mercredi 14 juin 2023

20 ans ont passé mais rien n’a changé… ou presque !

 La génération des bacheliers 2003 a fêté de joyeuses retrouvailles dans des murs qu’elle a fréquentés il y a 20 ans. 

Parfois accompagnés de leur famille, intéressée de connaître les lieux de leurs exploits, ces anciens élèves ont parcouru les lieux avec des guides expliquant l’évolution des locaux. 

Avec aussi d’anciens professeurs ravis de les revoir.

Le foyer des lycéens a permis un grand partage de convivialité, de souvenirs voire de projets. La nuit s’est ensuite poursuivie dans une brasserie bien connue de Strasbourg, avant une prolongation pour certains dans un lieu de nuit de la Petite France.

Avant - après: saurez vous les retrouver ?

Photo de classe de 2003


   27 mai 2023

Ils étaient là:

Voici le retour de Myly Nguyen, à l’initiative de ce projet et grande organisatrice :

20 ans ont passé mais rien n’a changé… ou presque. Les murs du Gymnase sont certes les mêmes mais leurs habits et leurs couleurs ont été modifiés…un peu comme nous. 

Ce ne sont pas de simples retrouvailles mais une véritable parenthèse dans le temps que nous avons pu vivre dans l’enceinte de notre ancien lycée, comme si nous nous étions quittés la veille mais que nous avions toujours mille et une choses à se raconter. 

Merci aux Alumni d’avoir permis cette rencontre et pour leur précieuse aide dans l’organisation. Merci à tous ceux qui ont pu être présents. 

Le rdv est déjà pris. 20 ans encore à attendre, c’est bien trop long! Et si on se retrouvait dans 10 ou même 5 ans ? Les photos en témoignent, la soirée était belle et réussie, de quoi donner envie aux absents de se joindre à nous la prochaine fois!  

 « Que cette soirée a fait du bien… vivement la prochaine »

« C’était top! Au plaisir de revoir une prochaine fois les absents »

« J’ai mis 2 jours à me remettre de la soirée ! Un vrai saut hors du temps »

lundi 12 juin 2023

Ostinati, 10 ans d'une expérience inédite, suspendue hors du temps, espace ouvert à l'émotion

 Ostinati est l’ensemble vocal féminin du Gymnase Jean Sturm, composé d’élèves de la Quatrième à la
Terminale. Il est créé en 2013 dans le cadre d’un projet éducatif qui vise à transmettre des savoirs et des savoir-faire mais aussi des savoir-être prenant racine dans les références protestantes et humanistes des fondateurs.

 À l’occasion des 10 ans du chœur, sous la houlette de Mathilde Bour-Edy et de Jana Curcenco, contact fut pris avec les anciennes choristes dans l’optique d’un concert unique, qui rassemblerait le chœur à travers les années.


Une fois la date fixée, le programme validé, il ne restait qu’à répéter… !

En petit groupe, toutes promotions confondues (parfois même en visioconférence), le programme a pris forme dès février et à partir d’avril les répétitions se sont enchainées : en semaine en soirée, durant les weekends, les jours fériés…

Ces heures de travail, en plus des moments musicaux partagés, furent des lieux privilégiés pour partager les anecdotes, les souvenirs de concerts ou de projets, échanger sur ce qui fait « Ostinati », en bref :  retracer une histoire commune.

 


Le 13 mai 2023, à 19h30, le chœur presque au complet (26 choristes au total) se tient sous le jubé de Saint Pierre le Jeune collégial, en tenue de concert, pour la mise en voix qui signe le début de cette aventure. L’émotion, déjà, se lit sur tous les visages.

 

Le noir se fait, et la magie opère : 10 années de voix, de travail, de souvenirs reprennent vie pour ce concert, tel un jardin suspendu qui nous élève sans qu’on le veuille. Le public (venu en nombre) fait preuve d’une attention remarquable, le merle chante dans le cloître de Saint-Pierre-le-Jeune et son chant vient discrètement embellir le Nunc dimitis et les notes de JS. Bach.

 

L’émotion fut aussi palpable lorsque les différentes promotions ont témoigné de ce que fut et est aujourd’hui encore Ostinati : un espace hors du temps scolaire, un refuge dans les semaines chargées, un groupe d’amies, un lieu de confiance et de partage… une expérience à part entière, qui a forgé les personnes que sont les choristes.

 

Apogée de l’histoire du chœur, qui chante depuis 10 ans sous la direction de Vincent Affholder, ce concert fut un moment particulièrement marquant pour l’ensemble des promotions, ainsi que pour le chef de chœur et le public. Une belle preuve que les expériences humaines sont encore au c[h]oeur de la vie de l’établissement.


Emile Jung fut au rang des soutiens indéfectibles:

 


Depuis la sortie du disque Transmission en 2017, les choristes se sont produite dans des lieux d’exceptions (église historique Saint Pierre-le-Jeune protestant (Strasbourg)), Festival des Sacrées Journées (Pagode et Grande Mosquée de Strasbourg – objet d’un sujet du France 3 Alsace), Saint-Chapelle, Saint-Joseph des-Carmes et Saint-Etienne-du-Mont (Paris / Concerts caritatifs Locus Iste Institut Catholique de Paris, Institut Supérieur d’Éducation), Festival Interreligieux de Stuttgart/Tübingen (deux concerts, dont à la StiftKirche)


 On a pu également les entendre dans le documentaire Rue Du Ciel (une coproduction kto/ vie des hauts production 2017 - Réalisé par Rivo-Andriamaholimanana). Les jeunes chanteuses se sont également produites aux côtés d’Amalya Domoniguez. Enfin elles ont fait l’objet d’un sujet sur la télévision nationale bulgare.

