur d’Ehpad est une fonction de management de projet. C’est ce qui m’animait. Au bout de 11 ans, je me suis rendu compte que je n’en faisais plus du tout, car j’étais préoccupée par l’urgence du quotidien, notamment des ressources humaines. J’ai arrêté, car cela ne faisait plus sens. »

Que retenez-vous de vos 11 années à la tête de cet Ehpad ?

« J’en retiens du bonheur et du plaisir. Et j’avais envie de partager cela. Le président qui m’a accompagné a toujours été à l’écoute et bienveillant, il m’a aidée à progresser durant ces 11 années dans l’accompagnement des gens. Sans son oreille attentive et ses conseils, je n’aurais pas tenu aussi longtemps. René Bandol a beaucoup compté pour moi. Je suis contente d’avoir travaillé à ses côtés. »

  Et maintenant, avez-vous tourné la page du soin   ?

« Je reste dans l’univers de la santé que je n’ai jamais voulu quitter, mais à mon compte. J’accompagne la santé physique et mentale des entrepreneurs et des dirigeants en m’appuyant sur un réseau de spécialistes partenaires. Leurs problématiques sont celles que j’ai connues pendant 11 ans. Ça me plaît beaucoup, je me sens utile et j’ai retrouvé le sens [perdu à la fin de mes années en Ehpad]. »

« Je tire, depuis 2017, la sonnette d’alarme »

À son départ de la direction de l’Ehpad en septembre 2024, Virginie Puel a écrit une lettre ouverte aux députés du Grand Est pour espérer voir les choses changer. « Un plan politique est attendu depuis la nuit des temps, rappelle l’ancienne directrice. Il faut que les pouvoirs publics interrogent les experts et spécialistes de la question pour monter un vrai plan d’accueil et d’accompagnement de ces personnes. Il faut écouter les directeurs d’Ehpad. »

Alors qu’en 2025, la France a enregistré plus de décès que de naissances et qu’on sait que la population est vieillissante, Virginie Puel a vu arriver ces dernières années « des personnes de plus en plus âgées et de plus en plus dégradées physiquement et cognitivement. À ce rythme, les Ehpad vont devenir des mouroirs, car les politiques du maintien à domicile n’ont pas eu les moyens nécessaires », constate la professionnelle de santé.

Des solutions à foison

Des solutions, Virginie Puel dit « en avoir à foison », comme tous ses confrères. Pour elle, la prise en charge de la personne âgée doit être globale pour éviter la récurrence des hospitalisations et raccourcir leur durée. « Car un problème va en engendrer un autre. Il faut donc des postes de gériatres dans tous les centres hospitaliers », préconise-t-elle. Elle aimerait également voir se créer, selon le modèle scandinave, un comité senior dans chaque commune pour appréhender ces questions : accompagnement des seniors, évolution de l’urbanisme peu adapté aux fauteuils roulants…

Mais le point le plus préoccupant reste peut-être le recrutement de personnel, point pour lequel elle « tire la sonnette d’alarme depuis 2017 auprès de l’Agence régionale de santé. L’ARS n’a pas de baguette magique. Mais on souffre de l’image véhiculée par les médias qui fatigue les personnes encore motivées. Chaque fois qu’on parle des Ehpad, on parle de scandales, de ce qui ne va pas. On n’évoque jamais ce qui se fait de beau. »

Les nombreuses offres de postes au sein de l’Eurométropole facilitent la mobilité des salariés. « On ne parvient plus à fidéliser les soignants. Avec pour conséquence une perte de la connaissance des résidents, des projets », constate l’ancienne directrice qui rappelle que « les disparités de traitement de salaire sont le nerf de la guerre ». La professionnelle constate que les jeunes diplômés se tournent davantage vers l’hôpital et que les postulants en Ehpad le font par obligation plus que par vocation.

Mais selon elle, l’un des enjeux se joue au niveau des boîtes d’intérim qui « permettent aux gens de définir leur planning, sans les contraintes du métier ». Sans oublier les absences. « Lorsque trois intérimaires sur cinq soignants devant venir travailler ne viennent pas, les habitudes de vie ne sont pas respectées, la toilette du résident n’a pas lieu », regrette-t-elle tout autant que les familles de résidents, tout en étant démunie.

