Gymnase Alumni, l'Association des Anciens et Amis du Gymnase Jean-Sturm & Lucie-Berger, Strasbourg
samedi 5 mars 2022
Solidarité concrète avec les Ukrainiens au Gymnase
Jean-Yves Stephan (bac 2008): il y a plein d’opportunités pour ceux qui osent entreprendre, changer de domaine….
Ma formation initiale au Gymnase
J’ai suivi ma scolarité au Gymnase de 1996 en classe de CP, jusqu’en 2008 en classe de terminale. J’en retiens avant tout les amitiés que j’y ai construites - certaines amitiés commençant dès le CP - et des moments riches partagés avec ces amis - notamment lors des classes vertes, les voyages sportifs organisés et les échanges linguistiques.
forcément la vie facile !
Je remercie sincèrement l’ensemble du corps enseignant, et pour donner un exemple d’une personne qui m’a le plus influencé, je citerais notre professeur de mathématiques de terminale Bernard Altschuh, qui nous transmettait sa passion des maths via une approche assez abstraite et formelle, qui nous préparait bien à l’enseignement des mathématiques dans les classes supérieures.
Après le Gymnase j’ai rejoint la classe préparatoire du lycée Kléber à Strasbourg en filière MP (maths physique), puis j’ai intégré l’Ecole Polytechnique en
région parisienne. J’ai fini mes études par un master aux Etats-Unis (Stanford), où j’ai vécu pendant cinq ans, avant de revenir m’installer à Paris pour créer une startup dans le domaine de l’informatique et du big data.
On peut très bien “réussir” sans intégrer les classes préparatoires parisiennes élitistes ; on peut aussi y être heureux, à condition de ne pas trop internaliser le besoin de réussite. On apprend énormément en classe prépa, que l’on intègre une école prestigieuse ou pas.
Après cette période studieuse, l’école d’ingénieur a plutôt consisté en une ouverture sur les autres et sur le monde, et ma fin d’étude aux Etats-Unis était la plus professionnalisante, avec des cours d’informatique excellents qui me préparaient à mon premier emploi. Le monde des startups technologiques y explosait, et ces opportunités et ce dynamisme sont maintenant aussi largement présents en France et dans le reste du monde.
Je voudrais encourager ceux qui hésitent à faire des études scientifiques ou en informatique à poursuivre cette voie. Ce sont des études très gratifiantes et qui ouvrent de nombreux débouchés. Le début des études supérieures est un moment clé où le travail sérieux est récompensé, même si la voie semble trop ambitieuse ou trop difficile pour vous à priori. J’aimerais en particulier adresser ce message aux jeunes femmes qui sont sous-représentées dans ces études.
Je vous souhaite de bien profiter des années que vous avez devant vous et de trouver une voie qui a du sens pour vous !
Agathe Henninger (Bac 2014) : travailler dans le milieu culturel, un juste mélange entre savoir-faire et savoir-être
Formation initiale
Ce que j'ai retenu de ma formation au Gymnase sont toutes les opportunités
d'implications et d'explorations que ces années m'ont apportées. En effet, j'ai
toujours été déléguée mais également impliquée au Conseil de Vie Lycéenne et au
Conseil Académique de la Vie Lycéenne. Deux expériences qui ont su forger des
habiletés en prises de parole sur des sujets qui me tiennent à cœur. Je retiens
également l'excellence de l'option Arts Plastiques mené par Sauveur Pascual qui
a su affiner mon esprit critique et m'ouvrir sur différentes perceptions de la
réalité. Mais aussi toutes les activités proposées par l'école comme le Ludwig
Van Club de Pierre Zimmer et bien d'autres. Si on veut s'impliquer au Gymnase,
on peut et ça nous amène loin !
L'élément qui a le plus impacté ma vie au Gymnase aura été mon redoublement
de première. Avant cela, je n'arrivais pas à trouver de sens dans ce que l'on
apprenait en classe. L'opportunité de prendre du recul et de faire un second
départ pour mon dossier a été déterminant dans mon cheminement.
Différents professeurs et personnes travaillant à l'administratif m'ont
beaucoup soutenu durant cette période et je les en remercie.
