dimanche 7 mai 2023

Roland Carbiener, l'ancien du Gymnase devenu fondateur de la première fédération de protection de la nature en Alsace


 Professeur de botanique, naturaliste et amoureux du Rhin, Roland Carbiener a contribué à l’émergence du mouvement écologiste en Alsace, il y a un demi-siècle. Personnalité sensible, nostalgique des paradis perdus de son enfance, il a porté ses combats entre rigueur scientifique et militantisme.

 Roland Carbiener est venu à la nature par l’eau. Précisément par les méandres et les épis du Rhin où son papa l’emmenait pêcher à l’aube, à l’heure où le fleuve se pare parfois de « rouge comme de l’acier en fusion ». Le gamin est « émerveillé » par les ablettes et « les perchettes à la nageoire carminée ». Le soir, c’est « le drame » quand il faut tuer la pêche pour « la délicieuse friture » de sa maman. Debout dans la barque paternelle de sept mètres, il ne peut que se prendre pour « un Indien ».

Le naturaliste de 92 ans, corps fatigué esprit inépuisable, tire de ces paradis perdus une grande sensibilité et une nostalgie assumée qui ont sous-tendu tout son engagement écologiste pour l’Alsace. « Il a conservé la candeur d’un enfant devant la beauté de la nature tout en gardant sa rigueur scientifique », remarque Hubert Ott, député MoDem du Haut-Rhin et professeur de SVT, qui le considère comme « une énorme bibliothèque de savoirs qui donne accès à la compréhension sensible de la nature et de ce que nous sommes nous-mêmes ».

 « Souvent en surmenage, proche du burn-out »

À plusieurs reprises, l’entretien restera suspendu à des larmes et à des silences. L’homme, calé dans son fauteuil face à un bureau encombré de papiers et d’un bouquet de monnaie-du-pape séchée, n’est pas du genre à cacher ses émotions. Il ne le peut pas. Il est un hypersensible, une force comme une faiblesse qui peut conduire à « des tensions émotionnelles explosives », selon un naturaliste qui a bien connu la famille.

« Souvent en surmenage, proche du burn-out », Roland Carbiener confesse avoir été sauvé par « la pêche » et par sa « merveilleuse épouse », Sylvie, disparue en 2020, avec laquelle il a partagé la vie pendant 65 ans et a eu trois enfants. La cadette Carine est devenue podologue. Géographe et militant chez les Verts, l’aîné Philippe a été conseiller régional et adjoint au maire d’Illkirch-Graffenstaden jusqu’à son décès en 2009. Didier, ingénieur agronome, a publié en 1995 Les arbres qui cachent la forêt : La gestion forestière à l‘épreuve de l’écologie.

 La défense de milieux, dont la destruction est perçue comme une blessure, est humainement respectable. - Roland Carbiener

 « Révolté » par ce que les Trente Glorieuses font subir à la biodiversité

« Mes deux garçons ont été des combattants très déterminés. Ils ont vécu la même chose que moi », soupire le père qui se dépeint comme la « bête noire de l’ONF et de l’industrie chimique ». Un différend entre Philippe Carbiener et Alsace Nature, dont il était salarié pendant que son père en était président, marquera durablement les esprits. L’épisode poussera l’association à « dépersonnaliser les choses » et à procéder à des présidences tournantes.

 Né le 4 août 1930 à Strasbourg, Roland Carbiener a lui aussi suivi les pas de son père, pharmacien à Fegersheim et fin botaniste, et de sa mère, professeure à l’école des arts ménagers qui aurait préféré faire les Beaux-Arts si son propre père ne l’en avait pas empêché. « Elle faisait des aquarelles magnifiques », raconte le fils qui a hérité de ses parents l’art de la contemplation, le goût pour le beau et l’esprit cartésien.

 

 Élève brillant, il passe son bac au gymnase protestant Jean Sturm puis entre à la faculté de pharmacie de Strasbourg où il peut assouvir sa passion pour la chimie minérale et organique. Il excelle en physique et en botanique. Lors des excursions sur le terrain, il est toujours aux avant-postes, en train de tout noter. « Gros bosseur et « meilleur du classement », il est repéré par son professeur de botanique Paul Jaeger, « un Alsacien pur jus devenu africaniste » qui lui propose de devenir son assistant.

 Pour gravir les échelons au sein de l’Université, Roland Carbiener va cumuler les disciplines et les diplômes jusqu’à obtenir son doctorat à Paris Orsay, en 1966, sous la double direction des professeurs Paul Jaeger et Georges Lemée. Consacrée à « la végétation des Hautes Vosges dans ses rapports avec les climats locaux, les sols et la géomorphologie », sa thèse fait référence. « Pour comprendre la vie des plantes, il faut connaître le sol et l’environnement », remarque l’intéressé dont « les digressions » sont appréciées par ses élèves.

 D’assistant à chef de travaux, de maître de conférences à professeur, l’enseignant en botanique va s’ouvrir à l’écologie végétale et à l’écologie des pollutions. Il crée un cours novateur d’écotoxicologie qui lui permet de faire le lien avec son militantisme, d’asseoir sa réputation et d’être recruté comme expert auprès du gouvernement pour les grandes pollutions.