 

Le concert du 13 mai 2023 a été capté et enregistré, il fera l’objet d’une publication.

Un grand merci à Brigitte Jehlen (mère d’Eva Jehlen, choriste de la première promotion) pour les remarquables photographies.

 Sur Facebook : https://www.facebook.com/ensembleostinati/?locale=fr_FR

Sur YouTube : https://youtube.com/@ostinati_

Ailleurs… https://ostinati.bandcamp.com

Pour tout contact:  Vincent.affholder@legymnase.eu

dimanche 11 juin 2023

Ils font revivre la mémoire des élèves qui les ont précédés sur les bancs du Gymnase au Concours de la Résistance et de la Déportation

 Un récent début d’inventaire de caisses d’archives conservées dans les locaux du Gymnase Jean Sturm a permis de retrouver l’histoire vécue des élèves scolarisés au Jakob Sturm Gymnasium de 1941à 1945 (*). Les élèves qui se sont présentés au Concours National de la Résistance et de la Déportation ont ainsi pu utiliser des documents d’époque, traces de la vie de leurs prédécesseurs sur les bancs du Gymnase. 

Ils ont été accompagnés dans leurs recherches et leurs travaux par un groupe de professeurs. Mesdames Malhamé et Birckel, ainsi que Messieurs Gévaudan et Guélen ont créé un club, dédié à cette période historique, où 18 élèves de la 2de à la Terminale se sont engagés.

La remise des prix le 8 juin 2023 au Cercle militaire s'est faite en présence des autorités militaires, civiles et associatives engagées dans la transmission de la mémoire combattante, résistante et déportée de la Seconde guerre mondiale.


Deux groupes ont obtenu le premier prix départemental ex-aequo : Adèle Zoghlami et Chiara Maisetti-Imbs, élèves de seconde, pour une pièce de théâtre ainsi qu’Anna Biasini et Benjamin Cuissot, élèves de terminale, pour un journal intime. Ils concourent désormais au niveau national.

Par ailleurs, Sarah Weindling, Clara Burkhard, Aude Wantz et Lydéric Heitz ont obtenu le quatrième prix pour la réalisation d’un cartable de lycéen.

Les travaux ont été salués pour leur grande qualité historique et littéraire. Les DNA rapportent que ce fut « sous les applaudissements d’enseignants, de membres de la gendarmerie et de membres de l’Office national des combattants et des victimes de guerre »

Adèle et Chiara ont imaginé une pièce de théâtre faisant dialoguer un adolescent avec ses grands-parents scolarisés pendant la guerre, Anna et Benjamin ont fait le journal intime d'un élève fictif scolarisé au Gymnase, rempli d'anecdotes réelles et donnant à réfléchir sur les difficultés de la vie adolescente dans l'Alsace annexée. Le quatuor a fait un cartable avec des copies d'époque réécrites par leurs soins, annotées de petits mots d'élèves ,avec des tracts cachés, des manuels et matériels scolaires d'époque.

Madame Malhamé nous raconte la suite : le lendemain, les activités du club se sont clôturées par un pique-nique joyeux place de la République. Le thème de l'année prochaine sera "Résister à la déportation". C'est un grand bonheur de voir nos élèves engagés dans ce travail de mémoire avec beaucoup d'implication de sérieux et de bonne humeur.

 (*) Jean Sturm n’étant pas réputé assez germanophile, c’est le nom d’un dirigeant de la ville au XVIème siècle qui a été affecté au « Gymnase Jean Sturm » par l’occupant

jeudi 25 mai 2023

10 ans plus tard !

 Sur une proposition de Line Weber, remarquable et intrépide (!!) organisatrice, plus de 80 bacheliers de 2013 sont venus célébrer des retrouvailles dans les locaux du Gymnase Jean Sturm, avec l'accompagnement de membres du Comité des Alumni.

Saurez-vous les reconnaître ? 

La densité des échanges a fait paraître la soirée très courte. Comme l’a noté Line : « passer du temps dans cette cafétéria ou rien n'a changé quasiment… Retrouver ses marques assez vite finalement, c'était une expérience très marrante 10 ans après ! ».


Quelques moments ont pu être mis à profit pour découvrir ou redécouvrir des locaux : « La visite de l’auditorium nous a marqué et ainsi que le fait de se retrouver sur les bancs de Sturm 10 ans après dans cette superbe bâtisse » . D’autres ont tenté quelques reconstitutions historiques de moments vécus devant un tableau blanc …

Une quarantaine de ces Alumni ont prolongé largement au-delà de minuit leurs retrouvailles dans un lieu de nuit bien connu à Strasbourg...

De denses moments vécus ensemble, des trajectoires très diverses, que reflète le témoignage observateur d’un professeur invité à ces retrouvailles :

«  J'ai été agréablement surpris par la manière dont les jeunes sont rapidement et facilement allés les uns vers les autres, alors que parfois, ils ne s'étaient plus vus depuis 10 années. Plusieurs jeunes m'ont eux-mêmes affirmé qu'ils avaient eu une certaine appréhension, mais que finalement ils étaient surpris de la simplicité des liens, comme s'ils s'étaient quittés la veille.