Après une période d'hésitation et un magnifique voyage au Mexique qui m'a fait découvrir ses couleurs et sa culture, je suis revenue à Montréal poursuivre mes études et compléter un master en Management des entreprises culturelles à HEC Montréal. Diplôme qui a résulté sur une spécialisation en philanthropie culturelle, c'est-à-dire la recherche de financement privé et le lien avec les donateurs. J'ai travaillé dans ce domaine pour des organismes culturels en arts vivants. Après plusieurs années à Montréal, j'ai décidé de revenir vivre à Strasbourg et continuer l'évolution de ma carrière dans la gestion et le développement des arts et de la culture.
Selon moi, et la pandémie nous l'a bien démontré, l'humain a besoin d'être en contact avec la créativité, que ce soit la sienne ou celle d'une autre personne, un lien invisible se tisse entre l'art et l'homme. Il est
le reflet de notre société, de son fonctionnement et de nos pensées. Travailler dans ce domaine, que ce soit en tant qu'artiste et/ou gestionnaire, amène une stimulation constante à travers le travail. Plusieurs opportunités se trouvent dans ce domaine, et les différents modèles de financement également. Un inconvénient de travailler dans un domaine qui nous fait vibrer est la nécessité de poser ses limites afin de ne pas s'épuiser.Quels conseils donner ?
Travailler dans le milieu culturel, et dans la recherche de financement nécessite un juste mélange entre savoir-faire et savoir-être. Le savoir-faire se trouve dans tout l'aspect gestion de projet, rigueur dans le travail et sens des priorités, et le savoir-être se trouve dans le respect et les bonnes relations à entretenir avec la sphère qui nous entoure. C'est un milieu ou le réseau compte beaucoup, et il n'est pas difficile
de s'en créer un dans la mesure où on est passionné et engagé. Il ne faut pas avoir peur d'aller toquer à des portes et montrer son intérêt pour le domaine. Je pense que de constamment se tenir informé de ce qu'il se passe dans le milieu culturel, autant au niveau artistique que des bonnes pratiques organisationnelles et managériales, est un point avantageux pour se démarquer du lot. Il faut faire attention
à ne pas s'oublier dans son travail, on ne peut pas porter des projets
résilients et de grande ampleur si nous même nous ne sommes pas résilients.
Souvent, on veut bien faire, et se dévouer mais il y a une juste limite à
trouver entre ambition et course à l'épuisement. Il convient également d'être attentif
aux salaires qui peuvent être parfois très bas alors que le travail demandé
mérite bien mieux. Afin de pallier la précarité du milieu culturel, il faut
savoir se faire entendre et collectivement changer les normes et les manières
de faire. C'est un domaine nécessaire et qui mérite des salaires
convenables.
Étudier à l'étranger
En partant au Québec je voulais découvrir une nouvelle manière de penser, d'être. Passionnée de politique, étudier ce domaine dans un territoire revendiquant son indépendance me plaisait beaucoup. Je voulais également sortir du cadre hiérarchisé de la France.
Cela a été une expérience extraordinaire qui m'a vraiment permis d'être une
adulte tournée vers l'autre et vers ce qu'il a à nous apprendre. Je pense que
si nous avons l'appel d'aller étudier ou vivre dans un autre pays, il est tout
à fait opportun d'écouter son intuition et de tout faire pour y arriver car
c'est une étape qui vous transformera à coup sûr.
vendredi 4 mars 2022
Féris Barkat (bac 2020) : le capital culturel, donnée essentielle pour ouvrir l’avenir
Après l’obtention de son diplôme du baccalauréat en filière ES, Féris prépare un bachelor’s degree, Politique and Philosophy à la London School of Economics and Political Science (LSE).
Qu’est-ce qui t’a marqué dans ton passage au Gymnase ?
Très vite, je me suis rendu compte de la
chance que j’avais, en y pensant c’est quand même extraordinaire : parce
que mes parents ont fait des sacrifices j’ai eu le droit d’avoir une ouverture
culturelle que je n’aurais sans doute jamais eu à cet âge. Au fur et à mesure que je découvrais les
opportunités qui s’ouvraient à moi (concours général de philosophie,
universités en Angleterre…) je découvrais aussi un sentiment de supériorité
intellectuelle chez mes camarades vis-à-vis des autres lycées, surtout à
l’approche des vœux Parcoursup.
