Originaire des quartiers strasbourgeois, Féris Barkat, militant pour le climat, est devenu en quelques mois une figure médiatique des enjeux climatiques en banlieue. Entre l’Alsace et Paris, il enchaîne réunions, plateaux TV, et travail pour Banlieues Climat, l’association qu’il a cofondée.
La population qui y vit est
mal informée, remarque aussi Aymen Hamidi, habitant de Hautepierre et formateur
à Banlieues Climat : « Le fait de ne pas savoir, c’est problématique.
À Hautepierre, quand je parle écologie, on me répond ramassage des
déchets, etc. Mais j’explique aux gens que c’est bien plus que cela, c’est
un enjeu global, qui concerne les industries, les émissions de gaz à effet de
serre, l’utilisation des ressources naturelles, et bien plus encore. »
Un constat qui se concrétise par la
création de Banlieues Climat, fondée par Féris avec notamment le rappeur
parisien Sefyu en 2022. Très vite, le jeune Alsacien attire l’attention sur les
réseaux sociaux. Blagueur, charmeur, intellectuellement brillant… il devient
rapidement la coqueluche des médias, le représentant idéal du sujet climatique
dans les banlieues, capable de mobiliser des contingents d’amis et d’acteurs
institutionnels. Le projet est rapidement soutenu par la Ville de Paris, la
Fondation de France et l’European Climate Foundation. Aujourd’hui, il
consacre 100 % de son temps à Banlieues Climat dont il est salarié,
partageant sa vie entre Paris et Strasbourg.
À Strasbourg, Banlieues Climat
compte une dizaine de référents-formateurs, une quinzaine à Paris. À Mulhouse,
le projet trouve également de l’écho. « Notre force c’est l’expertise
scientifique : on s’est formé au ministère de la Transition écologique.
[…] Le projet maintenant c’est d’ouvrir une école de formation diplômante, de
niveau bac +2 à +3. On va récupérer les locaux d’une école à Saint-Ouen pour
expérimenter. » Elle doit être inaugurée le 12 octobre.
Pour faire connaître son action, il multiplie les coups de force médiatiques. L’automne dernier, il
convainc François Hollande de venir à Koenigshoffen, où il a grandi, pour décrocher une subvention de la fondation « La France s’engage », dont s’occupe l’ancien président. L’ancien chef de l’État viendra shooter dans un ballon sur le terrain de foot du quartier , offrant une image parfaite aux médias qui immortalisent la scène. Le journal Les Échos lui décerne le titre de leader positif de l’année. « Là, je gère des journalistes qui harcèlent tout le monde pour me parler ! », s’amuse-t-il à l’arrière de la Twingo qui le conduit à travers Strasbourg pour son prochain rendez-vous. On ne compte plus les articles et reportages à son sujet. « Je suis très fatigué par tout cet emballement. Je dis souvent en rigolant que, dans deux ans, je prends ma retraite ! »Pressé entre les détails d’un
voyage à organiser et une réunion pour trouver des locaux, il détaille sa
vision à vitesse grand V : « Mon but n’est pas de sauver le
monde. C’est de permettre de rêver et de créer de l’espoir dans les banlieues
et les quartiers populaires. » L’écologie devient pour l’association un
levier vers « l’émancipation » des habitants :
« L‘émancipation, c’est quand Aymen forme des députés à l’Assemblée
nationale sur les questions écologiques. C’est montrer que nous aussi on
maîtrise ces sujets. » Une revanche personnelle : « J’ai une
histoire très forte avec mon grand-père qui s’est battu pour la France pendant
la Seconde Guerre mondiale, dans le 3e régiment de
tirailleurs algériens. J’ai le sentiment qu’il y a quelque chose qui nous est
dû et qu’on a un manque de reconnaissance. C’est pour ça que j’ai conscientisé
les inégalités très tôt. »
Lui-même se voit comme un
rescapé : « A l’école, j’avais de bonnes notes, mais ce qui
m’intéressait c’était de sortir avec mes potes. C’est une
prof au collège qui m’a sorti de fréquentations problématiques et m’a permis
d’intégrer “Sturm”. J’avais un prof de philo au lycée, Reza Moghaddassi, qui
m’a passionné. J’ai développé une conscience sociale, j’organisais des
rencontres avec des députés et des ouvriers. »
Un goût pour le débat assorti d’un
charisme naturel : il serre les paluches, sourit, a un petit mot pour
chacun. On a presque l’impression de suivre la campagne électorale d’un futur
candidat… même s’il se défend de nourrir une telle ambition. « La
politique ? Ça ne m’intéresse pas du tout », jure-t-il, se défiant de
tout engagement partisan.
Pourtant, lors des législatives de
juin, le jeune homme prend la parole publiquement. S’il remarque que dans les
quartiers, « les gens n’en ont rien à foutre de voter », comme il le
dit à Libération , le jeune homme déplore les tentatives de
récupération du vote des banlieues. « La gauche appelle la banlieue à la
rescousse [face au RN, N.D.L.R.] mais nous demander de sauver une société dont
on a été exclu, ce n’est pas possible », tance-t-il sur le plateau
de C ce Soir sur France 5.
Depuis les législatives, le jeune
homme assume désormais une forme d’engagement public : avec 200 000
personnes qui le suivent sur TikTok et X, « je n’ai plus trop le
choix ! ».
Il remet le couvert quelques mois
plus tard et organise un happening au Palais de Tokyo à Paris. « Avec la
complicité du directeur, on est entrés en pleine nuit pour y déposer une toile
de l’artiste Artemile : “Pour la culture, pour le futur”. Ce qui était un
symbole très fort. » L’infiltration fait le buzz sur les réseaux sociaux.
Et séduit en haut lieu : « Le Palais de Tokyo m’a proposé d’intégrer
le conseil d’administration de son fonds de dotation. Ça va me permettre de
flécher les futurs investissements, voir comment on peut soutenir de nouvelles
expos et des projets hors les murs. […] Il y a une autocensure dans les
banlieues, les gens se disent : les musées, c’est pas pour nous. Mais si
le beau est accaparé par une classe sociale, les autres sont privées d’une
esthétique. » Faire bouger les lignes, vite et dans l’urgence, le mode
d’action d’une jeunesse qui ne veut plus regarder ailleurs.
- 2002 : naissance à Strasbourg
- Décembre 2022 : création de l’association Banlieues Climat
- Octobre 2024 : ouverture d’une école à Saint-Ouen
Pour en savoir plus:
Et au Gymnase...
Laure Birckel, Florence Malhamé et
Hélène Vonesch, professeurs du Gymnase engagées dans le projet « Vert l’Europe »
ont invité Féris Barkat et son équipe à animer un atelier sur le théme.
Voici son retour :
- la venue de Lucie Pélissier pour une série d'ateliers consacrés à la médiatisation du projet et à la construction d'un documentaire.
- une conférence au Lieu D'Europe intitulée "Comment par du climat ?"