J'ai été aussi agréablement surpris par la diversité des parcours, des uns et des autres, et j'ai constaté que l'écrasante majorité sont heureux de leur métier actuel. »

What else ?

dimanche 7 mai 2023

Roland Carbiener, l'ancien du Gymnase devenu fondateur de la première fédération de protection de la nature en Alsace


 Professeur de botanique, naturaliste et amoureux du Rhin, Roland Carbiener a contribué à l’émergence du mouvement écologiste en Alsace, il y a un demi-siècle. Personnalité sensible, nostalgique des paradis perdus de son enfance, il a porté ses combats entre rigueur scientifique et militantisme.

 Roland Carbiener est venu à la nature par l’eau. Précisément par les méandres et les épis du Rhin où son papa l’emmenait pêcher à l’aube, à l’heure où le fleuve se pare parfois de « rouge comme de l’acier en fusion ». Le gamin est « émerveillé » par les ablettes et « les perchettes à la nageoire carminée ». Le soir, c’est « le drame » quand il faut tuer la pêche pour « la délicieuse friture » de sa maman. Debout dans la barque paternelle de sept mètres, il ne peut que se prendre pour « un Indien ».

Le naturaliste de 92 ans, corps fatigué esprit inépuisable, tire de ces paradis perdus une grande sensibilité et une nostalgie assumée qui ont sous-tendu tout son engagement écologiste pour l’Alsace. « Il a conservé la candeur d’un enfant devant la beauté de la nature tout en gardant sa rigueur scientifique », remarque Hubert Ott, député MoDem du Haut-Rhin et professeur de SVT, qui le considère comme « une énorme bibliothèque de savoirs qui donne accès à la compréhension sensible de la nature et de ce que nous sommes nous-mêmes ».

 « Souvent en surmenage, proche du burn-out »

À plusieurs reprises, l’entretien restera suspendu à des larmes et à des silences. L’homme, calé dans son fauteuil face à un bureau encombré de papiers et d’un bouquet de monnaie-du-pape séchée, n’est pas du genre à cacher ses émotions. Il ne le peut pas. Il est un hypersensible, une force comme une faiblesse qui peut conduire à « des tensions émotionnelles explosives », selon un naturaliste qui a bien connu la famille.

« Souvent en surmenage, proche du burn-out », Roland Carbiener confesse avoir été sauvé par « la pêche » et par sa « merveilleuse épouse », Sylvie, disparue en 2020, avec laquelle il a partagé la vie pendant 65 ans et a eu trois enfants. La cadette Carine est devenue podologue. Géographe et militant chez les Verts, l’aîné Philippe a été conseiller régional et adjoint au maire d’Illkirch-Graffenstaden jusqu’à son décès en 2009. Didier, ingénieur agronome, a publié en 1995 Les arbres qui cachent la forêt : La gestion forestière à l‘épreuve de l’écologie.

 La défense de milieux, dont la destruction est perçue comme une blessure, est humainement respectable. - Roland Carbiener

 « Révolté » par ce que les Trente Glorieuses font subir à la biodiversité

« Mes deux garçons ont été des combattants très déterminés. Ils ont vécu la même chose que moi », soupire le père qui se dépeint comme la « bête noire de l’ONF et de l’industrie chimique ». Un différend entre Philippe Carbiener et Alsace Nature, dont il était salarié pendant que son père en était président, marquera durablement les esprits. L’épisode poussera l’association à « dépersonnaliser les choses » et à procéder à des présidences tournantes.

 Né le 4 août 1930 à Strasbourg, Roland Carbiener a lui aussi suivi les pas de son père, pharmacien à Fegersheim et fin botaniste, et de sa mère, professeure à l’école des arts ménagers qui aurait préféré faire les Beaux-Arts si son propre père ne l’en avait pas empêché. « Elle faisait des aquarelles magnifiques », raconte le fils qui a hérité de ses parents l’art de la contemplation, le goût pour le beau et l’esprit cartésien.

 

 Élève brillant, il passe son bac au gymnase protestant Jean Sturm puis entre à la faculté de pharmacie de Strasbourg où il peut assouvir sa passion pour la chimie minérale et organique. Il excelle en physique et en botanique. Lors des excursions sur le terrain, il est toujours aux avant-postes, en train de tout noter. « Gros bosseur et « meilleur du classement », il est repéré par son professeur de botanique Paul Jaeger, « un Alsacien pur jus devenu africaniste » qui lui propose de devenir son assistant.

 Pour gravir les échelons au sein de l’Université, Roland Carbiener va cumuler les disciplines et les diplômes jusqu’à obtenir son doctorat à Paris Orsay, en 1966, sous la double direction des professeurs Paul Jaeger et Georges Lemée. Consacrée à « la végétation des Hautes Vosges dans ses rapports avec les climats locaux, les sols et la géomorphologie », sa thèse fait référence. « Pour comprendre la vie des plantes, il faut connaître le sol et l’environnement », remarque l’intéressé dont « les digressions » sont appréciées par ses élèves.

 D’assistant à chef de travaux, de maître de conférences à professeur, l’enseignant en botanique va s’ouvrir à l’écologie végétale et à l’écologie des pollutions. Il crée un cours novateur d’écotoxicologie qui lui permet de faire le lien avec son militantisme, d’asseoir sa réputation et d’être recruté comme expert auprès du gouvernement pour les grandes pollutions.

 « Il a beaucoup apporté à la protection de la nature à travers une démarche scientifique rigoureuse mais aussi engagée », relève Maurice Wintz, président d’Alsace Nature de 2009 à 2015. Hubert Ott voit Roland Carbiener comme « un pionnier de la défense de l’environnement qui ne peut s’ancrer que si elle est portée et reprise par des personnes qui savent de quoi elles parlent ». Pour le député de Rouffach, il est « la synthèse même de l’écologie » qu’il définit comme « le rapport du vivant à son environnement ».