 « Il a beaucoup apporté à la protection de la nature à travers une démarche scientifique rigoureuse mais aussi engagée », relève Maurice Wintz, président d’Alsace Nature de 2009 à 2015. Hubert Ott voit Roland Carbiener comme « un pionnier de la défense de l’environnement qui ne peut s’ancrer que si elle est portée et reprise par des personnes qui savent de quoi elles parlent ». Pour le député de Rouffach, il est « la synthèse même de l’écologie » qu’il définit comme « le rapport du vivant à son environnement ».

 Le professeur Carbiener est « révolté » par ce que les Trente Glorieuses font subir à la biodiversité. « Les milieux que j’ai appris à aimer étaient détruits les uns après les autres. Il fallait faire quelque chose. » En 1956, un « Comité de protection de la nature » voit le jour au sein de l’association philomathique d’Alsace et de Lorraine autour du Dr Henri Ulrich, des professeurs Paul Jaeger et Henri Jean Maresquelle, et du pasteur Gonthier Ochsenbein.

 « Les rives étaient jonchées de cadavres de brochets »

 À l’époque, Roland Carbiener est « un scientifique en rupture avec le modèle social dominant », observe Maurice Wintz. Il est un peu plus contestataire qu’un certain nombre de ses collègues universitaires. Face aux « problèmes croissants », le comité se transforme en 1965 en Association fédérative régionale pour la protection de la nature (AFRPN) qui deviendra Alsace Nature en 1991. Le botaniste assurera la présidence de l’AFRPN puis d’Alsace Nature de 1976 à 1996. « C’est un grand bonhomme de l’histoire de la structuration de l’écologie politique associative en Alsace », note le sénateur Jacques Fernique (EELV).

 Ses fonctions l’amènent à mener de « très rudes batailles » au cours desquelles il dit s’être « fait craindre et apprécié ». Il cite trois victoires : l’abandon des projets d’extension du port autonome de Strasbourg dans la forêt d’Offendorf (1976), d’implantation d’une usine de stéarate de plomb à Marckolsheim (1975) et de canalisation de l’Ill. L’Alsace découvre les manifestations écologistes. Le 9 octobre 1976, 2 000 personnes défilent à Strasbourg pour la protection des forêts rhénanes. Rue de la Mésange, un slogan jaillit : « La tronçonneuse ne passera pas ».

 L’écologie doit aussi être au service des humbles, avec un fonds social. - Roland Carbiener

 « La forêt du Rhin est une cathédrale à ménager »

 Les années 1970 seront marquées par la contestation. Au micro, devant des milliers de personnes, Roland Carbiener développe des arguments scientifiques et prêche pour élever la bande rhénane, « un milieu à haute valeur végétale et florale », au rang de patrimoine. « La forêt du Rhin est une cathédrale qu’il faut ménager », dit-il toujours. À côté de la préservation de l’existant émerge la question de la contamination des milieux et de l’eau qui devient un problème de santé publique.

 Le naturaliste évoque spontanément la contamination du Rhin au mercure du début des années 1970 qui s’est traduite par une surmortalité des brochets au printemps, entre Marckolsheim et Plobsheim. « Les rives étaient jonchées de cadavres et les œufs des oiseaux piscicoles mouraient », se souvient le scientifique. « Une première expertise a attribué la mortalité des brochets au méthylmercure. Si les Alsaciens avaient mangé autant de poisson qu’au Japon, nous aurions eu la maladie de Minamata », estime-t-il.

 Dans ces années de lutte, l’AFRPN est traversée par deux courants. Roland Carbiener partage avec Antoine Waechter et Michel Fernex une ligne intransigeante et déterminée face à une tendance plus modérée représentée par Ernest Heil et Henri Ulrich. L’assemblée générale extraordinaire de l’AFRPN du 1972 voit ses deux méthodes s’affronter, ce qui donnera lieu à une rénovation de l’association.

Le naturaliste en convient : si les « arguments techniques sont importants, il faut aussi tenir compte de la sensibilité du public ». « La défense de milieux considérés pour leur beauté, et dont la destruction est perçue comme une blessure, est humainement respectable. On n’a pas le droit de mépriser la préservation », argumente le vieil homme, qui ne compte pas « les bouleversements » qu’il a vécus depuis qu’il est « sur terre ».

« Protestant pratiquant », qui a un jour rendu hommage à Spinoza au cours d’une de ses innombrables conférences, Roland Carbiener n’en reste pas moins « un biologiste très influencé par le darwinisme ». Ses recherches scientifiques sur l’évolution du vivant lui ont confirmé que « les systèmes naturels fonctionnent sur la base de la coopération et d’interactions positives, et sur le principe de l’harmonie ».

 
Fort de constat, rien ne l’agace plus que de voir « le darwinisme caricaturé ». Quand il entend le mot compétitivité, il « voit rouge ». « La thèse du’ ’Struggle for life’’ ou du darwinisme social est utilisée à des fins économiques », dénonce l’ancien professeur pour qui « l’écologie doit aussi être au service des humbles, avec un fonds social ». « Il faut vivre une vie humaine et digne », reprend-il en pointant « le grave problème de la surpopulation mondiale ».

 Quand Roland Carbiener pense à l’avenir, il aime se replonger dans la vie de « paysan » du Kochersberg qu’il a menée à 14 ans, dans une ferme de Reitwiller où la famille a passé l’année 1944 après avoir perdu son appartement dans un bombardement. Il y découvre un modèle autosuffisant centré sur la polyculture, qu’il juge idéal et durable, et dont il s’inspirera pour « un de ses premiers cours »

 « On a sélectionné un type de paysannat non tenable à terme. Il faudrait revenir à un système fermé ; on y arrivera une fois qu’on aura trop faim », avance-t-il, heureux que « la prise de conscience avance grâce une minorité active ».  

