samedi 5 mars 2022

Jana Curcenco (Bac 2018), comment une personnalité se construit dans l'école

 Jana Curcenco est étudiante à Sciences Po Paris en Master d’Affaires publiques. Elle a réalisé en troisième année un échange avec l’Université de Berkeley, en Californie, où elle a été l’assistante de recherche de la professeure émérite Kristin Luker. Elle a travaillé pour le ministère de la Santé, au Bureau Européen de la Cohésion Sociale et réalise en ce moment un stage au cabinet du Ministère de la Culture.
Bachelière en 2018, elle a aussi été présidente du CVE et choriste d’Ostinati : elle nous raconte son parcours haut en couleurs !

Qu’est-ce qui t’a marquée au Gymnase ?
                                       Je suis arrivée un peu par hasard en quatrième - mon meilleur ami quittait St-Etienne en catimini pour Sturm et cela m’avait mis la puce à l’oreille. Je m’y suis immédiatement plu, notamment en raison de la forte émulation qui s’entretenait entre élèves, à l’origine de laquelle les équipes pédagogiques y sont également pour beaucoup. Etant assez scolaire, j’ai tout de suite été comme un poisson dans l’eau, et j’ai énormément apprécié les enseignements de grande qualité dispensés au Gymnase, qui, pour sûr, m’ont permis de développer mes capacités intellectuelles.
                                       Au-delà de l’apport purement scolaire, j’ai eu la chance de trouver un
épanouissement très grand dans les activités parascolaires que propose le Gymnase. Dès ma première année, je me suis présentée aux auditions d’Ostinati (chœur féminin du Gymnase, dirigé par Vincent Affholder) et j’y ai vécu pendant cinq ans des moments humains et musicaux inoubliables, qui restent certainement les plus beaux souvenirs de mes années lycéennes, et qui ont été structurants dans la formation de ma personnalité.
Je me suis beaucoup investie dans le CVE, qui représentait alors un véritable parlement lycéen, et où les idées aboutissaient systématiquement en projets concrets. La possibilité de voir nos projets prendre forme sous nos yeux a été extrêmement gratifiant pour moi, et j’en suis convaincue, a nourri mon envie d’entrer à Sciences Po. J’ai lancé, par exemple, l’action de la vente des roses pour la Saint-Valentin au
profit de l’Unicef avec une amie, l’année de ma première. Il a suffi de soumettre l’idée en assemblée étudiante, puis nous sommes allées négocier le prix des roses au marché place Broglie, avant de mettre en forme des affiches que nous avons placardées partout dans les bâtiments du Gymnase. Quelle n’a pas été ma surprise lorsque j’ai appris que l’action existe toujours ! Je crois que ce genre d’expériences lycéennes est propre à l’environnement que Sturm construit autour de ses élèves, et je suis très reconnaissante d’avoir pu en bénéficier.


En rétrospective, le rôle des animateurs est selon moi un autre aspect de la vie lycéenne propre au Gymnase. Bien plus qu’une simple surveillance, les animateurs sont à l’écoute des élèves, ils sont adultes, sans être nos parents ni nos professeurs, et de fait, sont des interlocuteurs privilégiés, essentiels à la construction de soi au moment de l’adolescence.
Je repense avec beaucoup de nostalgie au Ludwig van Club du Gymnase, qui proposait (peut-être encore, je l’espère !) une sélection de concerts lyriques et autres moments musicaux à Strasbourg et environs. Ces rendez-vous bimensuels ont fait naître chez moi une affinité avec le monde du spectacle vivant, dans une approche à la fois décomplexée et tout en simplicité, avec la plus grande bienveillance. Quelle chance aujourd’hui de pouvoir me plonger dans ce monde au ministère de la Culture ! Je me souviens particulièrement du voyage lyrique à Wuppertal : nous étions allé.e.s voir la compagnie de Pina Bausch en prenant le métro suspendu de cette petite ville allemande hors du temps. Ces opportunités tout à fait exceptionnelles, parallèles aux cours, ont été déterminantes dans ma formation intellectuelle, et je dois l’avouer, me poursuivent encore aujourd’hui.