 Le professeur Carbiener est « révolté » par ce que les Trente Glorieuses font subir à la biodiversité. « Les milieux que j’ai appris à aimer étaient détruits les uns après les autres. Il fallait faire quelque chose. » En 1956, un « Comité de protection de la nature » voit le jour au sein de l’association philomathique d’Alsace et de Lorraine autour du Dr Henri Ulrich, des professeurs Paul Jaeger et Henri Jean Maresquelle, et du pasteur Gonthier Ochsenbein.

 « Les rives étaient jonchées de cadavres de brochets »

 À l’époque, Roland Carbiener est « un scientifique en rupture avec le modèle social dominant », observe Maurice Wintz. Il est un peu plus contestataire qu’un certain nombre de ses collègues universitaires. Face aux « problèmes croissants », le comité se transforme en 1965 en Association fédérative régionale pour la protection de la nature (AFRPN) qui deviendra Alsace Nature en 1991. Le botaniste assurera la présidence de l’AFRPN puis d’Alsace Nature de 1976 à 1996. « C’est un grand bonhomme de l’histoire de la structuration de l’écologie politique associative en Alsace », note le sénateur Jacques Fernique (EELV).

 Ses fonctions l’amènent à mener de « très rudes batailles » au cours desquelles il dit s’être « fait craindre et apprécié ». Il cite trois victoires : l’abandon des projets d’extension du port autonome de Strasbourg dans la forêt d’Offendorf (1976), d’implantation d’une usine de stéarate de plomb à Marckolsheim (1975) et de canalisation de l’Ill. L’Alsace découvre les manifestations écologistes. Le 9 octobre 1976, 2 000 personnes défilent à Strasbourg pour la protection des forêts rhénanes. Rue de la Mésange, un slogan jaillit : « La tronçonneuse ne passera pas ».

 L’écologie doit aussi être au service des humbles, avec un fonds social. - Roland Carbiener

 « La forêt du Rhin est une cathédrale à ménager »

 Les années 1970 seront marquées par la contestation. Au micro, devant des milliers de personnes, Roland Carbiener développe des arguments scientifiques et prêche pour élever la bande rhénane, « un milieu à haute valeur végétale et florale », au rang de patrimoine. « La forêt du Rhin est une cathédrale qu’il faut ménager », dit-il toujours. À côté de la préservation de l’existant émerge la question de la contamination des milieux et de l’eau qui devient un problème de santé publique.

 Le naturaliste évoque spontanément la contamination du Rhin au mercure du début des années 1970 qui s’est traduite par une surmortalité des brochets au printemps, entre Marckolsheim et Plobsheim. « Les rives étaient jonchées de cadavres et les œufs des oiseaux piscicoles mouraient », se souvient le scientifique. « Une première expertise a attribué la mortalité des brochets au méthylmercure. Si les Alsaciens avaient mangé autant de poisson qu’au Japon, nous aurions eu la maladie de Minamata », estime-t-il.

 Dans ces années de lutte, l’AFRPN est traversée par deux courants. Roland Carbiener partage avec Antoine Waechter et Michel Fernex une ligne intransigeante et déterminée face à une tendance plus modérée représentée par Ernest Heil et Henri Ulrich. L’assemblée générale extraordinaire de l’AFRPN du 1972 voit ses deux méthodes s’affronter, ce qui donnera lieu à une rénovation de l’association.

Le naturaliste en convient : si les « arguments techniques sont importants, il faut aussi tenir compte de la sensibilité du public ». « La défense de milieux considérés pour leur beauté, et dont la destruction est perçue comme une blessure, est humainement respectable. On n’a pas le droit de mépriser la préservation », argumente le vieil homme, qui ne compte pas « les bouleversements » qu’il a vécus depuis qu’il est « sur terre ».

« Protestant pratiquant », qui a un jour rendu hommage à Spinoza au cours d’une de ses innombrables conférences, Roland Carbiener n’en reste pas moins « un biologiste très influencé par le darwinisme ». Ses recherches scientifiques sur l’évolution du vivant lui ont confirmé que « les systèmes naturels fonctionnent sur la base de la coopération et d’interactions positives, et sur le principe de l’harmonie ».

 
Fort de constat, rien ne l’agace plus que de voir « le darwinisme caricaturé ». Quand il entend le mot compétitivité, il « voit rouge ». « La thèse du’ ’Struggle for life’’ ou du darwinisme social est utilisée à des fins économiques », dénonce l’ancien professeur pour qui « l’écologie doit aussi être au service des humbles, avec un fonds social ». « Il faut vivre une vie humaine et digne », reprend-il en pointant « le grave problème de la surpopulation mondiale ».

 Quand Roland Carbiener pense à l’avenir, il aime se replonger dans la vie de « paysan » du Kochersberg qu’il a menée à 14 ans, dans une ferme de Reitwiller où la famille a passé l’année 1944 après avoir perdu son appartement dans un bombardement. Il y découvre un modèle autosuffisant centré sur la polyculture, qu’il juge idéal et durable, et dont il s’inspirera pour « un de ses premiers cours »

 « On a sélectionné un type de paysannat non tenable à terme. Il faudrait revenir à un système fermé ; on y arrivera une fois qu’on aura trop faim », avance-t-il, heureux que « la prise de conscience avance grâce une minorité active ».  