 Roland Carbiener s’évade peu de sa maison alsacienne de Daubensand dont il essaie de « soigner les abords » faits d’arbustes et de parterres de fleurs. À quelques centaines de mètres de là s’écoule le grand fleuve de sa vie qui charrie des alluvions de souvenirs. « Nager dans le Rhin était d’une magnifique sensualité ; son état gazeux produit par les vortex en faisait un jacuzzi naturel. » Il a arrêté de s’y baigner en 1960, à son retour de service militaire. La fin des illusions.

 Article de Franck Buchy paru dans les DNA du 10 avril 2023

 A lire : Rhin vivant (La Nuée Bleue), par Roland Carbiener et Laurent Schmitt.

dimanche 26 mars 2023

Henri Loux, ancien du Gymnase qui a fait revivre le monde rural du XIXème siècle à travers le service « Obernai »

Henri Edouard Loux (1873-1907) passe ses premières années à Sessenheim où son père est instituteur. Son enfance champêtre et heureuse, notamment pendant les vacances dans la ferme de son grand père  à Routzenheim, va marquer profondément l'œuvre de l'artiste.

Henri Loux poursuit ensuite ses études au Gymnase protestant de Strasbourg où il se rend en train avec son frère. Jugeant Henri peu apte à enseigner – pour suivre la voie paternelle - mais particulièrement talentueux en dessin comme en peinture, son professeur de dessin, Edouard Weissandt, réussit à convaincre le père d’autoriser Henri à suivre ses cours du soir de peinture.

    Le dessin d’un paysage champêtre, qu’Henri réalise en 1889 et le portrait de son grand-père effectué sous la direction de Weissandt, persuadent son père à renoncer à en faire un instituteur. En 1890, à l’âge de dix-sept ans, il est inscrit à l’Ecole des Arts Décoratifs de Strasbourg, la «Kunstgewerbeschule», crée en 1889, il fait la connaissance de Léo Schnug et du céramiste Léon Elchinger. Il s'inscrit ensuite à l'Académie des Beaux-Arts de Munich, où il assiste à


l'essor du Jugendstil. Il rentre à Strasbourg en 1897 et s'y installe définitivement avec sa mère en 1902, au 4 rue d'Erstein, son père étant décédé en 1901. C'est à cette époque qu'il entre en contact avec la faïencerie de Sarreguemines, pour laquelle il va créer 36 décors différents illustrant la vaisselle dite « Obernai ». Celle-ci est fabriquée à l'origine par les faïenceries Utzschneider & Cie à Sarreguemines.

Ces illustrations représentent surtout des scènes campagnardes et villageoises avec des maisons à colombages typiques de l'Alsace vers 1900. Le succès de cette vaisselle est tel qu'il va éclipser le reste de son œuvre en tant qu'illustrateur et aquarelliste. On lui connaît quelques rares peintures à l'huile qui semblent dater de la période 1895-1900.

Henri Loux meurt en 1907 à Strasbourg, dans le quartier de Neudorf. Il est inhumé au cimetière du Polygone, au sud de Strasbourg.

À la suite du rachat de la faïencerie Utzschneider & Cie à Sarreguemines par la famille Fenal en 1978, par ailleurs actionnaire de la Faïencerie de Lunéville-Saint-Clément, c'est cette dernière qui poursuit jusqu'à ce jour la fabrication des décors « Obernai ».

L’association des Amis de Henri Loux, fondée dans les années 1990, s’escrime à ranimer sa mémoire. Paul-André Béfort en est un des membres fondateurs, Fernand Gastebois l’a présidée jusqu’à son décès. Son fils Frédéric a pris sa succession, avant de disparaître à son tour. En janvier, Hubert Siegfriedt, un des plus grands collectionneurs de Henri Loux, a repris le flambeau.


« Il dessine ce qu’il voit, une Alsace rurale qui disparaît avec l’ère industrielle. Ces hommes et ces femmes, au travail ou à la fête, sont le témoignage d’une époque, mais aussi l’image de ce que l’homme a d’universel», se souvient le docteur Paul-André Béfort.

En 1985, avec Fernand Gastebois , il publie un premier livre consacré au service de table « Obernai », emblématique de la faïencerie de Sarreguemines. « C’était la première fois qu’on fabriquait un service complet, avec des assiettes, des plats, des chopes… Il existe environ 200 pièces, décorées de 52 dessins de Henri Loux. Il avait été commandé par un restaurateur d’Obernai. »

L’ensemble du service est encore produit

Reconnaissables avec leurs scènes alsaciennes, leurs décors floraux en quatre vignettes et leurs bords crénelés, les assiettes ont connu un succès immense. Rares sont les buffets alsaciens qui n’en contiennent pas, quand elles ne décorent pas les murs des salons des grands-parents. Les modèles d’avant 1945 peints à la main sont recherchés.

L’œuvre de Henri Loux ne se cantonne pas aux arts de la table. Tableaux, menus, programmes, affiche de l’exposition universelle de 1900… Paul-André Béfort et Fernand Gastebois publient un second livre, complété et corrigé. Il y en aura quatre, le dernier daté de 2011, et une version condensée du dernier, traduite en trois langues, est en cours.