Ce sentiment de supériorité par rapport
aux autres lycées était complétement erroné car comment comparer des contextes
différents ? Si ton voisin dans un lycée public a moins de bagage
intellectuel c’est parce que le contexte éducatif est différent, souvent plus
compliqué dans les lycées publics. Ce qui devrait être pris comme une chance
incroyable, était parfois détourné pour en faire un instrument de supériorité,
comme si : parce que le Gymnase Jean Sturm tout nous était dû (Parcoursup…)
alors que dans ma vision : parce que je suis au Gymnase Jean Sturm, je
dois tout à la société. Je me dois de lui rendre au mieux et de me former le
mieux possible car cette chance j’aurais pu ne jamais avoir.
Pour finir, cette condescendance, forcément,
entrainait une forme de passivité chez certains, j’ai donc aussi vite réalisé
que ce mythe de l’élite qu’on nous vend à différentes échelles - au niveau du
lycée, des universités ou même de la société- n’était que fictionnel. Quand à
16, 17 ans on comprend qu’à priori rien ne nous différencie de la pseudo-élite,
que malgré la différence de capital au départ rien n’est insurmontable, ça a
complétement changé ma vision du monde. J’ai d’autant plus travaillé pour faire
ce qui me semblait juste à chaque moment, je me suis fixé une règle d’or :
si je réussis, je ne dois pas oublier la part de chance et si j’échoue, je ne
dois jamais oublier ma part de responsabilité.
Madame Bilger (professeure d’anglais) m’a permis d’étudier en Angleterre et elle a vraiment eu une grande influence sur ma prise de confiance en moi. Moi, complétement nul en anglais, lorsque je lui ai parlé des universités en Angleterre elle n’a hésité 1 seconde : « Je ne pense pas que tu ais une chance. Je suis certaine que tu peux y arriver ». En anglais j’étais vraiment désespérant et sa confiance m’a tellement touché, sa manière de me considérer, je ne sais pas comment expliquer…Ça doit sûrement être venu du fait que je ne m’y attendais pas du tout, auparavant d’autres professeurs m’avaient déjà découragé alors je n’y croyais pas, parfois il suffit d’une seule personne pour retrouver la motivation.
En seconde surtout, alors que j’étais assez mauvais partout, Monsieur Rietz et Monsieur Zimmer m’ont beaucoup donné confiance en moi, surtout avec l’atelier d’art oratoire le mardi après-midi qui était mon moment préféré de la semaine.
Mes
nombreuses discussions avec Monsieur Moghaddassi m’ont aussi beaucoup appris et
m’ont fait évoluer.
A priori personne n’est moins con que
vous, alors travaillez si vous sentez qu’une voie en particulier va vous
permettre de vous accomplir. Au-delà de l’autocensure, n’oubliez pas qu’on fait
rarement ce qu’on veut.
En fait, on fait ce qu’on veut quand on
sait ce qu’on fait, et pour savoir pourquoi on fait quelque chose plutôt
qu’autre chose, il ne faut jamais cesser de découvrir de nouveaux domaines.
Se poser et essayer, j’ai failli rester en
filière scientifique alors que je n’avais aucune appétence pour ce domaine, les
prisons mentales sont terribles si on ne se pose pas assez de questions. Et
pour se poser des questions, il faut se poser alors posez-vous, ralentissez.
16, 17, 18 ans ce n’est pas le moment où il faut décompresser comme on
l’entend souvent, c’est le moment où il faut se demander quels choix on ne veut
pas avoir à regretter dans 20 ans.
Je conseille aussi aux jeunes lycéens, surtout privilégiés de s’indigner. Surtout ne tombez pas dans une lassitude du réel, si quelque chose a toujours été ainsi, il n’y a aucune raison que ça continue, le passé ne détermine en rien l’avenir.
Alors indignez-vous ! De ce que vous
voulez mais surtout ne pas tomber dans une culture du contentement, le combat
de mon voisin en quoi est-il légitime ? Cultivez votre curiosité pour
l’indignation des autres. Si un livre de 1000 pages représentait l’histoire de
la planète, l’Homme n’arriverait qu’à la fin de la toute dernière page, quelques
lignes insignifiantes représentent notre histoire. Si on prend l’échelle d’une
vie, c’est encore plus insignifiant donc profitez du moment en vie, pour vous
dédier à des causes plus grandes que vous.