 Roland Carbiener s’évade peu de sa maison alsacienne de Daubensand dont il essaie de « soigner les abords » faits d’arbustes et de parterres de fleurs. À quelques centaines de mètres de là s’écoule le grand fleuve de sa vie qui charrie des alluvions de souvenirs. « Nager dans le Rhin était d’une magnifique sensualité ; son état gazeux produit par les vortex en faisait un jacuzzi naturel. » Il a arrêté de s’y baigner en 1960, à son retour de service militaire. La fin des illusions.

 Article de Franck Buchy paru dans les DNA du 10 avril 2023

 A lire : Rhin vivant (La Nuée Bleue), par Roland Carbiener et Laurent Schmitt.

dimanche 26 mars 2023

Henri Loux, ancien du Gymnase qui a fait revivre le monde rural du XIXème siècle à travers le service « Obernai »

Henri Edouard Loux (1873-1907) passe ses premières années à Sessenheim où son père est instituteur. Son enfance champêtre et heureuse, notamment pendant les vacances dans la ferme de son grand père  à Routzenheim, va marquer profondément l'œuvre de l'artiste.

Henri Loux poursuit ensuite ses études au Gymnase protestant de Strasbourg où il se rend en train avec son frère. Jugeant Henri peu apte à enseigner – pour suivre la voie paternelle - mais particulièrement talentueux en dessin comme en peinture, son professeur de dessin, Edouard Weissandt, réussit à convaincre le père d’autoriser Henri à suivre ses cours du soir de peinture.

    Le dessin d’un paysage champêtre, qu’Henri réalise en 1889 et le portrait de son grand-père effectué sous la direction de Weissandt, persuadent son père à renoncer à en faire un instituteur. En 1890, à l’âge de dix-sept ans, il est inscrit à l’Ecole des Arts Décoratifs de Strasbourg, la «Kunstgewerbeschule», crée en 1889, il fait la connaissance de Léo Schnug et du céramiste Léon Elchinger. Il s'inscrit ensuite à l'Académie des Beaux-Arts de Munich, où il assiste à


l'essor du Jugendstil. Il rentre à Strasbourg en 1897 et s'y installe définitivement avec sa mère en 1902, au 4 rue d'Erstein, son père étant décédé en 1901. C'est à cette époque qu'il entre en contact avec la faïencerie de Sarreguemines, pour laquelle il va créer 36 décors différents illustrant la vaisselle dite « Obernai ». Celle-ci est fabriquée à l'origine par les faïenceries Utzschneider & Cie à Sarreguemines.

Ces illustrations représentent surtout des scènes campagnardes et villageoises avec des maisons à colombages typiques de l'Alsace vers 1900. Le succès de cette vaisselle est tel qu'il va éclipser le reste de son œuvre en tant qu'illustrateur et aquarelliste. On lui connaît quelques rares peintures à l'huile qui semblent dater de la période 1895-1900.

Henri Loux meurt en 1907 à Strasbourg, dans le quartier de Neudorf. Il est inhumé au cimetière du Polygone, au sud de Strasbourg.

À la suite du rachat de la faïencerie Utzschneider & Cie à Sarreguemines par la famille Fenal en 1978, par ailleurs actionnaire de la Faïencerie de Lunéville-Saint-Clément, c'est cette dernière qui poursuit jusqu'à ce jour la fabrication des décors « Obernai ».

L’association des Amis de Henri Loux, fondée dans les années 1990, s’escrime à ranimer sa mémoire. Paul-André Béfort en est un des membres fondateurs, Fernand Gastebois l’a présidée jusqu’à son décès. Son fils Frédéric a pris sa succession, avant de disparaître à son tour. En janvier, Hubert Siegfriedt, un des plus grands collectionneurs de Henri Loux, a repris le flambeau.


« Il dessine ce qu’il voit, une Alsace rurale qui disparaît avec l’ère industrielle. Ces hommes et ces femmes, au travail ou à la fête, sont le témoignage d’une époque, mais aussi l’image de ce que l’homme a d’universel», se souvient le docteur Paul-André Béfort.

En 1985, avec Fernand Gastebois , il publie un premier livre consacré au service de table « Obernai », emblématique de la faïencerie de Sarreguemines. « C’était la première fois qu’on fabriquait un service complet, avec des assiettes, des plats, des chopes… Il existe environ 200 pièces, décorées de 52 dessins de Henri Loux. Il avait été commandé par un restaurateur d’Obernai. »

L’ensemble du service est encore produit

Reconnaissables avec leurs scènes alsaciennes, leurs décors floraux en quatre vignettes et leurs bords crénelés, les assiettes ont connu un succès immense. Rares sont les buffets alsaciens qui n’en contiennent pas, quand elles ne décorent pas les murs des salons des grands-parents. Les modèles d’avant 1945 peints à la main sont recherchés.

L’œuvre de Henri Loux ne se cantonne pas aux arts de la table. Tableaux, menus, programmes, affiche de l’exposition universelle de 1900… Paul-André Béfort et Fernand Gastebois publient un second livre, complété et corrigé. Il y en aura quatre, le dernier daté de 2011, et une version condensée du dernier, traduite en trois langues, est en cours.

Les dessins de Henri Loux montrent fidèlement l’Alsace, du nord au sud : Sessenheim où il a grandi, Wissembourg avec les courses de chevaux du lundi de Pentecôte, une rue de Bouxwiller où l’église et l’enseigne existent toujours, Murbach, Riquewihr… Une attention particulière est portée à la nature et aux costumes.