Les dessins de Henri Loux montrent fidèlement l’Alsace, du nord au sud : Sessenheim où il a grandi, Wissembourg avec les courses de chevaux du lundi de Pentecôte, une rue de Bouxwiller où l’église et l’enseigne existent toujours, Murbach, Riquewihr… Une attention particulière est portée à la nature et aux costumes.

Charles Spindler, Gustave Stoskopf, Léo Schnug… Le travail de l’artiste était reconnu par ses pairs, avec qui il partageait une identité alsacienne forte, mais le grand public l’a oublié. Ses œuvres, dispersées dans des collections privées, sont difficiles à recenser. Ses amis ont réalisé à sa mort un livret, qui a permis d’en repérer une partie. Quatre sont au Musée d’art moderne de Strasbourg.

 Sources :

  • Article rédigé par Marie Gerhardy pour les DNA du 4 mars 2023 
  • Surtout: http://www.alsace-collections.fr/Monographie%20Henri%20Loux.html


samedi 25 mars 2023

Semaine de l'Espace au Gymnase


 Le Gymnase a une importante tradition d'ateliers scientifiques, d'accueil de conférenciers et de sorties pédagogiques qui ont pour point commun la connaissance de notre univers.

 C'est ainsi qu’est née l’idée d’organiser une «Semaine de l'Espace" qui permette à l'ensemble des élèves d'aborder ce thème sous de nombreux aspects :  scientifiques bien sûr, mais également historiques, littéraires ou artistiques.

 A travers de nombreuses animations, cette semaine sera l'occasion pour chaque élève - de maternelle à la terminale-, de retracer les grands moments de la conquête spatiale, de découvrir le système solaire et les étoiles, de mener de petites expériences scientifiques ou de suivre des conférences animées par des astronomes professionnels.

 Claudie Haigneré, première femme spationaute française, a très généreusement accepté de parrainer la manifestation. Elle fera partager son parcours et sa vie en visioconférence le mardi 4 avril en soirée.

Retrouvez le programme complet en: 



dimanche 5 février 2023

Jonathan Spindler (Bac 2012) fait son selfie à l’Élysée, avec Emmanuel Macron et Olaf Scholz.

 Parmi les 24 jeunes engagés, talents franco-allemands de la Génération Europe, qui ont pu parler avec Emmanuel Macron et Olaf Scholz, à l’occasion du sommet franco-allemand du 22 janvier 2023, se trouvaient trois Alsaciens pleins d’énergie qui jouent à saute-frontières.

 Refoulé à la frontière de son propre pays

C’est Jonathan Spindler qui a le premier dégainé son smartphone pour faire un selfie, bientôt imité par d’autres – dont le président de la République.

 Jonathan, 28 ans, alsacien, a fait ses études entre Dijon, Mayence et Opole, en Pologne, après le Gymnase Jean Sturm à Strasbourg. Parfaitement bilingue, il est en charge des politiques franco-allemandes au Landtag de Rhénanie-Palatinat. Militant du transfrontalier, il a jumelé son club cycliste de cœur, à Erstein, et son club d’adoption, à Mayence.

Son militantisme en la matière a été stimulé par la crise sanitaire et ses répercussions. « J’étais alors à Mayence. Je voulais rentrer voir mes parents et les Allemands ont fermé la frontière. J’ai été refoulé à la frontière de mon propre pays, cela a été pour moi un choc difficile à digérer… Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose ».

Enchanté de cette journée parisienne, il a relevé que la relation allemande, à mesure que la guerre s’éloigne, se complexifie, devient moins binaire ami-ennemi. La photo selfie de Jonathan a été beaucoup reprise par les médias, allemands en particulier. Le Spiegel a relevé qu’on était passé du serrage de mains au « selfie émotionnel ».

De gauche à droite, Jonathan Spindler, Clara Burgard et Boris Jaros.  

 Extrait des DNA, Denis Tricard – 24 janvier 2023 | 

De 1968 à 1998: Gérard Tondre livre un témoignage très vivant des 30 années passées à enseigner l’EPS au Gymnase.

 La première chose marquante qui me soit revenue à l’esprit, c’est la lettre de Monsieur le Directeur du
Gymnase Jean Sturm en 1968 pour me faire part de mon premier emploi du temps en tant que maître auxiliaire. La lettre, écrite à la main, commençait par « cher monsieur » et m’énonçait les heures de service auxquelles j’étais astreint.

Quelques années plus tard, à l’annonce des résultats du CAPEPS, Martin Weber me faisait parvenir l’organigramme par lettre dactylographiée commençant par ces mots « cher collègue ». Cet exemple montre-t-il que nous vivions une époque (depuis révolue) de méritocratie ?