Bien sûr dans le mot conformisme il y a le
mot « confort » mais sachez que vous risquez de le regrettez, que
c’est dommage de ne pas s’être mis dans une position inconfortable pour vivre
sa vie comme vous l’entendez. Soyez légendaire, soyez insolent, indignez-vous
car aujourd’hui il y a des formidables causes auxquelles vous pouvez dédier
votre existence, considérez-vous doués pour quelque chose et vous verrez c’est
magique : vous le deviendrez vraiment.
Interview réalisée par Mathilde Bour-Edy
vendredi 4 février 2022
Le Gymnase recrute !
Merci à tous ceux qui ont partagé cette information et ont permis à de nombreuses candidatures de parvenir au Gymnase !
Théodore et Gustave Stricker, anciens du Gymnase et initiateurs d'œuvres sociales qui traversent les siècles
Lui-même entre au Gymnase Protestant le 18 décembre 1849, quand ses parents habite au 5, rue de l’Epine à Strasbourg, puis il les suit à Mulhouse. Il opte pour une carrière dans le commerce, et débute sous la direction de MM. Daniel Schoen et Mansbendel-Hartmann à Mulhouse. Aucune école de commerce n'existant à Mulhouse, selon l'habitude de l’époque, il va se perfectionner à Paris et à Liverpool.
C'est en Angleterre qu'il se trouve en contact avec les Quakers, ou Société des Amis. Les Unions Chrétiennes de Jeunes Gens (YMCA), entre autres, l’intéressent, comme il est aussi impressionné par l'œuvre de George Muller, qui a fondé à Bristol, d'immenses orphelinats.
Quand Gustave Stricker revient à Mulhouse en 1864 il reprend place auprès de M. Mansbendel-Hartmann puis fonde son propre comptoir, qui grandit rapidement et prend de l'extension grâce au sens des affaires de son animateur.
En 1875, son père Théodore décède à Hunspach (67), sa dernière paroisse. Il laisse en suspens des projets inspirés par l'œuvre de John Bost à La Force.
Cette
institution, devenue la Fondation Protestante Sonnenhof, accompagne aujourd’hui
le parcours de vie de 1100 personnes déficientes intellectuelles, autistes, ou
polyhandicapées de la petite enfance jusqu’à la fin de vie, ainsi que des
personnes âgées dépendantes aujourd'hui, dans de multiples structures et
différents lieux d'accueil.
L'industrie mulhousienne étant en pleine expansion au XIXème siècle, la population ouvrière avait beaucoup augmenté.
- https://www.memoire-mulhousienne.fr/files/downloads/stricker-gustave.pdf
- https://resonance.alsace/1-notre-association/notre-histoire/
- https://www.mplusinfo.fr/fondation-saint-jean-un-livre-et-des-travaux-pour-souffler-ses-140-bougies-mulhouse/
·
L’ouvrage
publié par Othon Prinz en 2003 sur Gustave Théodore Stricker, père de
Gustave Bernhard
mercredi 2 février 2022
Salomé Mall (Bac 2005) et la voie pour relever les défis de la ville de demain
cursus se passant au Gymnase et la grande étape était de passer de la petite à la grande cour entre le CM2 et la 6e ! J’ai passé mon bac S, option histoire de l’art en 2005. Je garde de cette période un très bon souvenir. Je retiens plein de bons moments, des voyages, beaucoup de choses apprises et des amitiés qui ont duré des années.
Au final, je suis un produit classique de l’éducation française. Depuis que je vis à l’étranger je m’en rends encore plus compte. Bonne élève, bac S option historie de l’art, prépa scientifique, grandes écoles. J’ai un peu l’impression que la trajectoire était toute tracée et avec du recul je n’ai pas vraiment l’impression que j’avais analysé toutes les possibilités.
J’ai donc préparé, en parallèle de mon stage de fin d’études dans un bureau d’études à Paris, le
concours pour Sciences Po Paris. J’ai été admise et ai pu suivre le très excitant et intéressant mastère d’urbanisme de Sciences Po Paris.Et là, j’ai trouvé tout ce qu’il m’avait manqué en école
d’ingénieurs. La promotion est constituée de max. 30 personnes. Sciences Po a
pour volonté d’avoir la plus grande mixité possible : ingénieurs, architectes,
économistes, juristes / avocats, sociologues etc. C’est lors de cette formation
que j’ai vraiment su que je voulais travailler dans un domaine complexe, au
sein d’un réseau d’acteurs large et varié, pour ensemble, chercher une solution
possible répondant aux objectifs et défis de la ville de demain.