Charles Spindler, Gustave Stoskopf, Léo Schnug… Le travail de l’artiste était reconnu par ses pairs, avec qui il partageait une identité alsacienne forte, mais le grand public l’a oublié. Ses œuvres, dispersées dans des collections privées, sont difficiles à recenser. Ses amis ont réalisé à sa mort un livret, qui a permis d’en repérer une partie. Quatre sont au Musée d’art moderne de Strasbourg.

 Sources :

  • Article rédigé par Marie Gerhardy pour les DNA du 4 mars 2023 
  • Surtout: http://www.alsace-collections.fr/Monographie%20Henri%20Loux.html


samedi 25 mars 2023

Semaine de l'Espace au Gymnase


 Le Gymnase a une importante tradition d'ateliers scientifiques, d'accueil de conférenciers et de sorties pédagogiques qui ont pour point commun la connaissance de notre univers.

 C'est ainsi qu’est née l’idée d’organiser une «Semaine de l'Espace" qui permette à l'ensemble des élèves d'aborder ce thème sous de nombreux aspects :  scientifiques bien sûr, mais également historiques, littéraires ou artistiques.

 A travers de nombreuses animations, cette semaine sera l'occasion pour chaque élève - de maternelle à la terminale-, de retracer les grands moments de la conquête spatiale, de découvrir le système solaire et les étoiles, de mener de petites expériences scientifiques ou de suivre des conférences animées par des astronomes professionnels.

 Claudie Haigneré, première femme spationaute française, a très généreusement accepté de parrainer la manifestation. Elle fera partager son parcours et sa vie en visioconférence le mardi 4 avril en soirée.

Retrouvez le programme complet en: 



dimanche 5 février 2023

Jonathan Spindler (Bac 2012) fait son selfie à l’Élysée, avec Emmanuel Macron et Olaf Scholz.

 Parmi les 24 jeunes engagés, talents franco-allemands de la Génération Europe, qui ont pu parler avec Emmanuel Macron et Olaf Scholz, à l’occasion du sommet franco-allemand du 22 janvier 2023, se trouvaient trois Alsaciens pleins d’énergie qui jouent à saute-frontières.

 Refoulé à la frontière de son propre pays

C’est Jonathan Spindler qui a le premier dégainé son smartphone pour faire un selfie, bientôt imité par d’autres – dont le président de la République.

 Jonathan, 28 ans, alsacien, a fait ses études entre Dijon, Mayence et Opole, en Pologne, après le Gymnase Jean Sturm à Strasbourg. Parfaitement bilingue, il est en charge des politiques franco-allemandes au Landtag de Rhénanie-Palatinat. Militant du transfrontalier, il a jumelé son club cycliste de cœur, à Erstein, et son club d’adoption, à Mayence.

Son militantisme en la matière a été stimulé par la crise sanitaire et ses répercussions. « J’étais alors à Mayence. Je voulais rentrer voir mes parents et les Allemands ont fermé la frontière. J’ai été refoulé à la frontière de mon propre pays, cela a été pour moi un choc difficile à digérer… Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose ».

Enchanté de cette journée parisienne, il a relevé que la relation allemande, à mesure que la guerre s’éloigne, se complexifie, devient moins binaire ami-ennemi. La photo selfie de Jonathan a été beaucoup reprise par les médias, allemands en particulier. Le Spiegel a relevé qu’on était passé du serrage de mains au « selfie émotionnel ».

De gauche à droite, Jonathan Spindler, Clara Burgard et Boris Jaros.  

 Extrait des DNA, Denis Tricard – 24 janvier 2023 | 

De 1968 à 1998: Gérard Tondre livre un témoignage très vivant des 30 années passées à enseigner l’EPS au Gymnase.

 La première chose marquante qui me soit revenue à l’esprit, c’est la lettre de Monsieur le Directeur du
Gymnase Jean Sturm en 1968 pour me faire part de mon premier emploi du temps en tant que maître auxiliaire. La lettre, écrite à la main, commençait par « cher monsieur » et m’énonçait les heures de service auxquelles j’étais astreint.

Quelques années plus tard, à l’annonce des résultats du CAPEPS, Martin Weber me faisait parvenir l’organigramme par lettre dactylographiée commençant par ces mots « cher collègue ». Cet exemple montre-t-il que nous vivions une époque (depuis révolue) de méritocratie ?

Je reprends les lignes de Jean-Paul Weber (page 428) dans « Histoire du Gymnase Jean Sturm » : « En 1946, l'horaire réservé aux activités sportives est d’une heure par semaine, par classe, pour les garçons ; les jeunes filles étant regroupées, des classes de 6e à la 4e et des classes de 3e à la terminale, pour le même horaire. L’enseignement est assuré par M. Hummel. Lorsque l’horaire est porté à 2h hebdomadaires par classe, un surveillant, étudiant en théologie, assure un certain nombre d’heures, puis M. Zimmer, instituteur en 8e, apporte son concours [en 1965]. L’enseignement des jeunes filles est confié à Mme Klein [la même année ; les filles ayant toujours été séparées des garçons]. C’est un enseignement très traditionnel qui est mis en œuvre à la demande de la direction qui n’admettait pas dans ce domaine un aspect ludique. Si, occasionnellement, des activités de ballon étaient pratiquées, l’enseignant était rappelé à l’ordre, même s’il avait pris soin de les programmer un mardi soir de 16h à 18h… »