Propos recueillis par Véronique Kohler pour les DNA du 12 janvier 2026

Les Ehpad ne sont pas des mouroirs ! Récit d’une directrice au cœur battant de Virginie Puel. JDH Éditions. 14,95 euros. Livre disponible sur des sites de ventes en ligne et sur commande dans les librairies

lundi 22 décembre 2025

52 ans plus tard, un moment hors du temps intensément vécu par les bacheliers 1973

 


Ils l’ont fait ! Il y plus d’un an Marie-Paule Kieny et Bruno Lecomte se sont lancés dans l’aventure de retrouver leurs anciens camarades de classe.

Grâce à leur persévérance, le petit cercle initial de contacts s’est transformé en un vaste réseau enthousiaste, aboutissant à l’exploit de réunir près de 70 lycéens des années 1970. Mieux encore, toutes les photos de classe depuis la 11ème ont été retrouvées, ainsi que les noms de l’immense majorité de celles et ceux qui qui les ont accompagnés au fil des années.

Ces fort dynamiques septuagénaires (si, si !) ont même réussi à retrouver six de leurs professeurs – octogénaires donc – dont quatre ont honoré de leur présence les retrouvailles organisées le 13 décembre 2025 au Gymnase Jean Sturm, avec l’appui logistique habituel du Comité des Alumni.

Mais se revoir plus de cinquante ans après l’adolescence n’a pas été sans susciter quelques appréhensions, comme en témoignent des échanges sur leur groupe WhatsApp :

Trac d’être reconnu ou trac de ne pas être reconnu ? J’ai cru comprendre que bienveillance et empathie faisaient partie de la liste des invités et donc… pas de soucis. On ne va pas repasser le bac, ni paraître devant Weber (ndlr : Martin Weber, directeur, dit « Brutus »). Nous ne sommes peut-être plus aussi fringants mais nous avons gardé un sens authentique de l’amitié. Je me réjouis de cette expérience hors du temps, ça frise la science-fiction, j’adore !!!

L’accueil chaleureux dans le hall d’entrée a mis tout le monde d’autant plus à l’aise que chacun s’est retrouvé muni d’un badge à son nom, certes, mais aussi assorti de sa photo adolescente … Forts de ce coup de jeune, ils ont parcouru un établissement scolaire complètement transformé depuis leur passage, mais où leurs souvenirs ressuscitaient des lieux et des vécus communs.




Les souvenirs ravivés ont, entre bien des sujets, alimenté la très vivante soirée autour d’un buffet dans le restaurant scolaire où ils ont été accueillis par Philippe Buttani, directeur général du Gymnase et Jacques Flurer, président des Alumni. 

Mais cela n’a été autorisé qu’après un vrai appel règlementaire – nostalgie … ?  - limité au nom de famille pour les garçons mais précédé d’un sonore « mademoiselle » pour les filles.  En toile de fond, un montage photo et une bande son des années 70, concoctés par Marie-Paule, ont ravivé les mémoires. 

Bande son complétée par une improvisation de Michel Peter, au double titre de gloire d’ancien élève mais aussi d’ancien professeur du Gymnase, ode à la mixité d’un établissement scolaire des années 70 .. Extrait.

Il est difficile de restituer ce qui assaille l’esprit et sollicite les émotions 52 ans plus tard. Voici un témoignage parmi bien d’autres, dont il est difficile de ne pas citer l’intégralité :

Chers tous et toutes,

Plongée ce 13 décembre 2025 dans l’IRL (in real live) après avoir affronté la foule du dehors qui se presse et s’écrabouille.

Enfin à l’abri dans ce « temple » de notre apprentissage, de nos pitreries, nos batailles sans conséquences, de notre rencontre avec nos différences et nos particularités.

Accueille avec bienveillance, mon regard impatient de revoir ceux qui étaient à mes côtés à une époque où nous nous cherchions encore, à un temps où nous étions en pleine construction, curieux et parfois impatients de tout connaître, de tout explorer. J’ai bien dit tout.

Le Gymnase Jean Sturm était alors l’architecte que nos parents avaient choisi pour nous bâtir et nous inviter à un avenir que nous choisirions.

Ce n’était certes pas toujours facile surtout si on n’était de loin pas ce que l’on peut appeler une bonne élève. Les professeurs n’étaient pas toujours commodes mais de tous pourtant nous en avons retenu un enseignement qui nous servirait bien plus tard.