Ainsi ici mon conseil pour vous : allez au bout de vous
études, poussez plus loin si vous en ressentez le besoin, reprenez aussi vos
études si nécessaire afin d’avoir toutes les clés en main pour exercer le métier
que vous souhaitez.
Nous sommes en pleine période d’évolution : les dernières années, la mobilité a fortement évolué, que cela soit au niveau des relations nationales ou internationales mais aussi au sein des villes. Le changement climatique, les nouvelles technologies et les nouvelles formes de vie et de travail ont une énorme influence sur mon travail.
Et tout s’est accéléré avec l’arrivée du COVID : comment voulons-nous vivre demain ? Quelle mobilité sera possible et souhaitable post pandémie ? Comment voulons-nous vivre, où ? Au-delà des évolutions au niveau de la thématique, je ressens aussi un changement dans les compétences nécessaires.
Mes équipes doivent certes avoir des compétences techniques mais encore plus
important : faire preuve de résilience, d’intelligence, de force d’innovation
et de courage. Le management doit être de plus en plus agile pour répondre aux
défis posés à notre branche.
Ici je peux mettre en œuvre une de mes grandes forces : mon
empathie et mon énergie. Je suis une leader qui travaille avec les autres, montre
le chemin et le parcours avec mes équipes.
Et pourquoi pas tenter de s’ouvrir à une nouvelle culture,
de découvrir d’autres problématique et d’apprendre une nouvelle langue. Comme
en Suisse, si proche et aussi si particulière...
Pour en savoir plus :
· BAU & HAUS SMART CITY LAB (yumpu.com)
Laura Sibony (bac 2011), ses années gymnasiennes et après ...
J’ai toujours eu le sentiment d’y être en
famille, comme dans un cocon chaleureux où l’humanisme prend tout son sens. Mais
l’humanisme comme Erasme l’entend : un enseignement qui soit un mélange de
connaissances, de compétences, mais aussi de valeurs et de manière d’être. J’ai
découvert au Gymnase le goût de l’exigence, parfois de l’excellence sans que
cela ne devienne de l’élitisme, mais aussi l’apprentissage de l’esprit
critique : une éducation donc, bien plus qu’une simple formation (je
faisais d’ailleurs partie du groupe d’élèves qui avaient peint aux côtés de
Sauveur Pascual la citation de Comenius « L’éducation est la voie royale
pour faire naître une humanité meilleure » dans le hall d’entrée). C’est
cette exigence de pensée (ne jamais rien tenir pour acquis), cette possibilité
de faire des choses en plus – sans que cela ne soit jamais pour une note ou
pour des examens – qui m’a construite. Il ne s’agissait de ne surtout pas être
spécialiste de quoi que ce soit, mais bien de garder un esprit ouvert et une
vision globale (c’est aussi pour cela que mes études ont toujours été formées
de deux parcours en parallèle). Ces valeurs m'ont soutenue et guidée, après le
baccalauréat, dans le supérieur et dans la vie active
En sixième, j’ai eu la chance d’être
encouragée par Mme Léonardis : elle m’a donné le goût de l’écriture. Je me
souviens de ma première rédaction pour laquelle j’avais passé des soirées à
reprendre indéfiniment certains passages ! Par la suite, elle m’a donné
des exercices pour travailler l’élaboration de l’énigme, du dénouement etc.
C’est quelqu’un qui enseignait avec beaucoup de passion – je me souviens
qu’elle nous avait fait étudier Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran
(Ndr. : d’Éric-Emmanuel Schmitt), avec le recul, je réalise le défi
pédagogique que cela avait dû être !
Je profite de cet entretien pour
remercier l'ensemble des enseignants du Gymnase, pour leur engagement, leur
persévérance et leur passion communicative !
En créant l’Ecole de la parole (https://www.ecoledelaparole.com/), j’ai eu envie d’accompagner la prise de parole sous toutes ses formes coacher des dirigeants, aider à prendre confiance en soi, proposer de l’analyse rhétorique, travailler sur la structuration d’un discours, la négociation etc. J’en avais assez de ne penser qu’avocats ou politiques lorsque l’on parle d’éloquence. Il y aussi une éloquence des professeur.e.s, des managers, des commerciaux… c’est un exercice beaucoup plus utile et quotidien qu’on ne le pense !