Plus loin : « Déjà à cette époque, les installations étaient très insuffisantes, les activités devaient avoir lieu dans la salle de gymnastique exiguë donnant sur la petite cour. Plus tard s'ajouteront 2 petites salles d'agrès. À partir de l'année 68, avec l'horaire porté à 4h, le groupe des enseignants s'étoffe, le problème des installations devient plus aigu. Nos élèves bénéficient de leçons de natation à la piscine et ont, paraît-il, la réputation d'être bons nageurs. Les activités se diversifient encore avec l'arrivée en 1968 de M. Tondre qui propose une initiation au tennis et à l'escrime pendant 2 ans. Puis nos élèves accèdent au stade [déjà fréquenté depuis des années] et à la patinoire. Les activités sont nombreuses. Depuis la fin des années 70, le Gymnase profite de certaines salles de sports qu'il loue à la ville ou à d'autres établissements scolaires, mais celles-ci sont éloignées et leur location est parfois d'un coût élevé. Des palliatifs au manque de locaux sont trouvés, séance de squash, canoë, aviron. Dans ce domaine une solution urgente s’impose… »


Les sports pratiqués sont encore très limités fin des années 60. Les activités étaient plus fonction des conditions météorologiques que des instructions Officielles de 1945 (puis 1967).
Ce n’est que plus tard que nous avons pu fonctionner par cycles d’activités. Un cycle comptait 6 ou 7 semaines (demi-trimestre). Un niveau de classe représentait 3 groupes. Pendant qu’un groupe se rendait à la patinoire, un autre restait au Gymnase, un troisième au stade ou dans une salle de dépannage. Plus tard encore, les cycles ont été gérés lors de réunions académiques de coordination des établissements


utilisateurs des lieux de pratiques sportives (stade de l’Ill, patinoire au Wacken, squash des Halles, gymnases privés - Aquiba - ou municipaux - Branly). Même l’accès au stade, qui nous servait souvent de pis-aller dans le froid, la neige ou la pluie, est devenu plus difficile d’accès.

Au Gymnase, trois salles aux vitres cassables pouvaient nous abriter par les temps les plus froids ou pluvieux. La « grande » qui servait historiquement de salle de fête (remise des prix), autorisait la pratique du basket-ball ou du volley-ball. La salle de gymnastique attenante était réservée pour les acrobaties et la barre fixe. La salle dite d’agrès, qui abritait à demeure des barres parallèles ou asymétriques, est devenue la salle de dessin. Elle se situait de l’autre côté de la cour d’honneur. Comme la salle de « gymnastique » aux dimensions d’une salle de classe ordinaire (!), elle permettait d’être au sec et au chaud lorsque les conditions météorologiques étaient exécrables.
Dans la « grande salle » (10 mètres sur 20, avec son escalier monumental en pierre), lors d’un match de volley, il n’était pas rare que plusieurs carreaux soient cassés. Le rituel instituait que l’élève « maladroit » allait chercher l’immuable concierge monsieur ERNST qui venait balayer les morceaux de verre et sécuriser le trou béant, jusqu’à la réparation, et jusqu’au prochain incident. Des travaux en 1994 ont permis d’équiper la « grande » salle de carreaux incassables, mais, dans mon souvenir, l’escalier en pierre monumental est resté en place.

Des projets pharaoniques, probablement à l’époque du 450 e, nous ont fait gamberger quelques années. On nous avait demandé de faire des propositions de pratique idéale de l’éducation physique et sportive. Il a été question pendant quelques années d’un « gymnase pour le Gymnase », et même d’un campus à Pourtalès avec stade et piscine. Nous avons pu rêver quelques années… mais nos propositions doivent dormir dans un tiroir de la Fondation.

Pour les séances longues de 2h (plein-air), la piscine municipale Boulevard de la Victoire (plus tard les bassins de la Kibitzenau), nous hébergeait dans de bonnes conditions. Puis la piscine de Schiltigheim permit de multiplier les choix. Tous les élèves du collège et lycée se rendaient sur les lieux par leurs propres moyens. Ce qui provoquait des étalements horaires presque insurmontables, les premiers arrivant tôt, les moins motivés trainant un peu, prétextant n’avoir pas été libérés « à l’heure ». 

Jusqu’au jour où des bus ont été affrétés pour rejoindre les lieux de pratique, tous lointains : patinoire, stade, piscines, bassins d’eau vive au Heiritz puis au stade de l’Ill (Strasbourg Eaux-Vives) pour le canoë-kayak, murs d’escalade, etc. Nous avions, avec l’accord des clubs, organisé des cycles d’aviron au Rowing Club de Strasbourg sous la houlette du Conseiller Technique Régional ; des cycles de tennis à l’ASS où Philippe Carliez, enseignant-joueur exceptionnel, nous accueillait ; des cycles d’escrime dans les locaux de l’armée sous la houlette du maître d’armes René-Jean Vidal, et même dans le cadre de l’Association Sportive une découverte du vol à voile (sur l’aérodrome du Polygone) avec des élèves téméraires de première. Ces différents clubs qui nous ouvraient leurs portes étaient tous intéressés par le réservoir de pratiquants que représentaient les sportifs de notre établissement prestigieux. Nous avons, entre autres, été le premier établissement de Strasbourg à proposer des séances de golf aux élèves de lycée, confortés par le docteur Raber, président d’alors, et le « pro » d’Illkirch, Michel Alsuguren - en 1978.




Pendant plus de 10 ans à partir de 1983 nous avons pu lancer et organiser, grâce au proviseur Jean-Paul Weber, des classes de neige aux Menuires puis en Autriche à Laterns dans le Vorarlberg avec les 3 classes de 6e. Rares étaient les défections ! Nous partions avec 2 autocars de 54 places, ce qui laissait une bonne dizaine de places pour l’encadrement, dont un médecin attitré.
Les séjours de Kayak ont pu être mises en œuvre en 85 avec le niveau des 5e, à Vogüé sur l’Ardèche
puis sur la Durance à Embrun.