Je me sens dans l’obligation de mentionner l’immense chance que j’ai eu de partir étudier à la St. Paul’s School (Concord, NH) l’année de ma seconde grâce à la bourse Weicker, à laquelle le Gymnase présente chaque année deux candidats. Mon voyage outre-Atlantique m’a plongée dans l’univers démesuré des campus à l’américaine, où j’ai profité de ressources pédagogiques exceptionnelles et d’une ouverture rare. J’y ai appris l’anglais très rapidement, j’ai découvert d’autres systèmes de valeurs et je me suis forgé une certaine qualité d’adaptation. L’été d’après, je partais faire une Summer School à la Bocconi : deux semaines à Milan, à 17 ans, avec des cours dispensés en anglais et des étudiants internationaux ; là encore ce fut une expérience inoubliable !
                                       Même si j’ai développé une grande capacité de travail durant mon lycée et que j’ai été amenée à développer une méthode de travail qui m’est propre et qui a fait ses preuves dans le monde universitaire, je dois dire que le Gymnase fait souvent naître beaucoup d’anxiété chez les lycéen.ne.s, qui gèrent de manière différente la pression face aux exigences élevées. 
Le Gymnase est un espace d’apprentissage où l’on nous inculque une forme d’ambition, provoquant une émulation assez extraordinaire, comme je l’ai déjà souligné. Toutefois, il me semble qu’un accompagnement à la gestion du stress engendré par cette forte pression ne serait pas inutile, surtout au moment de la préparation du bac et des candidatures dans l’enseignement supérieur, qui ont été, pour moi, synonymes d’une immense anxiété, qui aurait pu être atténuée, je crois, sans en modifier les résultats. Parmi tous les éléments laudatifs que j’ai mentionnés jusque-là, il y aurait ici peut-être une piste de progrès à discuter au sein du Gymnase.

Est-ce qu’il y a un événement, ou des personnes qui ont eu une influence sur ta trajectoire personnelle ?

Mon année à St. Paul a bien-sûr été un facteur important dans la suite de mon parcours professionnel et personnel. De plus, c’est là où j’ai rencontré mon copain, qui m’a introduite au monde des arts visuels. Il poursuit une activité créatrice, de peinture notamment, et nous envisageons quelques projets d’expositions, l’un à Paris et l’autre en Italie, de quoi nourrir nos envies communes autour de l’art.
L’environnement bouillonnant dans lequel j’ai baigné grâce au conservatoire (piano et danse), à Ostinati et au Ludwig van Club a aussi influencé ma fréquentation du milieu artistique (il ne se passe pas une semaine aujourd’hui sans que je n’aille voir un spectacle, une exposition ou assister à un concert !) ainsi que mes envies de carrière : je m’engage doucement mais sûrement dans une voie professionnelle qui allie institutions publiques et création contemporaine.
Je souhaite remercier ici Vincent Affholder qui m’a énormément écoutée et guidée pendant mes années lycéennes, et sans qui je ne serais pas la personne que je suis aujourd’hui !

Quels sont les conseils et réflexions que tu aimerais partager avec les lycéen.ne.s actuel.le.s ?
Le conseil le plus précieux que donnerais en premier lieu est de ne jamais vous fixer de barrières dans vos envies ou curiosités professionnelles (ou autres). Pour cela, je n’hésite jamais à poser des questions,
à demander de l’aide lorsque je suis en difficulté, et à utiliser toutes les ressources que je peux mobiliser pour obtenir plus d’information (le réseau des Alumni du Gymnase en est une à laquelle vous pouvez évidemment vous adresser !).
Aussi, ne sous-estimez pas le pouvoir de l’imagination : celle-ci permet de nourrir ses projets, ses ambitions, et surtout, sa volonté de les accomplir. Quand je préparais le concours de Sciences Po, par exemple, j’imaginais tous les soirs ce qu’allait être ma première journée là-bas, et cela me poussait à me surpasser davantage.
Enfin, la pression générale nous fait souvent oublier de prendre soin de nous, alors qu’il est crucial dans ces moments d’être capable de prendre de la distance, du recul, de respirer un peu et d’aller voir ailleurs. Il y a des apprentissages qu’on ne fait pas à l’école, par le biais de la culture notamment, et qui sont cruciaux – à nous de ne pas les considérer comme une perte de temps !