Je reprends les lignes de Jean-Paul Weber (page 428) dans « Histoire du Gymnase Jean Sturm » : « En 1946, l'horaire réservé aux activités sportives est d’une heure par semaine, par classe, pour les garçons ; les jeunes filles étant regroupées, des classes de 6e à la 4e et des classes de 3e à la terminale, pour le même horaire. L’enseignement est assuré par M. Hummel. Lorsque l’horaire est porté à 2h hebdomadaires par classe, un surveillant, étudiant en théologie, assure un certain nombre d’heures, puis M. Zimmer, instituteur en 8e, apporte son concours [en 1965]. L’enseignement des jeunes filles est confié à Mme Klein [la même année ; les filles ayant toujours été séparées des garçons]. C’est un enseignement très traditionnel qui est mis en œuvre à la demande de la direction qui n’admettait pas dans ce domaine un aspect ludique. Si, occasionnellement, des activités de ballon étaient pratiquées, l’enseignant était rappelé à l’ordre, même s’il avait pris soin de les programmer un mardi soir de 16h à 18h… »

Plus loin : « Déjà à cette époque, les installations étaient très insuffisantes, les activités devaient avoir lieu dans la salle de gymnastique exiguë donnant sur la petite cour. Plus tard s'ajouteront 2 petites salles d'agrès. À partir de l'année 68, avec l'horaire porté à 4h, le groupe des enseignants s'étoffe, le problème des installations devient plus aigu. Nos élèves bénéficient de leçons de natation à la piscine et ont, paraît-il, la réputation d'être bons nageurs. Les activités se diversifient encore avec l'arrivée en 1968 de M. Tondre qui propose une initiation au tennis et à l'escrime pendant 2 ans. Puis nos élèves accèdent au stade [déjà fréquenté depuis des années] et à la patinoire. Les activités sont nombreuses. Depuis la fin des années 70, le Gymnase profite de certaines salles de sports qu'il loue à la ville ou à d'autres établissements scolaires, mais celles-ci sont éloignées et leur location est parfois d'un coût élevé. Des palliatifs au manque de locaux sont trouvés, séance de squash, canoë, aviron. Dans ce domaine une solution urgente s’impose… »


Les sports pratiqués sont encore très limités fin des années 60. Les activités étaient plus fonction des conditions météorologiques que des instructions Officielles de 1945 (puis 1967).
Ce n’est que plus tard que nous avons pu fonctionner par cycles d’activités. Un cycle comptait 6 ou 7 semaines (demi-trimestre). Un niveau de classe représentait 3 groupes. Pendant qu’un groupe se rendait à la patinoire, un autre restait au Gymnase, un troisième au stade ou dans une salle de dépannage. Plus tard encore, les cycles ont été gérés lors de réunions académiques de coordination des établissements


utilisateurs des lieux de pratiques sportives (stade de l’Ill, patinoire au Wacken, squash des Halles, gymnases privés - Aquiba - ou municipaux - Branly). Même l’accès au stade, qui nous servait souvent de pis-aller dans le froid, la neige ou la pluie, est devenu plus difficile d’accès.

Au Gymnase, trois salles aux vitres cassables pouvaient nous abriter par les temps les plus froids ou pluvieux. La « grande » qui servait historiquement de salle de fête (remise des prix), autorisait la pratique du basket-ball ou du volley-ball. La salle de gymnastique attenante était réservée pour les acrobaties et la barre fixe. La salle dite d’agrès, qui abritait à demeure des barres parallèles ou asymétriques, est devenue la salle de dessin. Elle se situait de l’autre côté de la cour d’honneur. Comme la salle de « gymnastique » aux dimensions d’une salle de classe ordinaire (!), elle permettait d’être au sec et au chaud lorsque les conditions météorologiques étaient exécrables.
Dans la « grande salle » (10 mètres sur 20, avec son escalier monumental en pierre), lors d’un match de volley, il n’était pas rare que plusieurs carreaux soient cassés. Le rituel instituait que l’élève « maladroit » allait chercher l’immuable concierge monsieur ERNST qui venait balayer les morceaux de verre et sécuriser le trou béant, jusqu’à la réparation, et jusqu’au prochain incident. Des travaux en 1994 ont permis d’équiper la « grande » salle de carreaux incassables, mais, dans mon souvenir, l’escalier en pierre monumental est resté en place.

Des projets pharaoniques, probablement à l’époque du 450 e, nous ont fait gamberger quelques années. On nous avait demandé de faire des propositions de pratique idéale de l’éducation physique et sportive. Il a été question pendant quelques années d’un « gymnase pour le Gymnase », et même d’un campus à Pourtalès avec stade et piscine. Nous avons pu rêver quelques années… mais nos propositions doivent dormir dans un tiroir de la Fondation.

Pour les séances longues de 2h (plein-air), la piscine municipale Boulevard de la Victoire (plus tard les bassins de la Kibitzenau), nous hébergeait dans de bonnes conditions. Puis la piscine de Schiltigheim permit de multiplier les choix. Tous les élèves du collège et lycée se rendaient sur les lieux par leurs propres moyens. Ce qui provoquait des étalements horaires presque insurmontables, les premiers arrivant tôt, les moins motivés trainant un peu, prétextant n’avoir pas été libérés « à l’heure ». 

Jusqu’au jour où des bus ont été affrétés pour rejoindre les lieux de pratique, tous lointains : patinoire, stade, piscines, bassins d’eau vive au Heiritz puis au stade de l’Ill (Strasbourg Eaux-Vives) pour le canoë-kayak, murs d’escalade, etc. Nous avions, avec l’accord des clubs, organisé des cycles d’aviron au Rowing Club de Strasbourg sous la houlette du Conseiller Technique Régional ; des cycles de tennis à l’ASS où Philippe Carliez, enseignant-joueur exceptionnel, nous accueillait ; des cycles d’escrime dans les locaux de l’armée sous la houlette du maître d’armes René-Jean Vidal, et même dans le cadre de l’Association Sportive une découverte du vol à voile (sur l’aérodrome du Polygone) avec des élèves téméraires de première. Ces différents clubs qui nous ouvraient leurs portes étaient tous intéressés par le réservoir de pratiquants que représentaient les sportifs de notre établissement prestigieux. Nous avons, entre autres, été le premier établissement de Strasbourg à proposer des séances de golf aux élèves de lycée, confortés par le docteur Raber, président d’alors, et le « pro » d’Illkirch, Michel Alsuguren - en 1978.