Pour le niveau des 4e nous avions pensé à organiser des classes d’Aviron en commençant par des séances de plein-air à Plobsheim avec le CTR Pierre Hanselmann. Des pontons en bois avaient été fabriqués pour pouvoir accoster sans danger, mais la logistique étant trop contraignante, nous n’avons pas pu poursuivre l’expérience.

En 1997 des classes de voile au lac de Madine ont regroupé le niveau des 3e.
Pour toutes les classes transplantées du collège, nous étions secondés par des professionnels de grande
qualité. En particulier Jean-Paul Offner pour le ski et Bruno Dazeur pour le canoë- kayak. Ils sont nombreux ces Moniteurs d’Etat avec qui nous avons tissé des liens amicaux, et leur fidélité n’a jamais été prise en défaut ! L’organisation était très chronométrée. Les cours par les professeurs d’enseignement général volontaires alternaient avec des demi-journées d’activités physiques.
Conjointement, dans le cadre de l’Association Sportive « à partir de 1954, sont organisés des stages de ski lorsque, dans l'année scolaire, il y a des vacances de mardi gras. En 1986, a été organisé le 30e [voire 31e] stage de ski » peut-on lire dans l’Histoire du Gymnase Jean Sturm. En réalité, avant l’institution des vacances d’hiver en 1972 (année du passage de l’interruption des cours du jeudi au mercredi), un embryon de vacances d’hiver, sous la forme de quatre jours vaqués, est créé par le Front Populaire. Mais, l’établissement s’octroyait une semaine pour partir à la neige.

Martin Weber ne badinait pas avec les traditions. Le trajet pour atteindre les stations de ski était ponctué par un arrêt obligatoire à la gare de Genève pour qu’il puisse faire honneur à un plat de spaghettis avant de repartir aux alentours de minuit… et parvenir à l’aube à destination. Chamonix, Praz-sur-Arly, Super-Besse dans le Puy-de-Dôme, puis le début d’une longue période aux Menuires ; enfin, nombre de domaines skiables en Autriche.


Nous avons, à partir de 1974 (centenaire de l’école), renoué des liens solides avec l’École Alsacienne de Paris. Chaque année nous allions ou nous recevions des élèves de collège pour une rencontre essentiellement sportive (athlétisme et football), puis nous avons associé de la musique et du théâtre au projet. L’Association des Parents d’Elèves était toujours partie prenante de ces rencontres « historiques ».
Certains anciens se rappellent probablement les matchs profs-élèves de football en fin d’année, souvent arbitrés par l’ancien élève Robert Wurtz, devenu l’arbitre international que l’on sait ! Puis le basket s’est rajouté, permettant au groupe de professeurs qui s’entraînaient chaque semaine, de ne pas perdre complètement la face…

Des projets, souvent interdisciplinaires ont vu le jour, toujours soutenus, facilités, encouragés, par Martin Weber puis par Jean-Paul Weber, dont certains peu ordinaires... Une année nous avons commandé et entreposé dans les caves du Gymnase 1 tonne (!) de pommes, que nous distribuions à la récréation de 10 h, pour inciter les collégiens à se nourrir de fruits. Plus tard nous envisagions de mettre en place des distributeurs de berlingots de lait concentré qu’une entreprise alsacienne connue était prête à nous fournir.

L’année scolaire 1986-87 nous avons, avec Mme Schlotter enseignant les Arts Plastiques, réalisé de A à Z un YEARBOOK avec une société québécoise en prenant exemple sur l’Ecole Alsacienne qui avait (déjà) un annuaire des anciens élèves (!) et une revue de grande qualité « Sang Neuf ».

Un mot sur les Conseils d’Administration de l’époque (devenus Conseils Intérieurs en 1971) qui pouvaient se dérouler chez Martin Weber dans sa salle à manger où une collation était servie par son épouse ou une secrétaire réquisitionnée. La coordination d’EPS pouvait quant à elle, se dérouler devant un café, les premières années de ma présence au côté d'Alfred Hummel avec qui j’ai gardé des relations privilégiées. Sa disparition m’a beaucoup affecté.

Un dernier souvenir de Martin Weber me revient en mémoire. Un jour, alors que je m’entretiens avec un collègue, il nous interrompt, s’adresse à lui pour lui faire cette remarque inattendue : « Monsieur…, vous penserez à aller chez le coiffeur » ! Vous imaginez une telle remarque en 2023 ?

Je garde un souvenir ému de ces trente années passées au Gymnase (1968 à 1998). Elles ont marqué ma vie professionnelle et personnelle. Le Gymnase Jean Sturm est un établissement exceptionnel. Je n’ai jamais retrouvé ce sérieux, cette liberté d’action, cette ouverture sur le monde, ailleurs.
Je ne voudrais pas clore ces chapitres sans rendre un hommage appuyé aux trois secrétaires de direction, Eliane, Fabienne et Angèle, mises régulièrement à contribution pour des lettres, circulaires, dossiers conséquents lors de déplacements et séjours à organiser.

Le secrétariat du Gymnase surpris en pleine activité - 2003

Les Alumni du Gymnase sont très reconnaissants à Gérard Tondre pour les tranches de vie de l'histoire du Gymnase qu'il nous a ainsi livrées. D'autres témoignages vont-ils suivre ? Nous l'espérons vivement.