Il illustre aussi
pour moi cet esprit critique que le Gymnase cherche à transmettre : c’est
dans cette optique que je ne me ferme aucune porte ; j’explore le coaching
en prise de parole pour hauts potentiels, pour les lycéens qui préparent le
Grand Oral, pour les dirigeants qui veulent travailler sur leur posture
professionnelle, que j’organise des concours d’éloquence etc. Je me lance
aujourd’hui dans le purpose consulting ; il s’agit de bousculer le
paradigme qui pousse les entreprises à faire seulement du profit et à poser la
question du sens comme toute aussi importante. Pour moi, il s’agit de donner
une boussole à l’entreprise.
Quelques conseils à donner aux jeunes lycéen.ne.s actuel.le.s ?
« Quiconque n'est pas révolutionnaire à seize ans, n'a plus à trente ans assez d'énergie pour faire un capitaine de pompiers » : la citation est d'André Maurois, que premièrement je vous encourage bien sûr à lire, et deuxièmement à écouter. Ne vous excusez jamais pour vos opinions ! Au contraire : approfondissez-les, cherchez ce qui vous motive, ce qui vous pousse à vous lever le matin - le goût de l'aventure ? La soif d'apprendre ? L'envie de retrouver vos amis ? D'en faire de nouveaux ? Cette raison-là, ce moteur, n'appartient qu'à vous. Faites-en votre boussole pour les études, et pour votre vie future, qui ne se résume heureusement pas à la case que vous cocherez sur Parcoursup !
Et si vous hésitez encore, retournez aux classiques : Rabelais, Molière, Voltaire, Rostand, Gary, Maurois en savent peut-être plus sur votre avenir que vous-même, pour l'instant !
Interview réalisée par Mathilde Bour-Edy (élève de 1ère au Gymnase)
mardi 28 décembre 2021
Christian Lutz-Sorg s’en est allé
Bien plus tard,
entre 2013 et 2019, il eut tout loisir de réunir ses deux passions,
l’écriture et la photographie, au fil d’une chronique qui chaque lundi offrait
la relecture d’une image du service Photo des DNA. Le lecteur y découvrait le
contexte d’une prise de vue, les coulisses du métier, et surtout comment une
image fait sens dans son rapport à un article.
« Nous consommons
à longueur de journée des images, mais personne ne nous apprend à les
lire ! », se désolait-il. Jusqu’à son départ du journal, en
mars 2019, date à laquelle il avait fait valoir ses droits à une retraite
dont il a finalement si peu profité, Christian Lutz-Sorg a expliqué cette
rigueur de l’acte photographique. Rien d’autre que la singularité d’un regard
qui tient à la fois du travail, de l’expérience et de l’intelligence d’un
métier. Autant de points qu’il réunissait en sa personne avec une autorité naturelle
que personne ne pouvait lui contester.
À ce titre, partir en
reportage avec lui, toujours vêtu de son éternelle veste en tweed, tout juste
agrémentée d’une écharpe par grand froid, était un vrai plaisir. Une chance
aussi. Car sa perception du sujet était source d’enrichissement pour le
reporter. Les questions du point de vue, de l’angle du papier comme celui de
l’image infusaient dans son esprit. Tout cela passé au tamis d’un pur bon sens,
d’une véritable passion pour l’actualité qui n’était qu’une façon différente
d’exprimer sa curiosité et son intérêt pour les gens.
De Sarajevo assiégée
aux combattants du Polisario en Mauritanie, du Grand Nord canadien aux murs
chargés d’histoire de Jérusalem, de la brigade anticriminalité de Papeete à la
route des Droits civiques dans le sud profond des États-Unis, Christian a posé
son objectif avec toujours la même envie de dire le monde. Et cette Alsace
natale qu’il avait sillonnée en long et en large n’était pas en reste.
« On est un quotidien régional », rappelait, sur le ton de
l’évidence, celui qui apportait la même considération à la visite d’un
président de la République à Strasbourg qu’à l’élection d’une Miss Alsace.
Il avait derrière lui
quarante années d’une pratique photographique au service du journalisme qui
imposait le respect par sa rigueur. Ancien chef du service photo des DNA,
Christian Lutz-Sorg s’en est allé le mercredi 8 décembre 2021, dans sa 63e
année.