Pendant plus de 10 ans à partir de 1983 nous avons pu lancer et organiser, grâce au proviseur Jean-Paul Weber, des classes de neige aux Menuires puis en Autriche à Laterns dans le Vorarlberg avec les 3 classes de 6e. Rares étaient les défections ! Nous partions avec 2 autocars de 54 places, ce qui laissait une bonne dizaine de places pour l’encadrement, dont un médecin attitré.
Les séjours de Kayak ont pu être mises en œuvre en 85 avec le niveau des 5e, à Vogüé sur l’Ardèche
puis sur la Durance à Embrun.

Pour le niveau des 4e nous avions pensé à organiser des classes d’Aviron en commençant par des séances de plein-air à Plobsheim avec le CTR Pierre Hanselmann. Des pontons en bois avaient été fabriqués pour pouvoir accoster sans danger, mais la logistique étant trop contraignante, nous n’avons pas pu poursuivre l’expérience.

En 1997 des classes de voile au lac de Madine ont regroupé le niveau des 3e.
Pour toutes les classes transplantées du collège, nous étions secondés par des professionnels de grande
qualité. En particulier Jean-Paul Offner pour le ski et Bruno Dazeur pour le canoë- kayak. Ils sont nombreux ces Moniteurs d’Etat avec qui nous avons tissé des liens amicaux, et leur fidélité n’a jamais été prise en défaut ! L’organisation était très chronométrée. Les cours par les professeurs d’enseignement général volontaires alternaient avec des demi-journées d’activités physiques.
Conjointement, dans le cadre de l’Association Sportive « à partir de 1954, sont organisés des stages de ski lorsque, dans l'année scolaire, il y a des vacances de mardi gras. En 1986, a été organisé le 30e [voire 31e] stage de ski » peut-on lire dans l’Histoire du Gymnase Jean Sturm. En réalité, avant l’institution des vacances d’hiver en 1972 (année du passage de l’interruption des cours du jeudi au mercredi), un embryon de vacances d’hiver, sous la forme de quatre jours vaqués, est créé par le Front Populaire. Mais, l’établissement s’octroyait une semaine pour partir à la neige.

Martin Weber ne badinait pas avec les traditions. Le trajet pour atteindre les stations de ski était ponctué par un arrêt obligatoire à la gare de Genève pour qu’il puisse faire honneur à un plat de spaghettis avant de repartir aux alentours de minuit… et parvenir à l’aube à destination. Chamonix, Praz-sur-Arly, Super-Besse dans le Puy-de-Dôme, puis le début d’une longue période aux Menuires ; enfin, nombre de domaines skiables en Autriche.


Nous avons, à partir de 1974 (centenaire de l’école), renoué des liens solides avec l’École Alsacienne de Paris. Chaque année nous allions ou nous recevions des élèves de collège pour une rencontre essentiellement sportive (athlétisme et football), puis nous avons associé de la musique et du théâtre au projet. L’Association des Parents d’Elèves était toujours partie prenante de ces rencontres « historiques ».
Certains anciens se rappellent probablement les matchs profs-élèves de football en fin d’année, souvent arbitrés par l’ancien élève Robert Wurtz, devenu l’arbitre international que l’on sait ! Puis le basket s’est rajouté, permettant au groupe de professeurs qui s’entraînaient chaque semaine, de ne pas perdre complètement la face…

Des projets, souvent interdisciplinaires ont vu le jour, toujours soutenus, facilités, encouragés, par Martin Weber puis par Jean-Paul Weber, dont certains peu ordinaires... Une année nous avons commandé et entreposé dans les caves du Gymnase 1 tonne (!) de pommes, que nous distribuions à la récréation de 10 h, pour inciter les collégiens à se nourrir de fruits. Plus tard nous envisagions de mettre en place des distributeurs de berlingots de lait concentré qu’une entreprise alsacienne connue était prête à nous fournir.

L’année scolaire 1986-87 nous avons, avec Mme Schlotter enseignant les Arts Plastiques, réalisé de A à Z un YEARBOOK avec une société québécoise en prenant exemple sur l’Ecole Alsacienne qui avait (déjà) un annuaire des anciens élèves (!) et une revue de grande qualité « Sang Neuf ».

Un mot sur les Conseils d’Administration de l’époque (devenus Conseils Intérieurs en 1971) qui pouvaient se dérouler chez Martin Weber dans sa salle à manger où une collation était servie par son épouse ou une secrétaire réquisitionnée. La coordination d’EPS pouvait quant à elle, se dérouler devant un café, les premières années de ma présence au côté d'Alfred Hummel avec qui j’ai gardé des relations privilégiées. Sa disparition m’a beaucoup affecté.

Un dernier souvenir de Martin Weber me revient en mémoire. Un jour, alors que je m’entretiens avec un collègue, il nous interrompt, s’adresse à lui pour lui faire cette remarque inattendue : « Monsieur…, vous penserez à aller chez le coiffeur » ! Vous imaginez une telle remarque en 2023 ?