Tout au long de la soirée, au fur et à mesure des embrassades et des sourires, des perles de bons souvenirs remontaient à la surface, pétillant mes circonvolutions et que la raison ne saurait connaître, tout devenait si limpide, je confirme, le voyage émotionnel dans le temps existe bel et bien. Incroyable, c’était hier !!!

Il y avait longtemps que je n’avais ressenti tant de bienveillance de la part d’un si grand nombre. C’est à cela que servent les souvenirs, lorsque l’on esquisse un sourire et qu’aucun regret ne vient ternir notre présent. Nous tous aussi jeunes, bien que plus expérimentés, nos regards étaient inchangés (sauf peut-être nos nez et nos oreilles qui paraît il ne cessent de grandir jusqu’à la fin de notre vie 🙂)

Employons ici un mot bien ancré dans nos cœurs (bien que démodé) et qu’aucune nouvelle technologie ne saurait nous ravir : l’esprit de camaraderie.

Nous reverrons nous ? Je ne saurais dire, le temps à venir nous l’offrira peut-être. Trop peu d’heures pour dérouler notre vécu avec toutes les personnes présentes ?

Qu’importe réellement, ce magnifique instant suspendu a suffi à m’apporter un moment de bonheur intense.

Du fond de mon cœur et d’un battement sincère, je vous remercie.

Il a été aussi difficile de se quitter pour beaucoup. Même après quelques prolongations dans des bars du voisinage. Au point que la messagerie WhatsApp continue de bruisser de liens et de propositions de projets communs, en fonction des lieux, des envies et des opportunités.

Oui, des retrouvailles qui ont suspendu le temps….

Voici les noms de ceux qui ont pu partager une soirée si particulière :


Un grand merci à Anne pour ses témoignages qui ont su si bien restituer des sentiments très partagés.

Le Comité des Alumni est heureux d’avoir pu contribuer à créer ce moment unique.

samedi 22 novembre 2025

Mathis Chevalley (T 8) représente les jeunes de France à la COP30

Âgé de 16 ans, Mathis fait partie de la délégation française à la COP30, qui débute ce
10 novembre au Brésil, pour « défendre les droits de l’enfant face au changement climatique ». Une aventure qui a commencé en janvier dernier pour le jeune Alsacien. C’est de son propre chef qu’il a candidaté en janvier auprès de l’Unicef pour intégrer un groupe pilote de jeunes engagés pour le climat, en prévision de la COP30.

C’est lui aussi qui a organisé ses voyages en train jusqu’à Paris pour rencontrer ses homologues venus de toute la France, afin de préparer les propositions qu’ils feront aux négociateurs français de la COP30 pour « défendre les droits de l’enfant face au changement climatique », comme l’expliquait le jeune Gymnasien de 16 ans à quelques jours de son départ pour le Brésil.

Lecture et écriture, mais aussi acteur engagé

Mathis Chevalley n’en est pas à son premier coup d'éclat dès le collège parachevé avec un résultat de 815/800 au brevet, grâce à l’option latin, entre autres. Lauréat du Prix

interrégional 2024 pour jeunes auteurs de Suisse Romande, puis Grand Prix du concours de nouvelles fantastiques du 32è festival du film de Gérardmer, il était aussi cette année finaliste du concours de plaidoiries pour les droits de l’homme du mémorial de Caen sur le thème : « Le viol au Congo, anatomie d’une arme de guerre ».

Ce passionné de littérature a deux grands hobbies : la lecture et l’écriture. Écrivain de nouvelles, poèmes, avec pour projet des romans, il insiste « l’écriture est libératrice, cela permet de se parler à soi-même, se perfectionner en tant que personne et montrer sa vision du monde aux autres ». Coucher des mots sur le papier l’aide dans beaucoup de situations, surtout dans les périodes difficiles. Sa réussite, il la fête très simplement et humblement « Je préfère un restaurant de sushis où je suis avec ma famille plutôt qu’un iPhone dernière génération dont je ne saurais que faire ». Son rêve en terme scolaire : « Que chacun puisse s’en sortir et trouver sa voie quelles que soient les personnes qui les accompagnent, ou ses propres facilités ».