Je garde un souvenir ému de ces trente années passées au Gymnase (1968 à 1998). Elles ont marqué ma vie professionnelle et personnelle. Le Gymnase Jean Sturm est un établissement exceptionnel. Je n’ai jamais retrouvé ce sérieux, cette liberté d’action, cette ouverture sur le monde, ailleurs.
Je ne voudrais pas clore ces chapitres sans rendre un hommage appuyé aux trois secrétaires de direction, Eliane, Fabienne et Angèle, mises régulièrement à contribution pour des lettres, circulaires, dossiers conséquents lors de déplacements et séjours à organiser.

Le secrétariat du Gymnase surpris en pleine activité - 2003

Les Alumni du Gymnase sont très reconnaissants à Gérard Tondre pour les tranches de vie de l'histoire du Gymnase qu'il nous a ainsi livrées. D'autres témoignages vont-ils suivre ? Nous l'espérons vivement.


Après ses découvertes au Gymnase, Patrick Hauss (Bac 1994) invite à découvrir le monde et ses opportunités

 Invité à retracer sa trajectoire particulière, Patrick s’est volontiers prêté aux questions de Laurence Riester, intervieweuse des Alumni du Gymnase.

La scolarité au Gymnase

Je suis entré au gymnase en seconde après être allé au Collège Saint Etienne. Ma première grande découverte au Gymnase aura donc été… les filles puisque le collège saint Etienne n’était fréquenté que par des garçons à l’époque !

J’y suis arrivé un peu par hasard suite à un souci sur mon dossier de candidature au Lycée International des Pontonniers (je tenais à perfectionner mon anglais en section internationale et à cette époque le Gymnase n’avait pas les sections linguistiques qu’il propose désormais).

A l’époque je venais en Solex au Gymnase ( !) et les relations humaines ont été un des éléments les plus importants dans toute ma scolarité. Je pense qu’on a beaucoup d’a priori sur les écoles qui sont « dans l’élite». La réalité a été pour moi celle d’une école ouverte, accessible et qui vivait définitivement dans son temps. L’ouverture du corps professoral était également quelque chose de notable : des profs avec qui il faisait bon discuter et qui étaient toujours de bon conseil. J’ai passé mon Bac B (Sciences Economiques)  en 1994.


 Quels choix après le baccalauréat ?

J’étais destiné à devenir expert-comptable commissaire aux comptes et reprendre le cabinet de mon père. Manque de bol, il m’a toujours dit « ne deviens jamais expert-comptable »….

J’ai donc atterri en droit car « tout le monde » allait en droit, surtout mes meilleurs amis de terminale B du Gymnase. Nous étions déjà près de 2000 à l’époque.

Heureusement, le droit est très vaste et offre beaucoup d’opportunités. J’avais toujours eu de l’intérêt pour l’informatique et lorsque qu’un prof de droit fiscal est rentré en amphi pour annoncer qu’ils créaient la première promotion de droit du multimédia et des systèmes d’information, je me suis dit « bingo »

Je me suis lancé dans le DESS cogéré par l’URS et le CEIPI pour traiter des problèmes juridiques liés au droit de l’internet et des nouvelles technologies.

Pour quels domaines professionnels, quelles entreprises ?

J’ai travaillé pour de grandes entreprises françaises (Wanadoo, puis groupe CIC Crédit Mutuel puis des sociétés britanniques et enfin mon employeur actuel, CSC

Digital Brand Services, une société américaine spécialisée dans le domaine de la sécurité informatique dans toutes ses dimensions.

J’ai eu affaire par ma formation et les postes que j’ai exercés à tous les types d’entreprises avec beaucoup de missions différentes : juriste, responsable juridique, Directeur commercial et marketing, Directeur Général, Président, Actionnaire, Membre d’un conseil d’administration, directeur des affaires publiques. Et aussi différentes industries : banques, télécom, internet, immobilier, alimentation animale.

  Quelles seraient pour vous les connaissances, compétences, les qualités personnelles à privilégier ? 
Si vous aimez le tennis, vous connaissez le classement ATP. Fan de tennis, je l’ai volontairement repris pour en faire Attitude (au travail), Travail, Passion. Mes 3 mots-clés pour réussir! 

Par ailleurs, les langues étrangères sont capitales ; malgré les tendances actuelles, nous évoluons toujours dans un environnement qui n’est plus local mais global. Les échanges se font toujours au niveau international

Quels sont les dangers/risques auxquels il convient d’être attentif ? 

Le premier danger est de ne pas se former. Les réorientations sont nombreuses dans l’univers professionnel et parfois ne pas avoir un diplôme peut être un frein. Il faut continuellement se former et acquérir de nouvelles compétences.

Danger 2 : la zone de confort. Il y a tellement de choses à découvrir (petfood, immobilier…). Il faut saisir les opportunités qui se présentent. Ex. COVID.

 Quelle expérience à l’étranger vous a le plus marqué ?

Les USA  : j’y ai travaillé et c’est ce que j’ai vu de plus abouti dans le fonctionnement d’une entreprise et dans le business. La solidarité, la cohésion, se fixer des objectifs, les atteindre, être les meilleurs…

Que pourriez-vous tirer de votre expérience pour les lycéens actuels ?

 70% des salariés feraient d’autres études si c’était à refaire. Ça n’est donc pas dramatique d’être sur la mauvaise voie et on apprend de ses erreurs.

Les Alumni du Gymnase remercient Patrick pour ce témoignage très vivant, recueilli par Laurence, et lui souhaite belle continuation dans sa trajectoire ouverte au monde. 

dimanche 25 décembre 2022

Jean Ledermann (bac 2002) : « Dans l’artisanat, sans la tête, la main n’est rien »

Bois de pays, bois précieux, les essences sont diverses dans l’atelier de Jean Ledermann, GD Sagem, à

Schiltigheim. Le maître ébéniste est un passionné. Lors de la dernière Rencontre économique de l’année , il est revenu sur l’histoire de l’ébénisterie et son essor à l’Époque moderne. Il a aussi fait découvrir son atelier et expliqué son métier à un public admiratif de ce savoir-faire.

La visite est notamment passée par les espaces de stockage : chêne, frêne, hêtre, noyer ou merisier dans l’un, ébène du Gabon dans un autre. Parmi les bois de pays que Jean Ledermann utilise, la plupart viennent des Vosges. « Un chêne, par exemple, doit avoir atteint les 100-150 ans pour être exploité, indique-t-il. On garde la moindre chute. C’est une question économique, mais aussi de respect pour l’arbre. »

Un parcours atypique

Celui qui a reçu le titre de Meilleur ouvrier de France en 2015 a un parcours un peu atypique : « J’ai passé mon bac. Mais je savais que je voulais faire ce métier. À 18 ans, j’ai donc sollicité 37 entreprises pour faire mon apprentissage. »

Il y a 12 ans, il rachète l’ancienne manufacture de meubles où il a été apprenti. « On est dans l’idée de durabilité, de fabriquer des meubles pérennes, qui peuvent traverser le siècle. On doit savoir choisir les bonnes essences, le bon bois en fonction de ce qu’on veut réaliser. Et donc avoir une vraie expertise. Dans l’artisanat, sans la tête, la main n’est rien », explique Jean Ledermann. « L’ébénisterie ne se limite pas au bois. On a besoin d’une connaissance de différents matériaux ou en chromatique », poursuit-il.

Chez GD Sagem, on n’a pas pris le virage du numérique, car il s’agit de « vendre un savoir-faire. » Copies de portes anciennes, boiseries, l’atelier peut faire du sur-mesure pour les projets qu’apportent les clients. « On peut faire nos propres outils, donc on est capables de reproduire à l’identique des choses anciennes », souligne le maître ébéniste. Malgré tout, quelques machines trônent ici et là. Pour une partie d’entre elles, elles sont reliées à un système d’aspiration. Les copeaux ainsi stockés dans un tour sont utilisés pour le chauffage en hiver.

« On peut prendre une journée pour vieillir une chaise »


Du choix de la matière première à la transformation, en passant par le ponçage ou le vernissage, Jean Ledermann évoque de nombreux aspects de son métier : « On peut même vieillir des bois neufs : on peut prendre une journée pour vieillir une chaise par exemple. »

Parmi ses clients, l’artisan compte des particuliers français ou étrangers, quelques grandes maisons de meubles, ou encore de grands hôtels comme le Ritz ou le Bristol. Et tous sont à la recherche de ce savoir-faire.

« Pérenniser un savoir-faire »

Pour pérenniser ce savoir-faire, ce métier en voie de disparition, il faut le transmettre », ajoute Jean Ledermann. François, son apprenti en formation au CFA d’Eschau, a créé un secrétaire qui a nécessité 250-300 heures de travail : « Avec ce projet, j’ai appris des choses en étant confronté à certaines difficultés. Ce métier permet de se réaliser soi-même. C’est la première fois que je sors d’un travail en me disant que j’ai passé une bonne journée. » Et Jean Ledermann d’abonder dans ce sens : « Quand on fabrique, on s’amuse, on oublie le reste, nos tracas. »

DNA - Par J.R. - 14 déc. 2022 

samedi 24 décembre 2022

2001, le retour !

Piloté par Julie Hoeffel, un groupe d’anciens bacheliers de 2001 s’est retrouvé dans les locaux du Gymnase pour une re-découverte.

L’accueil a été assuré par Jacques Flurer, président des Alumni, accompagnés par Pascal Andreolli et Sauveur Pascual, deux guides émérites de tous les recoins des lieux.

Au long des couloirs, les souvenirs et commentaires ont fusés : « mais qu’est-ce qui reste de mon passage ? », « qu’ont-ils faits de mes salles de classe ?» « dis, tu te souviens ….? », «et là Mme …. nous a dit que …. ».

Ont été reconnus parmi les visiteurs :

Marie Alt, Nicolas Bapst, Franck-Olivier Becker, Stephanie Bernhart, Julien Bourouba, Jérôme Breitenbucher, Claire Burger, Emilie Carlino, Ilana Chope, Myriam El Hajami, Marion Fleck, Sandrine Freysz, Vincent Hahn, Pierre Hanauer, Julie Hoeffel, Anne-Sophie Lion, Pierre-François Mayer, Nicolas Podpovitny, Nadege Rosenberg, Nina Troesch et Nicolas Vaillant.

Après la visite commentée et les échanges, la soirée s’est poursuivie au Quino, très sympathique bar à tapas ouvert depuis 2018 par Hélène Munoz (bac 2005) dans la Krutenau.

D’autres groupes d’anciens s’annoncent pour 2023 : les Alumni organisent très volontiers ces retours « aux sources » où émotion et convivialité se conjuguent pour le plaisir de tous.