« J’avoue que je n’arrive à fonctionner que dans l’action. J’ai besoin d’être actif », confie celui qui est actuellement en classe de terminale au Gymnase Jean Sturm, à Strasbourg. Passionné de géopolitique et de littérature, Mathis a trouvé dans cette mission pour l’Unicef un moyen de « lutter contre l’éco-anxiété, qui touche beaucoup de monde, en particulier les jeunes, car ce sont eux qui vont affronter les catastrophes futures ».

Au Gymnase, il s’est impliqué dans la dynamique classe à projet « Vert l’Europe » pilotée par Mmes Malhamé, Birckel, Vonesch, professeurs organisatrices, entre autres, de conférences et de voyages sur le terrain pour identifier concrètement les composantes de la réflexion collective.

« Face à l’immensité des informations anxiogènes sur les questions environnementales qui tombent, il y a une impression de lenteur permanente et de désintérêt de la communauté politique. C’est la première chose qu’ils abandonnent dès qu’il y a un conflit ou une crise économique. C’est à nous de nous battre pour leur rappeler les enjeux », témoigne aujourd’hui le jeune homme.

Il a pu, au fil de la préparation de la COP30, rencontrer des parlementaires à l’Assemblée nationale et des hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères, pour tester la liste de propositions que son groupe de jeunes, venus de l’Hexagone, de Guyane et de la Réunion, a formulées. L’Alsacien a été choisi, avec sa collègue bretonne Anaïg Moreau, pour porter la voix de son groupe auprès des négociateurs qui seront réunis à Bélem à partir du 11 novembre.

Participer aux décisions qui nous concernent

S’il fait tout cela sans intention particulière, si ce n’est de « contribuer à ce qui me plaît comme je peux », Mathis Chevalley est conscient de l’importance de sa mission. « Il y a un double enjeu. Le fait qu’on aille à cette COP montre que des jeunes peuvent et doivent participer aux décisions qui les concernent, alors que beaucoup de gens pensent que nous ne sommes pas en capacité de comprendre les enjeux qui nous impactent. Ensuite, les enfants sont les plus concernés par cette crise climatique. Environ deux millions d’enfants meurent chaque année en raison des dommages causés à l’environnement », argumente le jeune homme.

Au Brésil du 14 au 24 novembre

 Mathis s’est aussi ouvert aux questions européennes. « L’UE, même si elle ne marche pas toujours, reste un modèle de paix durable. Et aussi, dans une certaine limite, un modèle en matière environnementale, même si les pays ont des difficultés à s’accorder pour la COP30. »

Mathis Chevalley reste humble quant à son rôle. "C’est beaucoup de se dire qu’on va représenter la voix des enfants à la COP. Mais la réalité, c'est que je ne suis qu’un enfant, un enfant français parmi plein d’autres" conclut-il.

Les images qui nous parviennent du Brésil soulignent son implication.

Bravo à lui !

Merci à Marie-Lise Perrin pour son article paru dans les DNA du 10 novembre 2025


dimanche 2 novembre 2025

Ils ont remonté le temps : les bacheliers de 2005 en chaleureuses retrouvailles 20 ans après.

 


Grand retour au Gymnase pour les membres de la promotion 2005 disponibles ce 18 octobre 2025 , à l’initiative de Tristan Bossard. Epaulé par Maud Lemblé et Laura Lehmann, il a pu compter aussi sur les compétences d’Hélène Munoz (traiteur « Batch a mama ») pour assurer le superbe buffet de la soirée.

L’exploration des lieux – 20 ans après pour beaucoup ! - a réservé son lot de surprises et de recherches d’exploits passés au fil des couloirs et des salles spécialisés.

Le foyer des collégiens a accueilli la joyeuse troupe où les partages se sont démultipliés au gré des échanges continus, pendant que défilaient sur l’écran des photographies témoignant de moments forts des années de scolarité.

La qualité du buffet a assurément contribué à la réussite de la soirée.....  

On ne saurait mieux synthétiser l’ambiance qu’en citant Tristan :

Le fait de se retrouver dans l'enceinte de l'établissement et d'avoir pu le visiter ont joué pour beaucoup dans la réussite de la soirée, nous rappelant à nos souvenirs d'il y a 20 ans. Que le Comité des Alumni a également été précieux dans l'organisation et la logistique. La soirée était chaleureuse et conviviale

"Le temps passe et passe, et beaucoup de choses ont changé. Qui aurait pu s'imaginer qu'le temps serait si vite écoulé" dixit J. Sturm.

Vingt ans déjà...

Vingt ans de chemins différents, de choix, de doutes, de réussites, de familles construites (beaucoup en 2019!), de voyages, de vies qui ont pris des directions parfois inattendues.

Au-delà de la date, ce fût un bonheur de célébrer ce lien invisible qui nous unit encore, ce fil tissé dans nos années lycée, entre les rires, les galères et les rêves d’avenir, dans ce lieu qui nous a vu grandir (certains plus d'une décennie) 

Alors oui, le temps passe et passe, mais certaines choses ne changent pas : la complicité, la simplicité de nos échanges, Lola qui finit à 6h du mat' et cette envie simple d’être ensemble.

Que ce groupe perdure si vous le souhaitez et à très bientôt je l’espère.

Chaleureuse, la soirée a aussi pu se prolonger dans la nuit en d'autres lieux que le Gymnase, lieux eux aussi parfois fort fréquentés dans les années lycée... 

Parmi les nombreux autres échanges :

Une très belle soirée pour de belles retrouvailles. Un vrai plaisir de revoir des têtes qui ont à peine changé (comme certaines mimiques et expressions gardées des années lycée) et de partager de vieux souvenirs de 20 ou 30 ans en arrière comme si c’était hier. Beaucoup d’émotions aussi en retrouvant des complicités telles qu'on les avait laissées. À bientôt ! (Thomas)

C’était un mélange de plein d’émotions diverses de revenir à Sturm 20 ans après, et au final la satisfaction de voir que nous sommes encore tous jeunes de nos visions de la vie, avec des projets , des rêves et de l’énergie. Je me réjouit de voir ce que nous aurons à nous raconter dans 10 ans (Alex)

N’ont pas été omis, dans les commentaires du lendemain, les partages sur l’heure où les jeunes enfants de cette génération de parents les ont tirés du lit !


Voici ceux qui ont eu l'opportunité de participer à ces retrouvailles: 


Plusieurs professeurs sont venus se joindre à leurs anciens lycéens, voire élèves de l'école primaire (!), au grand plaisir de tous:  Martine Altschuh, Christine Jouanneau-Hédinger, Lucie Dieudonné, Hubert Mayer, Damien Reinhardt, Cathy Schirmann, Béatrice Von Kobylinski.  




dimanche 21 septembre 2025

La communauté scolaire du Jakob-Sturm-Gymnasium (1940-1944) dans le système nazi

 Une dizaine de caisses entreposées dans les greniers du Gymnase contenaient des documents peu inventoriés, parfois considérés avec suspicion. L’organisation d’un local dédié aux archives pour rassembler l’ensemble des sources encore présentes dans un établissement scolaire, à la longue histoire, a permis d’inventorier ces caisses : elles contenaient la vie et le fonctionnement du Gymnase de 1940 à 194, sous férule nazie.


 
Florence Malhamé
, agrégée d’histoire enseignante au Gymnase et mastérante en Histoire des mondes germaniques à l’Université de Strasbourg, s’y est plongée pour un mémoire intitulé :
un lycée dans le système national-socialiste de l’Alsace annexée : la communauté scolaire du Jakob-Sturm-Gymnasium (1940-1944).

Soutenu avec brio le 15 septembre 2025, ce mémoire explore avec lucidité la réalité concrète d’un établissement scolaire,  ceux qui y vivent et ceux qui l’animent, entre ombres et lumières, dans le contexte d’une région annexée, intégrée dans le Reich.

Le préambule du mémoire situe des enjeux : « L'école allemande fait partie de l'ordre éducatif national-socialiste : elle a pour mission de former l'homme national-socialiste en association avec les autres forces éducatives du peuple allemand ». Cette phrase, parue le 6 septembre 1940 dans les Strassburger neueste Nachrichten, quatre semaines avant la première rentrée scolaire dans l’Alsace annexée à l’Allemagne national-socialiste montre l’ampleur des bouleversements connus par l’école et plus largement la société alsacienne de 1940 à 1944.

Le Gymnase est intégré dans le dispositif de formation : En octobre 1940, les établissements scolaires rouvrent en Alsace, sous de nouveaux noms, de nouvelles autorités de tutelles et un corps professoral en partie renouvelé. Pour le « vieux Gymnase protestant de Strasbourg »(1), comme il est couramment appelé dans les courriers, cette ouverture se fait sous le nom de Jakob-Sturm-Gymnasium. La municipalité de Strasbourg remplace la tutelle du Chapitre de Saint-Thomas, le statut d’établissement privé ayant disparu avec l’annexion.

Lors de la rentrée de 1940, il devient l’unique Gymnasium de Strasbourg, le seul établissement mixte à poursuivre l’enseignement des humanités classiques et notamment du grec ancien. Il devient donc le lycée de tous les jeunes qui suivaient auparavant un enseignement de grec quel que soit leur établissement d’origine et leur lieu de résidence. S’ouvrent simultanément plusieurs Oberschulen :

Bismarck (Kléber Palais – Collège Foch aujourd’hui) Karl-Roos (Kléber Saint Jean avant 1940, disparu) Friederikenschule (lycée des Pontonniers). Les Marie Hardtschule (Lucie Berger) et Gottfried von Strassburgschule (Notre Dame) ouvriront ultérieurement  (Im Aufbau) mais pas la Goetheschule (St Etienne), devenue hôpital militaire.

Le mémoire traite du sujet sous plusieurs aspects: le bouleversement et continuité de la vie scolaire dans l’Alsace annexée et au Gymnase, la direction et l’équipe pédagogique du Jakob-Sturm-Gymnasium face à l’annexion. Il s’intéresse particulièrement à la trajectoire d’Arthur Cullmann, seul alsacien durablement au poste de directeur. Il analyse aussi la composition ainsi que l’évolution du corps professoral au fil des années de conflit ainsi que les élèves et leurs familles : qui sont-ils ?

Un dernier chapitre se penche sur comment être élève au Jakob-Sturm-Gymnasium, entre exigence scolaire et réalités de l’annexion et de la guerre.

Si ce remarquable travail de mémoire se nourrit essentiellement des archives préservées du Gymnase, il a aussi bénéficié de témoignages directs comme celui de Robert S., entré au Jakob-Sturm-Gymnasium en 1943 et à la mémoire extraordinaire, de documents retrouvés par d’anciens parents d’élèves ou de familles dont l’un des membres avait été scolarisé entre 1940 et 1944.

Florence Malhamé a enrichi son mémoire de nombreux documents extraits de ses sources qui illustrent au mieux le sujet traité. Comme la germanisation des noms:

A l’occasion d’évènements organisés par les Archives d’Alsace, elle a pu présenter et approfondir plusieurs thèmes qu’elle a exploré, contribuant à une meilleure connaissance de la réalité de cette période historique.


Sujets présentés: « Georges Weinhard et ses camarades. Parcours de lycéens résistants en Alsace annexée » - « Arthur Cullmann, directeur du Jakob-Sturm Gymnasium de 1941 à 1944, entre ombre et lumière »

(1) Le Gymnase Protestant, devenu Jakob-Sturm-Gymnasium de 1940 à 1944, prend le nom de Gymnase Jean Sturm en 1947, sur décision du Chapitre de St Thomas, administrateur de la Fondation Haute Ecole. 

Les Alumni du Gymnase sont très reconnaissants à Florence Malhamé pour avoir analysé ces archives avec une exigence et un professionnalisme remarquables. 

Il la félicitent vivement pour la grande qualité de son mémoire, indispensable pour mieux comprendre à la fois la vie dans un pays en guerre mais aussi l’impact humain, au quotidien, d’une dictature totalitaire au sein d’un établissement scolaire.

Par ce lien vous pouvez accéder à l’intégralité du mémoire :

https://www.calameo.com/read/0033797930b3726fde28d



vendredi 19 septembre 2025

Rolands Lappuke (Bac 1973), le plus Gymnasien des Lettons

 Les DNA, sous la plume de Nicolas Roquejoffre, ont tracé le portrait du plus Letton des anciens élèves du Gymnase,  fin août 2025.

Né en France, Rolands Lappuke a fait ses études à Strasbourg où vivaient ses parents, réfugiés politiques après-guerre. L’ancien ambassadeur vit depuis 2016 en Lettonie, son pays marqué par les totalitarismes nazi et soviétique et dont la société s’est en grande partie engagée auprès des Ukrainiens.

Avec malice, Rolands Lappuke montre l’adresse de la rue qui longe une partie de l’ambassade de Russie au cœur de Riga. « En 2022, le parlement letton a décidé de rebaptiser cette voie en “rue de l’indépendance de l’Ukraine” ».

Dans cette même artère, suspendue devant le musée d’histoire médicale, une immense affiche présentant un Vladimir Poutine mortifère, œuvre d’un collectif d’artistes, défie les diplomates russes.

Depuis trois ans maintenant, les drapeaux jaune et bleu de l’Ukraine flottent devant les façades de certains bâtiments publics ou édifices culturels. « Après le début de l’offensive russe, les Lettons ont eu une réaction spontanée de soutien à l’Ukraine, raconte Rolands Lappuke. Tous les jours, des centaines de gens se rassemblaient devant l’ambassade pour soutenir les Ukrainiens. Les Lettons se sont mobilisés, inéluctablement. Ils voyaient des chars russes franchir la frontière, les mêmes qui nous avaient envahis en 1940 ».

Cet ancien diplomate a également apporté son soutien et continue de le faire, notamment en participant à la collecte de matériels, notamment des drones, qui partent ensuite vers le front. « Nous sommes en guerre mentalement, assure-t-il. Nous sommes reconnaissants de leur sacrifice ».

Ambassadeur en Espagne, au Portugal, en France…

Né à Paris, Rolands Lappuke a longtemps vécu en Alsace où il a suivi une scolarité au Gymnase Jean-Sturm puis à l’université Louis-Pasteur où il a décroché un doctorat en neurosciences. 

Sa carrière de diplomate letton, démarré deux ans après l’indépendance de la Lettonie, l’a notamment mené en Allemagne, au Portugal, en Espagne, en France (de 2003 à 2007). Son dernier poste, de 2014 à 2016, fut à Strasbourg, comme représentant auprès du Conseil de l’Europe.

Il n’était pas acquis que cet homme né en 1956 pose définitivement ses cartons dans un pays que ses parents avaient fui après la guerre. « Quand je suis allé la première fois en Lettonie, en 1975, je me suis juré de ne plus y revenir ». La chape de plomb soviétique l’en avait clairement dissuadé.

Et puis ses parents ne vantaient pas vraiment les charmes d’une Lettonie durablement marquée par deux totalitarismes : le communisme et le nazisme. « Je les mets sur un pied d’égalité concernant le manque d’humanité », dit-il. Les musées de l’occupation et du KGB (service de renseignement de l’URSS), au centre de Riga, rappellent ad nauseam les horreurs des nazis et des Soviétiques. Tandis que les premiers ont éliminé plus de 90 % de la population juive de ce petit pays et de si nombreux partisans, les autres torturaient et tuaient les opposants au régime de Moscou.

« N’oublions pas que le pouvoir russe est impérialiste »

La main de fer russe hante toujours les esprits lettons, notamment ceux qui ont justement connu l’annexion. Aujourd’hui, « il n’y a pas de peur mais plutôt de l’appréhension dans la société, estime Rolands Lappuke. Une invasion peut avoir lieu. N’oublions pas que le pouvoir russe est impérialiste. Qu’est-ce qui pourrait l’arrêter ? »

Celui qui se félicite d’être monté « sur le bateau de l’indépendance lettone » trouve beaucoup de points communs entre son Alsace presque natale et la Lettonie, territoires annexés, ballottés entre grandes puissances, marqués par les drames des guerres mondiales.

 L’histoire de ses parents est intrinsèquement liée à la capitale alsacienne. « Ma mère a traversé l’Europe avec sa cousine. Elles sont arrivées à Strasbourg en 1945. Mon père, lui, a fui son pays et s’est retrouvé à Lunéville en 1946. Il a fait des études de théologie puis est devenu pasteur luthérien trois ans plus tard. Il a alors pris ses fonctions à Strasbourg en 1950. C’est une jeune lettone qui est venue l’accueillir à la gare. Ils se sont mariés un an plus tard ! » Le couple est enterré à Westhoffen où le père de Rolands fut pasteur.

 Le couple Lappuke compte revenir à Strasbourg d’ici la fin de l’année. Rolands pour retrouver une partie de ses anciens camarades du lycée et son épouse pour s’extasier devant les décorations de Noël. Ils n’oublieront pas de rendre visite à la sœur de Rolands, restée, elle, en terre d’Alsace.

L’occasion de partager d’autres talents avec ses anciens et toniques condisciples lors de leurs retrouvailles ?